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Harry Houdini, le maître de l’évasion

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Harry Houdini vers 1920.

Tous les fans d’illusion, ainsi que les plus grands magiciens, ne connaissent que lui. Cet Américain est entré dans la légende grâce à ses extraordinaires tentatives de fuite alors qu’il était enchaîné ou menotté, voire enterré vif. Harry Houdini se produisit presque jusqu’à son dernier souffle devant des foules émerveillées par ses tours de force. Son aura ne faiblit pas après son tragique et soudain décès, qui le transforma à jamais en icône de la magie.

Connu sous le pseudonyme de Houdini — en hommage au grand magicien français Jean-Eugène Robert-Houdin — notre homme n’était pas yankee de naissance. Il naquit en effet sous le nom d’Erik Weisz à Budapest, alors située en Autriche-Hongrie, le 24 mars 1874, au sein d’une famille juive. Le petit garçon ne grandit cependant pas sur sa terre natale. Décidé à tenter sa chance dans le Nouveau Monde, son père, le rabbin Mayer Samuel Weisz, embarqua avec sa femme et ses enfants en 1878 sur le SS Freesia, alors que Cecilia attendait leur quatrième et dernier garçon, né en 1879. Une fille, la benjamine de la fratrie, vint au monde trois ans plus tard.

Sitôt débarqués aux États-Unis, les nouveaux arrivants changèrent l’orthographe de leur patronyme, le germanisant — bizarre décision, non ? — en Weiss. Erik devint alors Ehrich, surnommé rapidement Harry par ses amis. La famille s’installa à Appleton, dans le Wisconsin, où Samuel exerçait en tant que rabbin. Dès 1882, ce dernier obtint la nationalité américaine. Puis la perte soudaine de son poste le poussa à tenter sa chance dans la Grande Pomme, qu’il rejoignit rapidement avec toute sa famille.

Adepte du cross, Ehrich aimait l’exercice physique et le sport. Dès ses neuf ans, il commença à se produire en tant qu’artiste : le jeune garçon s’improvisa d’abord trapéziste, se surnommant même « Ehrich, le prince des airs ». À seize ans, il rencontra sa vocation grâce à la lecture de l’autobiographie de son idole, Jean-Eugène Robert-Houdin (1805-1871). Dès 1891, l’adolescent lança sa carrière d’illusionniste en se spécialisant pour commencer dans les tours de cartes. Ne rencontrant pas de réel succès, il s’essaya également à l’art de l’évasion. Et comme on est souvent plus fort à deux, Harry s’associa à son jeune frère Theodore, surnommé « Dash ».

En 1893, le duo, baptisé « Les frères Houdini », fit la connaissance d’une jeune chanteuse et danseuse, qui se produisait comme eux à Coney Island, près de New York. Wilhelmina Beatrice Rahner, dite Bess, venait d’une famille d’immigrés allemands. Theodore lui fit la cour, mais la jeune femme lui préféra son frère aîné. Les jeunes gens convolèrent en justes noces le 22 juin 1894. Bess reprit même la place de Theodore et le couple se fit appeler tout simplement « Les Houdini ». Assistante fidèle de son mari toute sa vie durant, Bess s’occupa aussi de leurs nombreux animaux de compagnie, de leur collection de poupées, et créa les costumes de scène de son mari.

En 1899, le magicien fit la rencontre professionnelle de sa vie. Martin Beck, né lui aussi en Autriche-Hongrie (dans l’actuelle Slovaquie) en 1868, était propriétaire d’un théâtre de vaudeville. Très impressionné par un tour à menottes de Houdini, il lui conseilla de se consacrer aux seuls numéros d’évasion, le signant pour se produire dans tous les théâtres de son circuit, sur tout le territoire américain. Grâce à son agent, l’artiste retourna même pour la première fois en Europe l’année suivante. Pour pimenter un peu plus son art, partout où il passait, Houdini mettait la police au défi de le menotter et de lui échapper ensuite. C’est ainsi que grâce au concours de Scotland Yard, il joua à guichets fermés pendant six mois au fameux théâtre londonien du West End, L’Alhambra, créé en 1854. Après Londres, le « roi des menottes » séduisit les spectateurs écossais, néerlandais, allemands, français et russes.

Cordes, chaînes, camisoles de force, cellules de prison… Rien ne résistait au magicien prodige. Les spectateurs adoraient le voir se battre comme un fauve contre ses entraves. Cependant, des imitateurs commençant à montrer le bout de leur baguette nez, Houdini chercha à se renouveler. Le 25 janvier 1908, il inaugura un tour encore plus spectaculaire : s’évader d’un bidon de lait géant rempli d’eau et verrouillé. Avide de sensations fortes, Harry mettait aussi le public à contribution, l’enquérant de lui soumettre des idées ou de fabriquer des engins pour l’enfermer. Parmi les idées les plus originales : un sac postal, une barrique de bière, et même l’intérieur d’une baleine échouée à Boston ! En 1913, Houdini se surpassa encore plus avec le supplice chinois de la goutte d’eau. Suspendu par les pieds dans un container en verre et en fer, Harry se voyait recouvrir d’eau avant de trouver le moyen de s’échapper et de sauver sa peau. Pendant cette « inondation », le magicien devait retenir sa respiration trois minutes durant !

Il excellait aussi dans l’illusionnisme, faisant par exemple disparaître un… éléphant de la scène du Hippodrome Theater de New York, sous laquelle avait été placée une piscine ! Houdini fut pendant des années l’artiste de vaudeville le mieux payé des États-Unis. Devenu très riche, le magicien acheta un immeuble d’habitation à Harlem, à New York. Il offrit même une robe qui aurait appartenu à la reine Victoria à sa mère, qu’il exhiba dans cet accoutrement lors d’une grande soirée organisée à son domicile. Ennemi du spiritisme, l’artiste aimait dévoiler au public les trucs de ses collègues et concurrents, qui faisaient croire à leur auditoire qu’ils étaient dotés de pouvoirs surnaturels. Il fut aussi l’auteur de livres techniques à destination de ses pairs, expliquant comment ouvrir des menottes et des cadenas par la force ou avec le concours de lacets.

Dès les balbutiements du cinéma, le magicien prodige se vit encore plus haut sur l’affiche. Dès 1906, il se confronta sur la pellicule à un catcheur célèbre de l’époque, Georg Hackenschmidt (venu d’Estonie, territoire alors dans l’empire russe). Mais le film ayant été perdu, on ne sait pas ce qu’ils y faisaient exactement. En 1909, en France, le roi de l’évasion réalisa « Merveilleux exploits du célèbre Houdini à Paris ». Neuf ans plus tard, il revint devant la caméra, signant un contrat avec le producteur B. A. Rolfe pour une sorte de feuilleton de quinze épisodes, « The Master Mystery », présenté au public début 1919. Il tourna ensuite deux films pour Famous Players-Lasky et la Paramount : « The Grim Game » en 1919 et « Terror Island » en 1920. Encouragé par le succès, Houdini créa sa propre société de production, Houdini Picture Corporation. Il produisit et joua dans deux longs-métrages : « The Man From Beyond » en 1921 et « Haldane of the Secret Service » en 1921 ; il ouvrit en outre son propre laboratoire de film, The Film Development Corporation, dont son frère Theodore prit la tête. La carrière cinématographique de Houdini fit cependant long feu, car le public préférait le voir en chair et en os plutôt que sur le grand écran. Ce qui ne l’empêcha pas d’obtenir son étoile sur le Hollywood Walk of Fame !

En 1917, Houdini fut nommé président de la Société des Magiciens Américains (SAM), un poste qu’il occupa jusqu’à sa mort. Il contribua au développement de la profession, imaginant de créer un vaste réseau de magiciens professionnels et amateurs. Partout où il se produisait, il essayait de fédérer les différents magiciens au sein de la SAM. En 1923, il prit la direction de Martinka & co., l’entreprise de magie la plus ancienne des États-Unis, créée en 1877.

Jusqu’où aurait-il pu aller ? Avait-il encore d’autres tours extraordinaires dans son sac ? Fin octobre 1926, Houdini rencontra son destin dans sa loge, juste avant de monter sur scène à Montréal. Blessé à la cheville quelques jours auparavant, il était allongé sur un canapé, essayant de rassembler ses forces pour sa prestation prochaine, quand un étudiant de l’Université McGill, J. Gordon Whitehead, fit irruption, lui demandant s’il croyait aux miracles de la Bible et s’il était vrai qu’on pouvait le frapper sans que cela lui fasse mal. Houdini n’opposa pas de résistance aux coups que le jeune homme lui porta alors, mais n’étant pas dans une position optimale, il lui demanda rapidement de cesser ce « test », d’un genre pour le moins douteux. De plus en plus souffrant, le magicien ne renonça pas pour autant au spectacle : the show must go on… Une fois sorti de scène, incapable de dormir, fiévreux, Houdini resta alité deux jours et deux nuits durant, refusant pour autant de faire venir un médecin. Quand il se décida enfin, on lui diagnostiqua une appendicite aiguë. Avait-elle été déclenchée par les coups portés par l’étudiant un peu dérangé ? Nul ne le sait. En tout cas, une opération d’urgence s’imposait.

Inconscience ? Déni de réalité ? Conscience professionnelle ? Qui sait pourquoi Houdini, le corps bouillant de fièvre, refusa d’être opéré de sa péritonite pour pouvoir monter sur scène à Detroit ce soir-là et honorer son engagement auprès de son public ? Devant la foule, le magicien perdit pourtant conscience, puis reprit connaissance, et, comme enragé, termina le spectacle. Les brancardiers l’attendaient dans les coulisses. Une ambulance à la sirène stridente le transporta aussi rapidement que possible à l’hôpital Grace. Le plus grand magicien de tous les temps rendit son dernier souffle peu après sur son lit d’hôpital, le 31 octobre 1926. Ses derniers mots auraient été : « Je suis fatigué de me battre. »

Sa dépouille fut transportée à New York dans le cercueil en bronze que l’illusionniste utilisait pour son tour où il se faisait enterrer vivant. Mais cette fois, la réalité avait dépassé la fiction. Ses obsèques, le 4 novembre 1926, attirèrent environ deux mille personnes. Houdini fut enterré pour ne plus jamais se relever dans le cimetière Machpelah du Queens. En mars 2007, son petit-neveu et petit-fils de Theodore, George Hardeen, demanda que le corps de son illustre aïeul soit exhumé, afin de vérifier si le grand magicien n’avait pas en réalité été tué par des spiritualistes, ses ennemis jurés, selon une thèse développée dans une biographie de ce dernier The Secret Life of Houdini. Mais la famille de Bess Houdini s’y opposa, arguant qu’il s’agissait simplement de faire une publicité éhontée pour ce livre.

Immortel, le souvenir de Houdini continue à hanter la mémoire collective. Et s’il ne réussit pas à devenir une star de l’écran de son vivant, sa vie inspira nombre de cinéastes : tour à tour, Houdini prit les traits de Tony Curtis dans « Houdini » en 1953, Paul Michael Glaser dans le téléfilm « The Great Houdini », Jeffrey DeMunn dans « Ragtime » (1981), Harvey Keitel dans « FairyTale : A True Story » (1997), Guy Pearce dans « Death Defying Acts » (2007) et plus récemment Adrian Brody dans la mini-série « Houdini » (2014) (https://www.youtube.com/watch?v=zaOPX2m9tTA). Les légendes ne meurent jamais… Une question de passe-passe ?

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