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Hedy Lamarr, la beauté de la science

Hedy Lamarr dans « Lady of the Tropics », réalisé par Jack Conway (1939).

Allez, avouez-le : vous ne pourriez plus vivre sans vos précieux GPS, Bluetooth, téléphone sans fil et autre Wi-Fi, n’est-ce pas ? Saviez-vous que tous ces gadgets technologiques, devenus nos inséparables compagnons du quotidien, n’auraient peut-être pas vu le jour sans le cerveau d’une certaine Hedy Lamarr, surnommée « la plus belle femme du monde », du temps de sa splendeur hollywoodienne ?

Hedwig Kiesler naquit le 9 novembre 1914 à Vienne dans une famille de Juifs convertis au catholicisme. Son père, Emil, dirigeait une banque, tandis que sa mère, Gertrud, était une pianiste issue d’une grande famille juive de Budapest. Scolarisée à la maison, Hedy parlait déjà quatre langues à l’âge de dix ans ! Choyée par ses parents, qui ne lui refusaient rien, la jeune fille choisit rapidement de faire carrière au théâtre et au cinéma. Dès 1933, elle créa le scandale, s’octroyant une réputation sulfureuse : dans le film du réalisateur tchèque Gustav Machaty, intitulé Extase, Hedy apparut en effet sur l’écran dans le plus simple appareil, alors qu’elle nageait, puis courait à travers champs et dans une forêt (http://www.tcm.com/mediaroom/video/354461/Ecstasy-Movie-Clip-Skinny-Dip.html). Surtout, elle y simula un orgasme (http://vimeo.com/62124101) – scène sulfureuse si l’en est à l’époque, mais qui, selon les standards actuels, semble désormais extrêmement innocente… En tout cas, d’après les mémoires de l’actrice, ses manifestations de passion étaient en fait dues au réalisateur qui lui aurait piqué les fesses avec une épingle à nourrice !

Alors qu’elle était un peu dépassée par sa toute récente notoriété, la jeune Hedy céda à la cour effrénée d’un magnat autrichien de l’armement, l’héritier richissime Friedrich Mandl. Ils convolèrent en justes noces le 10 août 1933. Très possessif, le premier des six maris (!) de la future star hollywoodienne enferma progressivement sa jeune épouse dans une prison dorée. La légende prétend que Friedrich racheta toutes les copies d’Extase qu’il put trouver. Pro-fasciste, il vendait beaucoup d’armes à Mussolini et entretenait des relations sociales et d’affaires avec le régime fasciste italien comme avec celui de Hitler. Les deux dictateurs auraient même été invités plusieurs fois chez les Mandl. Voulant toujours surveiller son épouse, Friedrich l’emmenait à ses réunions de travail, réunissant des scientifiques et des experts en technologie militaire. C’est là que le goût de Hedy pour les sciences appliquées se révéla à elle. Cependant, ne supportant plus les excès de possessivité de son mari, la jeune femme s’enfuit un jour de 1937, échappant par une ruse à ses griffes. Elle aurait drogué la domestique censée la surveiller et endossé ses vêtements pour passer inaperçue pendant son échappée.

Direction Paris, puis Londres, où Hedy rencontra le fameux patron de la célèbre Metro Goldwyn Mayer, Louis B. Mayer en personne. Son instinct pour dénicher les futures stars de son studio lui souffla sans doute de faire signer à Hedy Mandl un contrat. La rebaptisant Lamarr, en hommage à une star du muet, Barbara La Marr, décédée en 1926 à vingt-neuf ans de la tuberculose et d’une néphrite, il lui offrit son premier film — et premier succès — à Hollywood, en 1938 : Algiers (Casbah en français), aux côtés du Français Charles Boyer. Capitalisant sur son accent et son aura mystérieuse, le studio la fit jouer principalement des séductrices aux origines exotiques pendant la décennie des années 1940, décennie de sa gloire. Spencer Tracy, Clark Gable, John Garfield ou encore James Stewart… Tous les jeunes premiers et acteurs de renom de l’époque lui donnèrent la réplique. Son plus gros succès au box-office ? Le péplum de 1949 Samson et Dalila, de Cecil B. DeMille, face à Victor Mature. Au début des années 1950, fatiguée de son image de vamp, Hedy se tourna vers la comédie, mais sans succès. Femme fatale un jour, femme fatale toujours… En dépit de sa popularité — le compositeur américain Cole Porter lui rendit hommage dès 1941 dans sa chanson « Let’s not talk about love » : (http://www.youtube.com/watch?v=jI7SN0TUpP0) : « Let’s speak of Lamarr, that Hedy so fair, Why does she let Joan Bennett wear all her old hair » (chantée par Danny Kaye) ; et Agatha Christie l’évoqua dans Le Vallon (1946) —, sa carrière cinématographique prit doucement fin quelques années plus tard.

Outre une beauté époustouflante, la nature avait doté Hedy Lamarr d’un cerveau de première catégorie : celui d’une mathématicienne, que les réunions techniques de son premier mari fabricant d’armes avaient encore davantage développé. En pleine guerre, elle inventa en 1941 avec le compositeur et pianiste américain George Antheil un système de communication secret. Leur codage de transmission est utilisé de nos jours pour faire fonctionner les GPS, téléphoner sans fil, faire communiquer les navettes spatiales avec le sol et même actionner le Wi-Fi et le Bluetooth ! Leur invention était mue par un sentiment patriotique et l’envie de se rendre utile en temps de guerre. Ensemble, Hedy et George imaginèrent un système secret de torpilles radioguidées permettant aux torpilles de sauter parmi quatre-vingt-huit fréquences différentes, rendant la détection par l’ennemi d’une attaque sous-marine impossible. Brevetée le 11 août 1942 notamment sous le nom de Hedy Kiesler Markey (son deuxième mari), l’invention (http://www.youtube.com/watch?v=YdmpsU_GwRo) fut rapidement présentée à la Navy. Las… Elle ne remporta pas l’unanimité, loin s’en faut, et tomba rapidement aux oubliettes jusqu’en 1962, quand certains bateaux américains s’en servirent en pleine crise avec Cuba. Ce n’est qu’en 1997 que Hedy Lamarr reçut un trophée de l’ONG américaine Electronic Frontier Foundation, qui vise à défendre la liberté d’expression sur Internet, pour son invention, devenue la base de la technologie des télécommunications avec étalement de spectre.

Naturalisée américaine en 1953, Hedy Lamarr vécut mal l’arrêt de sa carrière cinématographique. Elle fut notamment arrêtée pour vol à l’étalage en 1966. En 1991, elle récidiva en Floride. Objet du larcin : des gouttes pour les yeux et des laxatifs… Pendant les années 1970, en dépit de l’intérêt des cinéastes et des metteurs en scène, qui souhaitaient la revoir devant la caméra, Hedy Lamarr se retira progressivement de la scène publique. Après quelques opérations de chirurgie esthétique ratées, sa vue baissant et fatiguée des sunlights des studios, elle opta pour ceux des tropiques en 1981, quittant la Californie pour la Floride. Trois ans après avoir reçu son trophée, elle rendit son dernier soupir le 19 janvier 2000 dans le « sunshine state » le jour des cinquante-cinq ans de sa fille Denise. Avec son frère Anthony (nés du troisième mariage de la star avec l’acteur John Loder entre 1943 et 1947), cette dernière éparpilla les cendres de leur mère en Autriche (http://www.youtube.com/watch?v=YM1tEO3_09g), dans le Wienerwald, un massif et une région naturelle s’étendant de la Basse-Autriche aux portes de Vienne.

La prochaine fois que vous programmez votre GPS, que vous utilisez le Bluetooth pour téléphoner en voiture ou que vous recourez au Wi-Fi pour surfer sur votre tablette ou votre smartphone, ayez une petite pensée pour Hedy Lamarr ! Celle qui porte l’étoile 6247 du Hollywood Walk of Fame restera en tout cas dans la mémoire des inventeurs, du moins teutons : depuis 2005, dans les pays de langue allemande, ce sont eux que l’on fête le 9 novembre, jour de la naissance de Hedy.

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