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Béguin

J’aime cette expression un peu surannée, voire hors du temps : avoir le béguin pour quelqu’un… Autrement dit, être sous le charme d’une personne au point d’en tomber amoureux. Si je vous dis que derrière cette formule se cachent un couvre-chef, des bonnes sœurs et des prostituées, me croirez-vous ?
Tout commence à Liège, au XIIe siècle, où un certain Lambert le Bègue fonda un couvent abritant des sœurs de l’ordre de Saint-François. Ces semi-religieuses vivaient en communauté, mais n’avaient pas prononcé leurs vœux. Le patronyme de leur bienfaiteur leur valut d’être baptisées « béguines ». Et leur coiffe en toile fine reçut le nom de… « béguin ». Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?
Au fil du temps, cette coiffure fut aussi adoptée par les femmes (et les enfants). Or « être coiffé (de quelqu’un) » signifiait « être aveuglé » ou « sous la coupe d’une personne »… L’évolution de la langue fit son œuvre et on parla à partir du XVIe siècle de femmes « embéguinées », c’est-à-dire éprises de quelqu’un, mais avec une connotation fortement péjorative : « sottement, ridiculement amoureuses ». Toujours à la même époque, « avoir la tête troublée » s’exprimait ainsi : « avoir le béguin à l’envers ». En effet, on peut imaginer qu’une femme mettait sa coiffe dans le mauvais sens parce qu’elle était troublée par quelque chose, ou sans doute quelqu’un. Elle avait probablement la tête ailleurs…
Cette expression si pittoresque resta très longtemps extrêmement discrète. Ce n’est en effet qu’au XIXe siècle qu’elle entra vraiment dans le langage courant. Comment se fait-ce ? Il semblerait que la locution très provinciale soit devenue usitée à foison au sein des maisons closes parisiennes (https://www.youtube.com/watch?v=Y8n1D1vEugs), où beaucoup de campagnardes venaient gagner leur maigre pitance. L’entendant dans la bouche de ces filles de joie, les bourgeois se l’approprièrent gaiement. Le bouche-à-oreille fit le reste…

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