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Comment redonner au subjonctif ses lettres de noblesse ?

Le mode subjonctif s’avère essentiel en français pour exprimer certaines nuances. On constate cependant qu’à l’oral comme à l’écrit, son respect s’amenuise de plus en plus. Comment expliquer ce phénomène et rectifier le tir ? Voici un rappel des règles et quelques astuces simples pour redonner au subjonctif ses lettres de noblesse.
Après quoi utiliser le subjonctif ?
À quoi sert le subjonctif ? Ce mode verbal permet d’exprimer plusieurs choses : le jugement, la volonté, le souhait, la nécessité, une possibilité incertaine, ou encore le doute. On l’emploie avant tout dans des subordonnées introduites par des conjonctions, des expressions impersonnelles ou des verbes déclencheurs.
Après certaines conjonctions
Le mode subjonctif suit souvent des conjonctions exprimant le temps (hypothétique ou incertain) : « jusqu’à ce que », « avant que ». Exemple : « Agis, avant qu’il soit trop tard ! » Soit dit en passant, c’est pour cette incertitude qu’à la suite d’« après que », on n’emploie jamais ce mode, mais bien l’indicatif : « Après que je suis rentré, il était trop tard pour agir. »
Il est aussi obligatoire après des conjonctions de but (« afin que », « pour que »), de condition ou de concession(« bien que », « quoique », et « à condition que »), ou encore de peur (« de crainte que », « de peur que »). Exemples :
– J’écris ce texte afin que les lecteurs emploient correctement le mode subjonctif.
– Bien que de nombreux lecteurs de cet article maîtrisent l’emploi du subjonctif, j’écris cet article de rappel des règles.
– L’internaute lit cet article de blog de crainte qu’il ne sache pas correctement employer le subjonctif.
Après certains verbes et expressions
Il est obligatoire de conjuguer le verbe d’une subordonnée au subjonctif quand la proposition principale comporte des verbes exprimant par exemple le souhait ou la volonté : « Je voudrais que tu fasses cela. »
Idem pour les verbes exprimant le doute ou la possibilité, ou encore un sentiment, un jugement : « Je suis heureuse que tu aies lu cet article ! » Seule exception : si le verbe est affirmatif et exprime la certitude, on emploie l’indicatif : « Je crois qu’elle connaît déjà les règles du subjonctif. »
Enfin, c’est également le cas pour les verbes d’obligation ou de nécessité, comme « falloir » : par exemple, « il faut que nous étudiions ce mode grammatical ». Le double « i » vous étonne peut-être ? Il est temps de vous replonger dans votre Bescherelle et de remuer vos vieux souvenirs de cours de grammaire, car cette forme du subjonctif est parfaitement correcte.
À l’oral, il convient de bien entendre le double « i », gage de votre parfaite maîtrise de ce mode ! Or souvent, les formes au subjonctif des verbes du deuxième groupe ou en « -ier », « -uyer », « -ayer » et « -é.er » ressemblent beaucoup (ou trop peu) à l’indicatif : l’oubli du « double i » guette alors les locuteurs…
Pourquoi le subjonctif est-il malmené ?
Cette question nous mène à nous interroger sur la concordance des temps. Et à mener une réflexion sur la décrépitude de la conscience grammaticale dans notre société.
L’importance de la concordance des temps
Pour rappel, le subjonctif compte quatre temps. Mais dans l’usage courant, deux sont très majoritaires : le présent et le passé. Exemples :
– Je suis ravie que vous lisiez cet article (=> présent).
– Il est dommage que vous ne l’ayez pas encore lu (=> passé).
Il existe cependant deux autres formes de subjonctif : l’imparfait et le plus-que-parfait. Exemples :
– Il fallait que les lecteurs vinssent sur ma page pour lire l’article sur le subjonctif (=> imparfait).
– Il aurait été agréable qu’ils fussent venus sur le site (=> plus-que-parfait).
Ces deux dernières formes sont totalement tombées en désuétude dans le langage parlé, voire à l’écrit. Notez cependant que dans d’autres langues, comme l’espagnol notamment, le subjonctif imparfait et plus-que-parfait restent couramment pratiqués. Les hispanophones seraient-ils plus intelligents que les Français ?
Une conscience grammaticale en berne
Malheureusement, nombre de locuteurs francophones éprouvent de plus en plus de mal à comprendre à quoi sert le subjonctif et à distinguer ce mode de l’indicatif. Ce dernier étant le plus employé, il a tendance à prendre le dessus, mettant en danger l’exactitude de l’expression orale comme écrite.
Ainsi, on entend ou lit souvent « il faut que tu vas à l’école » — « vas-y déjà toi-même ! », aurais-je tendance à répondre dans ce cas précis — ou encore « bien qu’il est parti ». Cela heurte mes yeux et mes oreilles, toutefois ceux qui profèrent de telles horreurs n’en ont souvent pas conscience.
Comment expliquer cela ? La simplification du langage pourrait constituer l’une des raisons. Et bien sûr le niveau d’éducation. L’envahissement de nos vies par les écrans, la baisse délibérée du niveau et des exigences scolaires, ainsi que la pratique de la lecture qui va en s’amenuisant en attestent de façon flagrante.
Un citoyen qui sait ce qu’il dit et ce que cela signifie est un être humain conscient de son discours et de la portée de son pouvoir d’expression. La maîtrise du langage s’avère une force qu’aucun super-héros ne peut dépasser. L’application du subjonctif constitue l’une des clés pour y arriver. Bon (ré-) apprentissage !