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Cacao

 

 

En prenant le pouvoir dans le Nouveau Monde, les conquistadores ont véhiculé via l’espagnol de nombreux nouveaux mots dans la plupart des idiomes européens. Ces termes font désormais partie de notre vocabulaire usuel. À l’instar de tomate, chocolat, ocelot, coyote, avocat ou encore cacahuète, cacao vient du nahuatl, la langue des Aztèques, qui régnaient alors sur ce que l’on appelle aujourd’hui le Mexique.

Une prononciation problématique

Logiquement, tous ces mots auraient dû garder leur « conclusion » phonétique : la consonne « tl », spécifique au nahuatl. À l’origine, il aurait donc fallu dire « cacaotl », « chocolatl » ou encore « tomatl ». Seulement voilà, les Espagnols n’arrivant pas à prononcer ce son, ils se contentèrent de simplifier, en éliminant purement et simplement l’objet du délit. Trois mots ont échappé à ce massacre : nahuatl, peyotl — un gros cactus dont les effets hallucinogènes sont bien connus des amateurs de paradis artificiels —, et axototl, un petit batracien du lac de Mexico.

Boisson divine

Aujourd’hui, le cacao est incontournable dans les pays occidentaux, notamment dans sa version solide ou en poudre. Cependant, il a perdu sa véritable aura, celle qui en faisait une quasi-divinité pour les Aztèques. Ces derniers attribuaient en effet la paternité de Quetzalcóatl, le fameux serpent à plumes, dieu de la végétation et de son renouveau, au cacaoyer. Décrété boisson divine, le cacahuatl occupait une place à part entière lors des cérémonies religieuses. Offertes en cadeau, les fèves servaient aussi de monnaie d’échange.

 

Et quand Hernán Cortés atteignit les côtes du Mexique en 1519, l’empereur aztèque Moctezuma l’accueillit avec… du cacao. Neuf ans plus tard, le conquistador ramena la boisson à son souverain, Charles Quint, affirmant qu’une tasse du précieux élixir permettait à un homme de marcher un jour entier sans marcher…

Chocolat et rang social

Séduites, les familles les plus aisées du royaume de Castille contribuèrent à la popularisation du cacao dans le pays, où les premières chocolateries ouvrirent bientôt. Après son introduction en France à Bayonne, par le biais des Juifs chassés par l’Inquisition, la cour le découvrit en 1615, à l’occasion du mariage de Louis XIII avec Anne d’Autriche, infante d’Espagne. Une première fabrique ouvrit en 1659, avant l’arrivée de la première boutique parisienne de « chocolat à boire » en 1671. Consommé sous forme de boisson chaude, le cacao représentait une denrée de luxe : vendre et fabriquer du chocolat était un privilège accordé par le roi, ce jusqu’en 1693. Grande passion de la reine Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV, ce plaisir culinaire n’avait rien de solitaire : servi le matin, avant même le lever, il ne pouvait être consommé qu’en société. « Être admis au chocolat » d’une personne de rang supérieur était synonyme de réussite sociale !

L’heure de l’industrialisation

À partir du XVIIIe siècle, le cacao se répandit comme une traînée de poudre dans toute l’Europe. Introduit en Suisse en 1750, il inspira les Néerlandais : Coenraad Van Houten est le père du chocolat en poudre, inventé en 1828. Deux ans plus tard, les Anglais proposèrent la première tablette de chocolat. Enfin, l’apothéose fut atteinte dans la seconde moitié du XIXe siècle, quand les Helvètes, devenus depuis les fins chocolatiers que l’on connaît, « commirent » l’un des péchés favoris des gourmands : le chocolat au lait et aux noisettes. L’heure de l’industrialisation du chocolat avait sonné.