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Jacques Offenbach, chantre de la fête parisienne

Young_Offenbach

Avec Offenbach, Paris était toujours une fête.

Qui dit Offenbach dit bien sûr french cancan, cette danse de music-hall un peu grivoise, symbole du Paris du Second Empire. Une époque un peu folle et superficielle, où la bonne société parisienne aimait à s’encanailler en allant au spectacle. Inventeur d’un type d’œuvre à part entière, l’opéra-bouffe, qui ondule entre opéra-comique et opérette, Jacques Offenbach était déterminé à dépasser toutes ses ambitions. Véritable star de la scène parisienne, ce musicien juif allemand naturalisé par Napoléon III  était surnommé « le Mozart des Champs-Élysées » par son idole Rossini. Décors somptueux, costumes colorés et féeriques, figurants à gogo et la crème des interprètes : les spectacles créés par Jacques Offenbach, avec leur ironie mordante et leur sens aigu de la satire, sublimèrent la seconde moitié du XIXe siècle.

Jacob Offenbach naquit le 20 juin 1819 à Cologne — redevenue prussienne cinq ans auparavant, à la faveur de la chute de Napoléon I —, septième enfant d’une fratrie qui en comptait dix. Son père, Isaac Judas, à l’origine relieur, était devenu cantor à la synagogue. En vertu du décret napoléonien du 28 juillet 1808, ce dernier avait changé son patronyme, Eberst, en Offenbach, nom de sa ville natale, Offenbach-am-Main. En 1816, la famille s’installa à Cologne où Isaac enseignait le chant, le violon, la flûte et la guitare. Il composait aussi à ses heures perdues. Quand Jacob eut 6 ans, Isaac lui apprit le violon. Très doué, le petit garçon ne tarda pas à composer aussi. À 9 ans, il entreprit d’apprendre aussi le violoncelle. Enthousiasmé par le talent inné de son fils, Isaac lui paya des leçons chez un professeur renommé et trois ans plus tard, le garçon se produisit en spectacle, jouant ses propres airs. Avec son frère Julius au violon et sa sœur Isabella au piano, il jouait également dans des cafés, des auberges et autres salles de spectacle.

Pour encourager encore plus ce don, Isaac partit en 1833 avec Jacob et Julius, alors âgé de 18 ans, pour Paris, seule ville où un artiste juif pouvait faire carrière en Europe. Admis au Conservatoire de Paris, Jacob n’y resta cependant qu’un an. Totalement indiscipliné, il préférait travailler dans des orchestres, tel celui de l’Opéra-Comique, qui l’employa de façon permanente dès 1835. Devenu « Jacques », le jeune homme faisait souvent le pitre et aimait particulièrement faire des blagues. Il prenait cependant son art au sérieux et passa une partie de son salaire dans des leçons de violoncelle, de direction d’orchestre et de composition. Jacques commença à mener parallèlement une carrière de soliste. Son rêve ? Composer pour le théâtre. De son côté, Julius, devenu Jules, termina sagement ses études au Conservatoire puis devint professeur de violon et chef d’orchestre. Faute de travail, Isaac, lui, regagna finalement la Prusse, laissant ses deux prodiges aux mains de Paris.

Pour se faire connaître et multiplier ses chances de composer un jour pour le théâtre, Jacques se mit à fréquenter les salons parisiens où il donnait des récitals. C’est ainsi qu’il fit la connaissance d’Herminie d’Alcain, dont il tomba amoureux. Trop désargenté pour se permettre de la demander en mariage, il entama une tournée en France et en Allemagne pour développer sa notoriété. Il joua notamment aux côtés du compositeur, pianiste et chef d’orchestre russe Anton Rubinstein, et de Franz Liszt à Cologne. Il se rendit ensuite en Angleterre, où il eut le privilège de jouer du violoncelle à Windsor, devant le tsar de Russie et la reine Victoria. De retour à Paris, plus riche dans tous les sens du terme, il put enfin épouser Herminie, mais à une dernière condition : se convertir au catholicisme. Le mariage eut enfin lieu le 14 août 1844. Cette union dura toute la vie des deux époux, même si Offenbach fit parfois des entorses à son vœu de fidélité. Après la révolution de 1848 et l’arrivée de la Seconde République en France, Jacques repartit en Allemagne avec sa femme et leur petite fille, à peine née. De retour à Paris début 1849, il retrouva du travail en tant que violoncelliste et parfois chef d’orchestre à l’Opéra-Comique, qui n’encourageait toujours pas son ardent souhait de composer. Cependant, le directeur de la Comédie-Française, qui avait remarqué son talent, l’engagea en tant que directeur musical et lui permit de créer des œuvres pour le théâtre.

Entre 1853 et 1855, Offenbach composa des opérettes qui furent donc enfin montées à Paris. En dépit de leur succès, l’Opéra-Comique ne voulait pourtant toujours pas ouvrir sa scène à notre homme. L’un des pionniers de l’opérette en France, Hervé, prit alors Offenbach sous son aile. Cela permit au musicien de créer en 1855 son propre théâtre, les Bouffes-Parisiens, sur les Champs-Élysées. À l’époque, l’endroit s’appelait encore Salle Lacaze — et deviendra plus tard le théâtre Marigny. la dernière fantaisie d’Offenbach, « Oyayaye ou La reine des îles », y fut présenté le 26 juin 1855, juste au moment de l’Exposition Universelle. Un timing idéal pour en faire un grand succès et attirer les foules. Cependant à l’époque, la future plus belle avenue du monde n’était qu’une modeste allée pavée — le baron Haussmann n’était pas encore passé par là. Pour faciliter l’accès de ses groupies à ses œuvres en hiver, Offenbach choisit d’ouvrir une seconde salle, située, elle, passage Choiseul, dans le 2e arrondissement. Les deux salles furent utilisées alternativement (l’une en hiver, l’autre en été) jusqu’en 1861, année où les Bouffes-Parisiens élurent domicile permanent dans le 2e arrondissement, où ce théâtre est toujours en activité de nos jours.

La première composition présentée par Offenbach aux Bouffes d’hiver en décembre 1855 fut Ba-Ta-Clan, une chinoiserie en un acte, qui remporta beaucoup de succès. Cette fantaisie loufoque donna d’ailleurs son nom à la salle de spectacle parisienne qui ouvrit ses portes près de dix ans plus tard. Pendant les trois années suivantes, Offenbach composa quinze autres opérettes en un acte et engagea des musiciens de renom pour les interpréter, comme ses chanteurs favoris Hortense Schneider et Jean Berthelier. Ces œuvres prirent le nom d’« opéra-bouffe », terme inventé par le compositeur lui-même pour désigner cette catégorie particulière d’opéra comique, plus ambitieuse que les opérettes. Le but ? Rivaliser avec le grand répertoire.

En octobre 1858, Offenbach présenta Orphée aux Enfers, son premier opéra-bouffe en deux actes. Des décors signés Gustave Doré, de magnifiques costumes, vingt rôles et beaucoup de figurants, un orchestre et un chœur d’envergure… Une critique incendiaire pour blasphème et irrévérence parue dans le Journal des Débats déclencha une polémique à laquelle le musicien répondit en s’exprimant dans les colonnes du Figaro. Calcul gagnant ! Grâce au franc-parler de son auteur, Orphée aux Enfers fit réellement un triomphe. Derrière le portrait satirique de la mythologie romaine, il fallait en effet voir une critique de Napoléon III. Nullement offusqué, ce dernier demanda à voir l’objet du scandale, qui lui fut présenté en avril 1860. Orphée aux Enfers sera l’œuvre la plus populaire d’Offenbach, avec l’air de french cancan sans doute le plus connu de toute l’histoire : le « Galop infernal » (https://www.youtube.com/watch?v=SDbFbZCWhj4).

Pendant les années 1860, Offenbach continua à surfer sur la vague du succès. Il fut même décoré de la Légion d’honneur en 1861 — un scandale pour tous ceux qui ne juraient que la par grande musique et méprisaient le genre nouveau proposé par « ce Prussien » — par Napoléon III qui l’avait naturalisé français l’année précédente. Cette même année, Jacques se rendit à Vienne pour la saison d’été où sa troupe fut acclamée. Il revint même à ses premières amours, donnant un récital de violoncelle devant l’empereur François Joseph. Son premier fils, Auguste, dernier de ses cinq enfants, naquit en 1862.

Entre 1864 et 1868, Jacques Offenbach composa les quatre œuvres pour lesquelles il est le plus connu : La Belle Hélène (1864), La Vie Parisienne (1866), La grande-Duchesse de Gérolstein (1867) et enfin La Périchole (1868). Pour La Belle Hélène (https://www.youtube.com/watch?v=eezU-_F2tbM), il exigea que sa soprano favorite et véritable diva, Hortense Schneider, joue et chante le rôle-titre. Les répétitions au Théâtre des Champs-Élysées furent particulièrement houleuses. Quant à La vie parisienne (https://www.youtube.com/watch?v=fHxENXxjww0), elle fut la première œuvre contemporaine d’Offenbach. La grande-Duchesse de Gérolstein (http://www.dailymotion.com/video/x18my55_la-grande-duchesse-de-gerolstein-offenbach-extraits_music), elle, une satire du militarisme, lui valut son plus grand succès de la décennie, la première s’étant déroulée deux jours après l’ouverture de l’Exposition Universelle de 1867. Enfin La Périchole (https://www.youtube.com/watch?v=EfNVD_aeK4k) est une œuvre moins comique et satirique, plus romantique. Offenbach termina cette décennie ultra-créative en présentant Les brigands, qui ne remporta pas le succès de ses prédécesseurs.

La guerre franco-prussienne mit brutalement un terme à la fête « impériale » dont Offenbach était devenu l’une des figures de proue. Juste avant l’arrivée de l’armée prussienne dans la capitale, il leva le camp pour sa maison d’Étretat, puis gagna San Sebastian avec sa famille. Il regagna Paris en mai 1871, mais les bouffons n’étaient plus à la fête… Être d’origine allemande ne plaisait pas à tout le monde, loin s’en faut. Soudain, Offenbach se vit attaqué de toutes parts du fait de sa germanité : on le considérait comme un traître ou un espion selon la rive du Rhin concernée. Le compositeur se mit à valser d’échec en échec.

Pourtant, jamais à court d’idée, il créa l’opéra-bouffe-féérie. En 1872, Le Roi Carotte (https://www.youtube.com/watch?v=YgCZGa6tWdg), sur un livret de Victorien Sardou, séduisit de nouveau les foules, qui remplirent le théâtre de la Gaîté. Offenbach en devint le directeur en juin 1873. Mais ce furent surtout les reprises de ses anciens succès qui renflouèrent les caisses. Cependant, le créateur hors pair de productions extraordinaires voyait toujours aussi grand que du temps de sa splendeur et dépensait sans compter. Ses habitudes dispendieuses le ruinèrent en 1875. Heureusement, sa fortune personnelle et une série de concerts aux États-Unis l’année suivante lui permirent de sortir la tête de l’eau.

En mal de succès, Jacques Offenbach adopta alors la mode de l’opéra-comique patriotique ou historique, alors très prisé des spectateurs : Madame Favart fut présenté en 1878, suivi de La Fille du tambour-major (https://www.youtube.com/watch?v=yQNfRr0kDTQ) l’année suivante, l’une de ses œuvres les plus populaires de la décennie. Cependant, les excès culinaires du bon vivant qu’était cet homme de tous les plaisirs sonnèrent le glas de son existence. La goutte, une affection de riche qui le tourmentait depuis les années 1860 le conduisit prématurément au tombeau le 5 octobre 1880, à quatre mois de la première de son opéra fantastique Les Contes d’Hoffmann (10 février 1881) (https://www.youtube.com/watch?v=9emRjIMZsVk), devenu l’un des opéras les plus joués au monde.

La popularité de Jacques Offenbach, enterré au cimetière de Montmartre, reste entière de nos jours. Déjà de son vivant, elle fut illustrée par l’adaptation par des arrangeurs de nombre de ses airs, à l’instar des entreprises de prêt-à-porter aujourd’hui qui s’inspirent de la mode des grands créateurs pour habiller Madame et Monsieur tout-le-monde. Éternellement placée sous le signe de la fête, de la démesure et de la joie, la musique d’Offenbach symbolise avant tout le renouveau de la société française, et surtout parisienne, sous le Second Empire. Près de cent cinquante ans après, alors que l’espoir s’essouffle et les catastrophes se multiplient, nous aurions bien besoin d’un nouvel Offenbach. Pour que Paris soit de nouveau une fête.

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