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	<title>Parcours extraordinaires &#8211; Géraldine Couget</title>
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	<title>Parcours extraordinaires &#8211; Géraldine Couget</title>
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		<title>Minnie Riperton, la voix des anges</title>
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		<dc:creator><![CDATA[geraldine.c]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jun 2026 16:34:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcours extraordinaires]]></category>
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					<description><![CDATA[Connaissez-vous Minnie Riperton ? Cette chanteuse exceptionnelle, qui inspira Stevie Wonder, maîtrisait à la perfection la voix de sifflet. Elle perdit la vie à 32 ans seulement. Voici son histoire.]]></description>
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						<span class="et_pb_fullwidth_header_subhead">Minnie Riperton, la voix des anges</span>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;">Dotée d’une voix exceptionnelle et angélique s’étirant sur cinq octaves et excellant dans la <strong>voix de sifflet</strong>, le registre le plus aigu que puisse produire l’être humain, <strong>Minnie Riperton</strong> berça les années 1970 avec des chansons à la fois suaves et sensuelles, orchestrées et arrangées avec beaucoup de sophistication. Cette chanteuse afro-américaine aurait pu avoir une très longue carrière et une reconnaissance beaucoup plus large de son vivant. Mais la vie en décida autrement. Elle mourut à seulement 31 ans des suites d’un cancer, laissant derrière elle un mari éploré, deux enfants et des fans, dont <strong>Stevie Wonder</strong>, inconsolables.</p>
<h2>Reine de la voix de sifflet</h2>
<p style="font-weight: 400;">Minnie Julia Riperton naquit le 8 novembre 1947 à Chicago, la benjamine d’une famille de huit enfants. Son père Daniel, qui travaillait pour les wagons-lits, et sa mère Thelma se rendirent compte très vite du don exceptionnel de leur petite dernière pour les arts en général, et la musique en particulier. Minnie fut inscrite d’abord en cours de danse classique et moderne, mais elle changea rapidement son fusil d’épaule. Parallèlement à sa scolarité, elle reçut une solide formation de <strong>chant lyrique</strong>, insistant sur la <strong>maîtrise de la respiration</strong> et du phrasé. Cette <strong>soprano colorature</strong> avait un don rare : elle pouvait parcourir cinq octaves grâce à sa capacité innée et sa facilité époustouflante pour chanter en voix de sifflet, aussi appelé <strong>registre de flageolet</strong>. Cerise sur le gâteau : elle y excellait tout particulièrement dans la prononciation de mots, chose très rare. Minnie Riperton, qui faisait partie d’une chorale qui chantait seulement a cappella, se destinait à une carrière de chanteuse d’opéra.</p>
<h2>Choriste d’Etta James</h2>
<p style="font-weight: 400;">Mais l’amour de la soul et du rhythm and blues fut plus fort. Après avoir terminé le lycée, la jeune femme s’inscrivit à l’université, mais elle en quitta les bancs quelque temps plus tard, dans le but de devenir une professionnelle de la musique. Elle avait déjà un peu d’expérience en la matière, puisque dès 1963, elle avait intégré un groupe de filles local, The Gems, qui signa un contrat chez Chess Records. Mais leur succès <a href="https://www.youtube.com/watch?v=SzFUWXrtOYg" target="_blank" rel="noopener">resta très confidentiel</a> (ici « All Of It »). Les filles furent surtout sollicitées pour chanter les chœurs sur des disques de vedettes de l’époque, dont <strong>Etta James</strong>. En 1968, la formation fut rebaptisée The Starlets, juste le temps de sortir un dernier disque.</p>
<h2>Quand Minnie Riperton rencontre Richard</h2>
<p style="font-weight: 400;">Minnie Riperton se lança alors dans une carrière solo sous le pseudonyme d’Andrea Davis et connut un <a href="https://www.youtube.com/watch?v=C-DqZFJnOts" target="_blank" rel="noopener">succès d’estime</a> avec « Lonely Girl », avant de rejoindre Rotary Connection, un groupe de funk, soul et rock aux accents psychédéliques, créé en 1967 par Marshall Chess, le fils du fondateur de Chess Records, Leonard. Sa spécialité ? Revisiter de façon très originale les hits de l’époque, comme « Respect » d’<strong>Aretha Franklin</strong> ou « Lady Jane » des <strong>Rolling Stones</strong>. Mais c’est <a href="https://www.youtube.com/watch?v=4DR_NMtBEj4" target="_blank" rel="noopener">leur propre création</a> « I Am the Black Gold Of the Sun », où Minnie Riperton s’illustra dans les chœurs, paru sur leur dernier album, « Hey, Love », sorti en 1971, qui marqua les esprits. Le coauteur de la chanson, Richard Rudolph, tomba amoureux de la jeune femme.</p>
<h2>Un premier album floral</h2>
<p style="font-weight: 400;">Bien que Minnie Riperton ne soit que l’une des voix de ce collectif, le producteur et arrangeur Charles Stepney, qui avait aidé Marshall Chess à identifier les différents membres du groupe — et qui produirait peu après des albums primés pour <strong>Earth, Wind &amp; Fire</strong>, avant de succomber à une crise cardiaque en 1976 — sut percevoir tout le potentiel et le grand talent de la jeune interprète. Il écrivit, arrangea et produisit son premier album, « Come to my garden », sorti en 1970, avec notamment « Les Fleurs », où la chanteuse narrait l’<a href="https://www.youtube.com/watch?v=g1kDd6yBQZ4" target="_blank" rel="noopener">histoire d’une fleur s’épanouissant</a>, une métaphore pour évoquer le moment où chacun peut développer totalement son potentiel. Un thème bien illustré par une orchestration riche et sophistiquée, un écrin parfait pour que Minnie époustoufle les auditeurs avec sa voix de sifflet.</p>
<h2>Stevie Wonder ensorcelé</h2>
<p style="font-weight: 400;">Malheureusement, ce premier album solo ne rencontra pas le succès escompté — alors qu’il est désormais considéré comme un chef-d’œuvre par de nombreux critiques et connaisseurs… Minnie, qui avait épousé Richard Rudolph entre-temps, était devenue la mère de Marc, né en 1968, puis de Maya, qui vit le jour quatre ans plus tard en Floride. Après une pause de deux ans, la jeune maman souhaita reprendre sa carrière de choriste. Elle déménagea donc en 1973 avec sa famille à Los Angeles, sans trop savoir ce qu’elle allait y faire. La jeune femme rejoignit vite les rangs de Wonderlove, une formation qui accompagnait <strong>Stevie Wonder</strong> en tournée notamment.</p>
<h2>La consécration avec « Lovin’ You »</h2>
<p style="font-weight: 400;">Ce dernier, tombé sous le charme de la voix et du talent de Minnie depuis l’époque de Rotary Connection, produisit (sous le pseudonyme d’« El Toro Negro ») son nouvel album, intitulé « Perfect Angel », qui sortit en 1974. Ce génie musical en signa en outre deux morceaux, « Take a Little Trip », ainsi que la chanson ayant permis de baptiser le 33 tours. Les trois premiers extraits restèrent confidentiels, jusqu’à la sortie en avril 1975 de « Lovin’ You », qui <a href="https://www.youtube.com/watch?v=kE0pwJ5PMDg" target="_blank" rel="noopener">propulsa Minnie Riperton  en tête</a> de ce qu’on appelait alors le hit-parade, non seulement aux États-Unis, mais aussi dans vingt-quatre autres pays. Ce tube, vendu à plus d’un million d’exemplaires, valut à son interprète le surnom de « la femme à la voix aiguë et aux fleurs dans les cheveux ».</p>
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				<div class="et_pb_text_inner"><h2>Une ballade pour sa fille</h2>
<p><span style="font-size: 14px;"><span style="font-weight: 400;">Derrière cette chanson, où la maîtrise des notes suraiguës de Minnie force l’admiration, se cache une très jolie histoire. La mélodie était en effet chantée par la jeune maman à sa petite Maya, qui avait alors deux ans, en guise de berceuse. Et si on écoute sur l’album la chanson jusqu’au bout, on peut même l’entendre fredonner « Maya, Maya, Maya »… Vers la fin de sa vie, alors qu’elle l’interprétait en concert, Minnie se mit à chanter plutôt « Maya, Maya, Ringo, Maya », Ringo étant le surnom de son fils Marc. Grâce à la consécration de « Lovin’ You », l’album réussit finalement à atteindre la quatrième place des charts.</span></span></p>
<h2>Une œuvre érotico-métaphysique</h2>
<p style="font-weight: 400;">Très rapidement, Minnie Riperton sortit son album suivant, « Adventures in Paradise ». Stevie Wonder, très occupé à peaufiner son fameux « Songs in the Key of Life », ne participa pas à l’aventure. Minnie et son mari, accompagnés par Stewart Levine, qui avait collaboré avec The Crusaders, se consacrèrent donc seuls à la production de ce disque aux sonorités plus jazzy et douces, qui met parfaitement en valeur la perfection vocale de la chanteuse.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’une des <a href="https://www.youtube.com/watch?v=UVniMFJYY1o" target="_blank" rel="noopener">plus belles preuves</a> en est le morceau « Inside My Love », qui mêle spirituel et charnel, célébrant l’attraction et la communion physique et émotionnelle de deux êtres. Les paroles, à la fois érotiques métaphysiques, ne plurent pas à toutes les oreilles : certaines stations de radio refusèrent de le diffuser. Ce morceau magique, nouvelle preuve de la maîtrise sans pareille du souffle et du registre de la voix de sifflet de Minnie, fut samplé bien des années plus tard par des pointures du R’n’B et du rap comme <strong>Aaliyah</strong>, <strong>Tupac</strong> ou encore <strong>A Tribe Called Quest</strong>. En dépit de sa grande qualité, ce troisième opus ne rencontra pas totalement son public.</p>
<h2>Le mal incurable de Minnie Riperton</h2>
<p style="font-weight: 400;">À l’aube de ses trente ans, la chanteuse proposa ensuite au public « Stay in Love », son quatrième album. En 1977, la folie du disco battait son plein et Minnie suivit le mouvement lancé par ses contemporains. En dépit du retour de Stevie Wonder aux manettes, notamment sur le <a href="https://www.youtube.com/watch?v=TAlh7ornZlE" target="_blank" rel="noopener">morceau teinté de funk</a> « Stick Together », et de l’excellent « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=fKn6pO-cqA0" target="_blank" rel="noopener">Young, willing and able</a> », ce disque ne connut pas lui non plus un succès à la hauteur des espérances de Minnie Riperton. Mais était-ce vraiment si grave ? L’année précédente, la chanteuse avait révélé souffrir d’un cancer du sein et avait même dû subir une mastectomie. Quand la maladie avait été diagnostiquée, les médecins lui avaient annoncé que son système lymphatique était également atteint… Pour ses docteurs, il restait environ six mois à vivre à la jeune maman.</p>
<h2>Ambassadrice de son combat</h2>
<p style="font-weight: 400;">Refusant de se laisser abattre, Minnie Riperton décida de parler le plus souvent possible de sa terrible maladie, devenant même porte-parole de l’American Cancer Society, pour qui elle <a href="https://www.youtube.com/watch?v=p8GSd957Zpw" target="_blank" rel="noopener">enregistra en 1979 une publicité</a>, dans laquelle elle se disait guérie, alors que le mal l’emporterait quelques mois plus tard… Le <strong>président américain Jimmy Carter</strong> lui remit même le Society Courage Award en reconnaissance de son action et de son engagement. En dépit de la maladie, la chanteuse continua à se produire en concert et à enregistrer des chansons. Son mal l’empêchait pourtant de mouvoir son bras droit, ce que l’on pouvait bien distinguer lors de ses dernières apparitions télévisuelles.</p>
<h2>Les derniers adieux</h2>
<p style="font-weight: 400;">Elle offrit en mai 1979 à son public ce qui allait devenir son ultime album, « Minnie ». Un disque auquel le fidèle Stevie Wonder participa, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=jzKhjZsfANI" target="_blank" rel="noopener">produisant « Lover and Friend »</a>, toujours sous le pseudonyme d’El Toro Negro. Autres grands moments : une <a href="https://www.youtube.com/watch?v=RMttEWdVj7k" target="_blank" rel="noopener">reprise très sensuelle</a> de « Light My Fire », avec le Portoricain Jose Feliciano, la participation de Maya <a href="https://www.youtube.com/watch?v=QwuHTKFDe4o" target="_blank" rel="noopener">en tant que choriste</a> sur « Dancin’ and Actin’ Crazy », et surtout le très personnel « Memory Lane ». Si le thème de cette chanson est le souvenir d’un amour perdu, le passage de la chanteuse sur le plateau de l’émission de Mike Douglas en juin 1979, avec la diffusion en fond de photos d’elle avec son mari Richard Rudolph, alors qu’elle entonne « I don’t wanna go », puis « Save me, save me », sonne comme un <a href="https://www.youtube.com/watch?v=G5Uvy567ZAY" target="_blank" rel="noopener">terrible air d’adieu</a>. Qui brise le cœur.</p>
<h2>Un hommage poignant</h2>
<p style="font-weight: 400;">Sa dernière apparition à la télévision américaine, au <strong>Merv Griffin Show</strong>, date du 6 juillet. Minnie Riperton succomba à sa maladie six jours après cette ultime émission, à <a href="https://www.geraldine-couget.com/florence-ballard/">trente et un ans</a>, alors qu’elle était dans les bras de son mari et écoutait une chanson que son ami Stevie Wonder avait composée pour elle. Ce dernier, qui l’avait surnommée à juste titre « Perfect Angel », lui rendit un <a href="https://www.youtube.com/watch?v=6TAC7aEegUc" target="_blank" rel="noopener">hommage poignant</a> dans l’émission <strong>Soul Train</strong> peu de temps après sa disparition. L’année suivante, un dernier disque, contenant des morceaux <a href="https://www.youtube.com/watch?v=cmD95FUFKvI" target="_blank" rel="noopener">restés jusque-là inédits</a>, comme « Here We Go », ainsi que d’autres réorchestrés, sortit à titre posthume. Sur « Love Lives Forever », <strong>Michael Jackson</strong> et <strong>George Benson</strong> enregistrèrent leur voix sur certains morceaux et Stevie Wonder joua de l’harmonica.</p>
<h2>Des héritières inspirées</h2>
<p><span style="font-size: 14px;"><span style="font-weight: 400;">La voix exceptionnelle de Minnie Riperton, dont la plus haute note jamais enregistrée était un contre-contre fa, soit une octave au-dessus de la note la plus haute de la fameuse « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=ZZ_eHEYDInY" target="_blank" rel="noopener">Reine de la nuit</a> », dans <em>La flûte enchantée</em> de Mozart !, fit beaucoup d’émules, dont la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=k--mXr8f9jM" target="_blank" rel="noopener">plus connue</a> est <strong>Mariah Carey</strong>. L’une des rares chanteuses à maîtriser avec presque autant de brio l’art si difficile de la voix de sifflet…</span></span> </p>
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		<title>La comtesse Báthory, Dracula au féminin ou innocente victime ?</title>
		<link>https://www.geraldine-couget.com/la-comtesse-bathory-dracula-ou-victime/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[geraldine.c]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 May 2026 06:00:52 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcours extraordinaires]]></category>
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					<description><![CDATA[Qui était vraiment la comtesse Báthory ? Un vampire au féminin ou une femme victime d'une machination politique au coeur de la Transylvanie au tournant du XVIe siècle ? Cet article essaie de rétablir la vérité.]]></description>
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						<span class="et_pb_fullwidth_header_subhead">La comtesse Báthory, Dracula au féminin ou innocente victime ?</span>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;">Ses surnoms en attestent : la réputation de la comtesse Báthory, née le 7 août 1560 à Nyírbátor, en Hongrie, était pour le moins exécrable. Comtesse sanglante, comtesse Dracula… S’agissait-il de la <strong>première femme tueuse en série</strong> ? Et pourquoi Erzsébet Báthory (ou Élisabeth en français) aurait-elle décimé les jeunes paysannes de son domaine puis les héritières de la petite noblesse locale ? Les mauvaises langues disent que c’était pour se baigner dans leur sang, afin de rester éternellement jeune… Alors, info ou intox ?</p>
<h2>Mariée à quatorze ans</h2>
<p style="font-weight: 400;">Élisabeth Báthory grandit dans le château d’Ecsed, aujourd’hui situé dans le comitat hongrois de Szabolcs-Szatmár-Bereg, dans le nord-est du pays. À onze ans, on la fiança au comte Ferenc Nádasdy, de cinq ans son aîné. Leurs épousailles furent célébrées en mai 1575.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour ses noces, la comtesse Báthory reçut en cadeau de la part de son jeune époux le château de Csejte, près de Trecsén — aujourd’hui situé en Slovaquie —, ainsi que les douze villages et les champs avoisinants. Une propriété que le jeune homme avait achetée au souverain <strong>Rodolphe II du Saint Empire</strong>. Cultivée, Élisabeth lisait et écrivait en au moins quatre langues. Avec Ferenc, ils eurent six enfants, dont seuls trois atteignirent l’âge adulte : deux filles, Anna et Katalin, et un garçon, Pál.</p>
<p style="font-weight: 400;">Doté d’un tempérament belliqueux, courageux mais cruel, l’époux d’Élisabeth fut nommé en 1578 commandant en chef des troupes hongroises. Le pays se trouvait alors sous le joug d’un conflit âpre et sanglant opposant les <strong>Habsbourg</strong> aux <strong>Ottomans,</strong> suite à la défaite hongroise de Mohács en 1526 — véritable catastrophe nationale qui eut pour principal effet la disparition de la Hongrie indépendante. La question de la frontière entre la Hongrie royale, appartenant désormais aux Habsbourg, et la Hongrie ottomane, faisait depuis lors rage.</p>
<h2>Une réputation vite ternie</h2>
<p style="font-weight: 400;">Pendant que Ferenc passait son temps à guerroyer les Turcs, la <strong>comtesse Báthory</strong>, livrée à elle-même, se chargea de la gestion du domaine, et ce avec une grande efficacité. Même si elle était éloignée des combats, elle en subissait aussi les conséquences. Par exemple, en 1599, elle prit sous sa protection les veuves des villageois tués par l’assaillant turc, qui avaient tout détruit sur leur passage, saccageant et mettant le feu aux habitations, ainsi que les femmes et les jeunes filles violées et dépouillées de toutes leurs possessions par l’envahisseur.</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est à partir de ces années-là que la <strong>réputation d’Élisabeth</strong> prit des teintes de plus en plus sombres… Ainsi, entre 1602 et 1604, un pasteur luthérien se rendit plusieurs fois jusqu’à Vienne pour se plaindre publiquement des atrocités que commettrait sur ses terres la comtesse Báthory. Sans doute protégée par son nom ainsi que par l’influence de son époux, Élisabeth ne fut pas mise en danger par ces accusations. Du moins pas immédiatement.</p>
<h2>Enquête à charge contre la comtesse Báthory</h2>
<p style="font-weight: 400;">En 1604, Ferenc rendit l’âme dans sa ville natale de Sárvár, aujourd’hui dans l’ouest de la Hongrie, sans doute des suites d’une blessure de combat — même si d’autres raisons ont été invoquées : plus sulfureux, il aurait succombé aux coups portés par une prostituée ou à ceux de Giorgio Basta, un général du Saint-Empire Romain Germanique d’origine albanaise et gouverneur de Transylvanie de 1601 à 1604.</p>
<p style="font-weight: 400;">À partir de cette disparition, Élisabeth régna seule et en <strong>maîtresse-femme</strong> sur ses terres. Six ans plus tard, les allégations sur les monstruosités dont se serait rendue coupable la comtesse la rattrapèrent cependant. Enfin convaincu d’agir, l’empereur Matthias I<sup>er</sup> chargea le Palatin de Hongrie — plus haut dignitaire du royaume après le roi —, György Thurzó, de mener l’enquête. Ce dernier rendit une visite surprise à la comtesse Báthory au début de l’année 1610, puis chargea deux notaires de rassembler des preuves à charge.</p>
<p style="font-weight: 400;">Quelles étaient donc les atrocités en question ? Passages à tabac, brûlures et mutilations en tout genre, morsures, exposition au froid, ou encore dénutrition, le tout jusqu’au passage à trépas. Les <strong>premières victimes de la comtesse</strong> auraient été, pour commencer, de jeunes paysannes de la région, devenues servantes au château, car attirées par une promesse de bonne paie. Puis il se serait agi de filles de la petite noblesse venues pour apprendre l’étiquette dans le gynécée d’Élisabeth.</p>
<h2>Assignée à résidence</h2>
<p style="font-weight: 400;">Comme il était impensable de jeter l’opprobre sur la famille Báthory, très influente, le Palatin n’attendit pas que les conclusions des deux notaires soient rendues pour commencer à négocier avec Élisabeth, son fils Pál et ses deux gendres. Après la découverte sur les terres de la comtesse de <strong>cadavres de jeunes filles</strong> portant des traces de blessures, des poursuites furent engagées contre elle et quatre membres de son personnel.</p>
<p><span style="font-weight: 400;">Ces derniers furent torturés pour les aider à « cracher leur Valda » et ainsi obtenir les preuves nécessaires à une inculpation, puis à un jugement de mise à mort par les flammes pour trois d’entre eux en janvier 1611. La comtesse Báthory, elle, fut <strong>assignée à résidence</strong> <em>ad vitam æternam</em>.</span></p></div>
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				<div class="et_pb_text_inner"><h2>Une affaire de gros sous</h2>
<p style="font-weight: 400;">Pendant les quatre années suivantes, Élisabeth resta enfermée dans une suite de son château de Csejte, recevant à manger par une petite fente. Elle y mourut à cinquante-quatre ans, le 21 août 1614. Qu’est-ce qui avait bien pu pousser la comtesse Báthory à se livrer à de telles monstruosités ? Et était-ce seulement avéré ? Comme nous le soulignions précédemment, <strong>aucune preuve réelle de sa culpabilité</strong> ne fut jamais apportée, et les soi-disant aveux de ses « complices » furent tous obtenus sous la torture.</p>
<p style="font-weight: 400;">En réalité, il s’agissait probablement d’une affaire de gros sous et d’influence politique. La fortune de la comtesse était en effet conséquente et elle exerçait un pouvoir qui pouvait en déranger certains. D’après un historien hongrois, László Nagy, l’affaire n’aurait été que le fruit d’une <strong>conspiration majeure contre l’aristocrate</strong> : les chefs d’accusation auraient été inventés par des membres de sa famille pour la protéger de l’accusation suprême de haute trahison. La comtesse nourrissait en effet le projet de mettre sa fortune au service de la lutte menée par son cousin Gábor Báthory contre les <strong>Habsbourg</strong>.</p>
<h2>Amatrice de sang de jeunes vierges</h2>
<p style="font-weight: 400;">Le déshonneur dont souffrit de son vivant Élisabeth, sans doute victime d’une machination, ne cessa point avec sa mort. Son âme était sans doute destinée à errer pendant des siècles en enfer… En effet, non contents de lui avoir attribué des crimes sans doute imaginaires, les ecclésiastiques en remirent une couche plus d’un siècle après la mort de la comtesse.</p>
<p style="font-weight: 400;">La légende d’une comtesse Báthory amatrice du sang de jeunes vierges pour rajeunir naquit en 1729 de la plume d’un prêtre jésuite. Ce dernier s’appuyait sur de soi-disant témoignages obtenus sous la torture des quatre complices présumés de la châtelaine afin qu’ils avouent la « vérité ». Et en dépit du fait que dès le début du XIX<sup>e</sup> siècle, les historiens démentirent cette thèse, elle s’inscrivit dans les mémoires, s’ancrant encore davantage dans l’imaginaire populaire avec la <strong>mode des vampires</strong> et notamment l’<a href="https://beq.ebooksgratuits.com/vents/Stoker-Dracula.pdf" target="_blank" rel="noopener">avènement de <strong>Dracula</strong> dans la littérature</a>.</p>
<h2>Des bains d’hémoglobine</h2>
<p style="font-weight: 400;">Peut-on le blâmer ? L’idée d’une Dracula au féminin, d’une tueuse en série obsédée par sa beauté a de quoi séduire, admettons-le. L’imaginaire populaire fit donc d’Élisabeth une furie qui, refusant de voir son visage se flétrir sous le poids des ans, brisait systématiquement tous les miroirs. Toujours d’après les <strong>élucubrations jésuitiques</strong>, un jour, une servante lui ayant tiré les cheveux alors qu’elle la peignait, Élisabeth frappa cette dernière ; du sang de la jeune fille tomba sur la main de la comtesse. Celle-ci eut l’impression que sa peau s’en trouvait miraculeusement embellie !</p>
<p style="font-weight: 400;">Voulant découvrir le secret de jouvence de sa servante, la comtesse Báthory la tua séance tenante pour pouvoir se baigner dans son sang… Jamais satisfaite, en voulant toujours plus, la comtesse sanglante s’attaqua aux jeunes vierges des alentours afin de prendre des <strong>bains d’hémoglobine</strong> et rajeunir. <a href="https://www.geraldine-couget.com/vamp/">À l’instar d’un vampire</a>, elle buvait aussi ce sang, parfois directement du corps de ses victimes.</p>
<h2>L’héritage culturel de la comtesse Báthory</h2>
<p style="font-weight: 400;">L’appétit de la noble transylvaine allant croissant, elle trucida bientôt toutes les proies de la région et ouvrit même une école pour les jeunes filles, afin d’attirer de nouvelles victimes. La légende lui attribua ainsi <strong>plus de six cents homicides</strong>, dont elle aurait gardé la trace dans un carnet secret, bien entendu jamais retrouvé. Il va sans dire que les historiens modernes rejettent aujourd’hui ces chefs d’accusation jamais prouvés et totalement fantaisistes.</p>
<p><span style="font-size: 14px;"><span style="font-weight: 400;">Pourtant, la légende d’une comtesse </span><span style="font-weight: 400;">Báthory</span><span style="font-weight: 400;"> sanglante n’a jamais cessé d’exister, inspirant auteurs de bande dessinée, écrivains, musiciens et même créateurs de jeux, sans oublier les cinéastes. Ainsi en 2009, <strong>Julie Delpy</strong> endossa ce rôle mythique dans <a href="https://www.youtube.com/watch?v=jNzspu6icv8" target="_blank" rel="noopener">son film de 2009</a> <em>La comtesse</em>, qui mérite le détour.</span></span></p>
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		<title>Florence Foster Jenkins, la casserole qui se croyait rossignol</title>
		<link>https://www.geraldine-couget.com/florence-foster-jenkins-ou-la-castafiore/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[geraldine.c]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 06:00:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcours extraordinaires]]></category>
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					<description><![CDATA[Florence Foster Jenkins se prenait pour une soprano colorature de haut niveau... alors qu'elle avait tout de la casserole ! Voici son incroyable histoire.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><div class="et_pb_section et_pb_section_6 et_pb_fullwidth_section et_section_regular" >
				
				
				
				
				
				
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						<span class="et_pb_fullwidth_header_subhead">Florence Foster Jenkins, la casserole qui se croyait rossignol</span>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;">Qui était Florence Foster Jenkins ? Une <strong>diva de pacotille</strong>, une chanteuse à la voix si fausse et désagréable qu’elle pouvait réveiller les morts ou plutôt les inciter à rester bien tranquillement dans leur tombe. Des décennies durant, elle sévit sur les planches, brisant sans doute les tympans de tous les mélomanes éclairés, et faisant surtout beaucoup rire à ses dépens… Cette Américaine faillit même mourir sur scène. Une fin que ce personnage fantasque aurait sans doute adorée.</p>
<h2>Un don pour le piano</h2>
<p style="font-weight: 400;">Narcissa Florence Foster naquit le 19 juillet 1868 à Wilkes-Barre, en Pennsylvanie, dans une famille très aisée : son père, Charles Dorrance Foster, était avocat et propriétaire terrien. Sept ans plus tard, la famille s’agrandit avec l’arrivée d’une petite sœur, Lilian. Mais celle-ci mourut en 1883</p>
<p style="font-weight: 400;">L’aînée, redevenue enfant unique, rêvait depuis qu’elle avait atteint l’âge de raison de <strong>se produire sur scène</strong>. Florence — elle se débarrassa de Narcissa très vite pendant l’enfance — prit des cours de piano très jeune. Visiblement douée, elle put jouer dans toute la Pennsylvanie à partir de l’âge de huit ans, et fut même admise à démontrer ses talents à la Maison-Blanche, occupée alors par Rutherford B. Hayes !</p>
<h2>La syphilis en guise de dot</h2>
<p style="font-weight: 400;">Après avoir terminé le lycée, Florence n’avait qu’une idée en tête : partir étudier la musique en Europe pour devenir <strong>concertiste</strong>. Le veto de son père enragea la jeune fille, qui, en guise de représailles, fugua pour épouser un médecin bien plus âgé qu’elle, Frank Thorton Jenkins. Le couple emménagea à Philadelphie.</p>
<p style="font-weight: 400;">La vie maritale n’apporta pas vraiment l’émancipation à Florence, car Frank, à l’instar de son beau-père Charles, n’encourageait apparemment pas les velléités musicales de Florence. Ce qui est sûr, c’est qu’il lui fit un cadeau empoisonné : la <strong>syphilis</strong>.</p>
<h2>Florence Foster Jenkins enfin libre !</h2>
<p style="font-weight: 400;">Incapable de vivre sans musique, Florence Foster Jenkins s’improvisa <strong>professeur de piano</strong>, rêvant toujours de devenir concertiste. Mais elle se blessa un jour au bras et son souhait, si cher à ses yeux, ne put jamais se concrétiser. Au sein du foyer Jenkins, l’ambiance était devenue très morose. On ne sait si Florence divorça ou pas, mais elle décida en tout cas de quitter son mari pour s’installer à New York, au début des années 1900.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour vivre, la jeune femme continua à enseigner la musique et se produisit sur scène en tant que pianiste. À partir de 1909, la chance tourna enfin. Sa mère Mary Jane, dont Florence était très proche, rejoignit sa fille à New York. Charles venant de passer de vie à trépas, il avait en effet « libéré » son épouse et surtout laissé une <strong>fortune considérable</strong> à ses deux héritières.</p>
<h2>La passion du chant</h2>
<p style="font-weight: 400;">Désormais débarrassée des vulgaires contraintes matérielles, la toute jeune quadragénaire se mit en tête de devenir <strong>chanteuse lyrique</strong>. La même année, Florence Foster Jenkins fit la rencontre d’un sujet de sa Majesté de huit ans son cadet, un acteur nommé St. Clair Bayfield. Celui-ci devint son manager et le couple légalisa plus tard son union en « <em>common-law marriage</em> », ou « mariage de droit commun », une pratique courante dans certains pays anglo-saxons, l’équivalent de notre concubinage notoire.</p>
<p style="font-weight: 400;">Déterminée à vivre sa passion jusqu’au bout, Florence commença à multiplier les cours de chant. Et pour se faire connaître, elle intégra différents clubs et cercles mondains — dont certains exclusivement féminins — de New York, allant même jusqu’à créer le sien, le Verdi Club.</p>
<h2>Une Walkyrie en devenir</h2>
<p style="font-weight: 400;">Florence avait le goût du théâtre et surtout cultivait l’art de sa propre mise en scène : au sein de ses différents clubs ou chez elle, elle s&rsquo;amusait à composer des « tableaux vivants », sortes de reconstitutions de moments historiques, d’extraits d&rsquo;opéra ou encore de célèbres tableaux de maîtres. Le but ? Être photographiée, par exemple en <strong>Brunehilde</strong>, revêtue d’une armure et d’un casque, digne héritière des vierges héroïnes wagnériennes. Peu importait le ridicule, car il ne tue pas, n’est-ce pas ? Cette Walkyrie en devenie ne se souciait nullement du qu’en-dira-t-on. Même quand elle décida de faire enfin profiter ses nombreux amis de ses prétendus talents de chanteuse.</p>
<h2>Des capacités peu communes…</h2>
<p style="font-weight: 400;">Florence Foster Jenkins commença à donner ses premiers concerts vers 1912. Et c’est là que naquit sa légende, car cette chanteuse-là était ni plus ni moins un phénomène. Non seulement elle n’avait aucune oreille et donc chantait <strong>totalement faux</strong>, mais en plus son sens du rythme était inexistant et sa prononciation, surtout des textes étrangers, complètement ridicule.</p>
<p style="font-weight: 400;">Mais persuadée d’être un véritable rossignol, une diva aux vertus musicales exceptionnelles, Florence se produisit devant le public de ses différents clubs pendant plus de trente ans ! Laissant libre cours à son extravagance, elle montait sur scène dans des <strong>costumes extraordinaires</strong> qu’elle créait elle-même. La mort de Mary Jane en 1930 lui permit d’hériter de nouveau de fonds, bienvenus pour continuer à vivre sa <strong>passion du lyrique</strong>.</p></div>
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				<div class="et_pb_text_inner"><h2>Massacre à la Florence Foster Jenkins</h2>
<p style="font-weight: 400;">Comment expliquer son aveuglement ou plutôt sa surdité ? Simplement : la syphilis avait ravagé les systèmes auditif et nerveux de la chanteuse, qui ne s’entendait tout simplement pas… Très sûre d’elle, Florence Foster Jenkins était persuadée d’avoir un grand talent et d’être une <strong>soprano colorature</strong> — c’est-à-dire capable d’une très grande virtuosité et de vocalises aisées dans les aigus et les suraigus. Elle se comparait volontiers aux grandes sopranos de son époque, comme <strong>Luisa Tetrazzini</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Cependant, l’auditoire, lui, ne pouvait pas, même pour les moins mélomanes de ses membres, ignorer cette catastrophe ambulante ! Effectivement, le public n’échappa pas aux innombrables couacs de Florence, mais adorait apparemment l’entendre massacrer les <strong>plus grands airs de Mozart</strong> (ici le <a href="https://www.youtube.com/watch?v=qtf2Q4yyuJ0" target="_blank" rel="noopener">fameux « Air de la reine de la nuit »</a>, extrait de <em>La flûte enchantée</em>), <strong>Verdi</strong>, <strong>Brahms</strong> ou encore <strong>Johann Strauss</strong>. Cela les divertissait au plus haut point. Et si certains, à l’oreille sans doute plus sensible, ricanaient dans leur coin, voire s’esclaffaient sans vergogne, Florence interprétait ces rires comme étant l’œuvre de ses rivales, mues par une vile jalousie.</p>
<h2>Un secret bien gardé</h2>
<p style="font-weight: 400;">Une dernière raison explique pourquoi Florence ne sut jamais à quel point elle n’était pas douée pour le chant : la soprano ne se produisait que devant ses fameux cercles new-yorkais et une fois par an dans la salle de bal de l’hôtel <strong>Ritz-Carlton</strong>, toujours sur invitation.</p>
<p style="font-weight: 400;">Les seuls critiques musicaux qui écrivirent sur ses exploits scéniques dans des publications liées à la musique faisaient eux aussi partie de ces clubs. Ils jouèrent toujours le jeu, rédigeant des chroniques très ambiguës, histoire de ne pas vendre la mèche. Jusqu’en 1944, jamais la presse ne publia un seul article sur Florence, et son secret fut ainsi bien gardé.</p>
<h2>Carnage à Carnegie Hall</h2>
<p style="font-weight: 400;">Cependant, les rumeurs allaient bon train concernant cette mystérieuse soprano et le grand public voulut en savoir plus, voire la découvrir sur une vraie scène. À soixante-seize ans, Florence Foster Jenkins céda à la pression, en dépit des efforts de son « mari » pour l’en dissuader, et donc lui éviter sarcasmes et autres quolibets. Une unique représentation fut organisée le 25 octobre 1944 au <strong>Carnegie Hall</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Accompagnée par son pianiste attitré, un musicien de grand talent — il en fallait pour accompagner quelqu’un qui chantait aussi mal ! —, <strong>Cosmé McMoon</strong>, Florence interpréta airs d’opéra, lieder et airs populaires devant une salle comble. <a href="https://www.geraldine-couget.com/cole-porter-la-quintessence-du-musical/">Parmi les spectateurs</a>, le grand <strong>Cole Porter</strong> et la soprano <strong>Lily Pons</strong>, accompagnée de son mari le chef d’orchestre <strong>André Kostelanetz</strong>, qui avait composé un air spécialement pour cette occasion unique.</p>
<h2>Un cœur brisé</h2>
<p style="font-weight: 400;">Dès les premières notes, les rires fusèrent dans la salle. Ses <a href="https://www.geraldine-couget.com/zelda-fitzgerald-lenfant-terrible-des-annees-folles/">gloussements stridents couvrant la musique</a>, l’actrice <strong>Tallulah Bankhead</strong> fut dirigée vers la sortie, tandis que d’autres personnes applaudissaient furieusement pour couvrir les huées. En dépit de ce vacarme, Florence, niant toujours la réalité, resta stoïque, changeant de costume plusieurs fois pendant la représentation et allant jusqu’au bout de son programme.</p>
<p style="font-weight: 400;">Mais notre rossignol de pacotille ne put cette fois éviter la présence des journalistes. Leurs critiques acerbes et sans concession publiées dans les éditions du lendemain firent l’effet d’un coup de poignard dans le cœur de la chanteuse. Deux jours après le concert, la soprano succomba à une <strong>crise cardiaque</strong> alors qu’elle faisait des courses dans un magasin de musique. Elle mourut un mois plus tard chez elle, le 26 novembre.</p>
<h2>Florence Foster Jenkins, muse de la Castafiore ?</h2>
<p style="font-weight: 400;">Que retenir de Florence Foster Jenkins ? D’abord, une insolente assurance : « On peut dire que je ne sais pas chanter, mais personne ne pourra dire que je n’ai jamais chanté », une détermination exemplaire, et un féminisme d’avant-garde. Quitter ainsi son mari n’était pas chose commune au début du siècle dernier.</p>
<p style="font-weight: 400;">Ensuite, des enregistrements professionnels de 1941, que l’on peut trouver sur trois CD. Enfin, « la reine des brailleuses », comme on la surnommait dans son dos, inspira-t-elle <strong>Hergé</strong> pour créer la <strong>Castafiore</strong> ? Cette récente théorie serait apparemment sans fondements.</p>
<p><span style="font-size: 14px;"><span style="font-weight: 400;">En tout cas, pour en savoir plus sur le parcours singulier de cette artiste excentrique, vous pouvez visionner le documentaire de Donald Collup, <em>Florence Foster Jenkins: a world of her own</em> (2007), (re)voir le <a href="https://www.youtube.com/watch?v=qeCsB-Po7-8" target="_blank" rel="noopener">biopic signé Steven Frears</a> (2016), où s’illustre Meryl Streep, ou encore le long-métrage de Xavier Giannoli, <em>Marguerite</em>, avec Catherine Frot dans le rôle-titre (2015). Oreilles sensibles, s’abstenir !</span></span></p>
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		<title>Choupette Lagerfeld… ou quand certains vivent dans la quatrième dimension</title>
		<link>https://www.geraldine-couget.com/choupette-lagerfeld-ou-la-4e-dimension/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[geraldine.c]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Feb 2026 07:00:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcours extraordinaires]]></category>
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					<description><![CDATA[C’est l’histoire d’un chat de luxe, Choupette Lagerfeld. Aurait-on atterri dans la quatrième dimension ? On pourrait le penser !]]></description>
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						<span class="et_pb_fullwidth_header_subhead">Choupette Lagerfeld… ou quand certains vivent dans la quatrième dimension</span>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;">C’est l’histoire d’un chat de luxe, Choupette Lagerfeld. <strong>Karl Lagerfeld</strong>, son fameux maître et grand créateur devant l’Éternel, partit en 2019 rejoindre sa principale égérie, <strong>Coco Chanel</strong>. En 2014, les éditions Flammarion publièrent un livre à la gloire de la seule féline qui compta un jour pour le Teuton du <em>catwalk</em>. Cela m’inspira alors une sorte de chronique quelque peu acerbe, avouons-le, que je vous livre remaniée en ce début 2026. Désormais, la noble et orpheline Choupette est une « chatonne » âgée de quatorze ans, qui ronronne paisiblement grâce à son héritage pharaonique…</p>
<h2>L’univers chic et strass de Choupette Lagerfeld</h2>
<p style="font-weight: 400;">Il était quand même sympathique ce <strong>Karl Lagerfeld</strong>, avec son débit saccadé, son accent teuton reconnaissable entre tous, son catogan poudré, si délicieusement vieille France, et ses canettes d’une affreuse boisson pétillante maronnasse édulcorée à l’aspartame (un poison violent, si, si !). On aimait bien, certes avec parcimonie, l’entendre narrer son univers chic et strass, ses « <em>first world problems</em> », et ses opinions bien tranchées sur des sujets on ne peut plus futiles ou parfois importants — on se souvient de sa <a href="https://www.francetvinfo.fr/culture/mode/quand-karl-lagerfeld-recommandait-le-port-du-gilet-jaune_3384315.html" target="_blank" rel="noopener">saillie en 2008</a> sur le <strong>gilet jaune</strong>  !</p>
<p style="font-weight: 400;">Mais quand il décida de faire coucher sur le papier les aventures de sa Choupette, une chatte <strong>sacrée de Birmanie</strong> qui vint égayer sa vie quelques mois après sa naissance le 15 août 2011, je fus prise d’une soudaine envie — bien entendu vite contenue — de mettre le feu aux boutiques Chanel et consorts. Flammarion sortit en effet en septembre 2014 un ovni de 144 pages consacré à la dernière excentricité à poils de Karl : <a href="https://www.30millionsdamis.fr/conseils/livres/livre/7982-choupette-la-vie-enchantee-dun-chat-fashion" target="_blank" rel="noopener"><em>Choupette,</em> <em>la vie enchantée d’un chat fashion</em></a>, signé Patrick Mauriès et Jean-Christophe Napias, auteurs en 2013 du <a href="https://livre.fnac.com/a13368383/Jean-Christophe-Napias-Le-monde-selon-Karl" target="_blank" rel="noopener"><em>Monde selon Karl</em></a>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Un monument de la littérature, sans nul doute passionnant : Choupette Lagerfeld et ses croquettes, Choupette et sa litière — oui, en dépit de son statut de star, Choupette évacue elle aussi ses besoins —, Choupette et sa passion pour les rubans et les morceaux de papier, Choupette et ses miaulements si tendance, Choupette et ses secrets pour garder son poil si doux, etc.</p>
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				<div class="et_pb_text_inner"><h2>Star des réseaux sociaux</h2>
<p style="font-weight: 400;">Le délire s’est poursuivi sur Internet et les réseaux sociaux. Dès juin 2012, Karl ouvrit un compte sur Twitter dédié à sa chère « Princesse-Choupette ». Force est de constater que cette excentricité n’a <a href="https://www.geraldine-couget.com/comprendre-ne-pas-faire-long-feu/">pas fait long feu</a>. Encore présente sur le réseau devenu X, la page est inactive depuis plus de onze ans. Les tweets, du style « Choupette vient de finir son pâté Whiskas », n’ont apparemment pas enthousiasmé les fans. Quelle ingratitude !</p>
<p style="font-weight: 400;">En revanche, la <strong>page Wikipédia</strong> de Choupette Lagerfeld reste à jour. Surtout, l’ex-compagne à quatre pattes du couturier dispose d’un <strong>compte Instagram</strong>, avec à ce jour 279 000 <em>followers</em> — qui doivent avoir une seule croquette en guise de neurone dans le crâne pour perdre leur temps avec ça. On y découvre notamment que ce magnifique spécimen pratique la langue de Shakespeare avec fluidité et rend régulièrement hommage à son précieux « <em>daddy</em> ». Mais ce n’est pas tout ! En janvier 2020, une <strong>ligne de cosmétiques Shu Uemura</strong> avait célébré la divine féline, <a href="https://madame.lefigaro.fr/beaute/maintenant-choupette-lagerfeld-maquille-avec-shu-uemura-110914-920919" target="_blank" rel="noopener">rebaptisée pour l’occasion Shupette</a>. Parce que maintenant, les chats se fardent ?</p>
<h2>Serviteur de chat de luxe</h2>
<p style="font-weight: 400;">Côté bien-être, Choupette Lagerfeld n’est pas à plaindre non plus. Non seulement elle dispose d’un garde du corps, mais aussi de deux gouvernantes, d’un « médecin » — pourquoi parler de vétérinaire, c’est d’un vulgaire ! — et même d’un chef cuisinier.</p>
<p style="font-weight: 400;">Je me réjouis quelque part pour ces gens-là, qui sont sans doute grassement payés pour ne (quasi) rien faire. Quand on a un chat, on sait qu’il passe de très nombreuses heures à dormir ou à somnoler, gracieusement affalé sur le canapé. Serviteur de félin de luxe, un métier d’avenir ? Une chose est sûre, cela permet de travailler moins pour gagner plus !</p>
<p><span style="font-size: 14px;"><span style="font-weight: 400;">En attendant, Choupette va tranquillement sur ses quinze printemps, soit environ soixante-seize ans en âge humain. Tout passe et l’existence de la muse à poils de Karl suivra elle aussi cette règle. Et alors que l’<strong>héritage de <a href="https://www.planet.fr/societe-heritage-de-karl-lagerfeld-choupette-la-seule-millionnaire-a-labri-de-la-bataille-pour-200-millions-deuros.2993956.29336.html" target="_blank" rel="noopener">200 millions d’euros </a></strong>laissé par le designer star a été remis en cause début 2026, soyez rassurés : Choupette Lagerfeld serait la seule juridiquement inatteignable. Princesse un jour, princesse toujours.</span></span></p>
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		<title>Clara Bow, l’« It Girl »</title>
		<link>https://www.geraldine-couget.com/clara-bow-l-it-girl/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[geraldine.c]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 17:32:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcours extraordinaires]]></category>
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					<description><![CDATA[Connaissez-vous Clara Bow ? Il y a cent ans, elle devint la star la plus en vue d'Hollywood. Cet article retrace sa carrière et sa vie perturbée.]]></description>
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						<span class="et_pb_fullwidth_header_subhead">Clara Bow, l’« It Girl »</span>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;">Grâce au cinéma, Clara Bow échappa de peu à l’usine ou, pire, à un destin tout tracé de péripatéticienne. Juste avant <strong>Jean Harlow</strong> et bien avant <strong>Marilyn</strong>, qui fut son héritière la plus naturelle, cette rousse explosive porta quelques années durant la couronne du <strong>premier véritable sex-symbol</strong> de l’histoire du cinéma américain.</p>
<p style="font-weight: 400;">Celle qui faisait fantasmer les hommes et dont les femmes voulaient toutes faire leur amie vécut librement et le revendiqua haut et fort. Mais après une série de scandales plus ou moins inventés par les tabloïds, l’« <strong>It Gir</strong>l », tomba dans les oubliettes une fois le parlant venu. Et vécut les trois décennies suivantes dans une bataille quotidienne contre la psychose qui l’emporta dans la tombe.</p>
<h2>Une mère psychotique</h2>
<p style="font-weight: 400;">Les deux sœurs aînées de Clara Bow étant mortes en bas âge avant la naissance de cette dernière, le médecin avait conseillé à sa mère, Sarah, de ne plus avoir d’enfant. Mais celle-ci tomba enceinte à la fin 1904. Pendant l’été, New York subit une forte canicule et la mère et le bébé faillirent périr pendant l’accouchement, dans une chaleur étouffante de près de 40 °C à l’ombre, le 29 juillet 1905. La petite fille passa une <strong>enfance misérable</strong> à Brooklyn, entre un père absent, Robert, et sa <strong>mère psychotique</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">La famille Bow vécut dans quatorze endroits différents entre 1905 et 1923, toujours dans le même quartier miséreux. La petite fille n’avait pas cinq ans lorsque son père perdit son travail. Pour arranger le tout, le mariage de ses parents était malheureux : Sarah n’aima jamais Robert, qui lui vouait, lui, un amour très fort. De désespoir, il préféra déserter le domicile conjugal, qu’il regagnait rarement.</p>
<h2>La révélation de Clara Bow</h2>
<p style="font-weight: 400;">En 1921, Sarah chuta du premier étage et fut gravement blessée à la tête. C’est sans doute là que fut découverte sa <strong>schizophrénie</strong>. Clara vivait depuis l’enfance avec la crainte des fréquentes crises incompréhensibles que piquait sa mère. En raison de son état, cette dernière ne put prendre normalement soin de son enfant. Ce fut au contraire la petite fille qui dut s’occuper de Sarah…</p>
<p style="font-weight: 400;">À l’école, Clara Bow était moquée par ses camarades en raison de ses vêtements, qui ne pouvaient dissimuler sa <strong>pauvreté</strong>. Elle préféra donc rapidement la compagnie des garçons, avec qui elle aimait faire du sport. Elle était si douée qu’elle envisagea un temps de devenir <strong>professeur d’éducation physique</strong>. Assez solitaire et isolée, l’adolescente ne trouvait de bonheur qu’en allant voir des films.</p>
<p style="font-weight: 400;">À seize ans, elle eut une révélation : elle serait une <strong>star de cinéma</strong>. Provoquant la colère de sa mère, elle envoya un jour sa photo à un magazine qui organisait un concours et remporta le premier prix. À la clé, un petit rôle, mais pas de contrat.</p>
<h2>En danger de mort</h2>
<p style="font-weight: 400;">Encouragée par son père, qui l’aimait profondément, Clara fit le tour des agences d’acteurs et des studios, mais elle ne plut à personne. Le verdict était toujours le même : trop jeune, trop petite ou trop grosse… L’envie de l’adolescente de devenir actrice ne plaisait décidément pas à sa mère, qui lui dit même un jour qu’elle préférerait qu’elle meure ! Il s’en fallut de peu pour que ce souhait macabre ne devienne réalité.</p>
<p style="font-weight: 400;">En effet, une nuit de février 1922, Clara se réveilla en sursaut. Sa mère tenait un <strong>couteau plaqué sur sa gorge</strong>. Mais la jeune fille réussit à maîtriser Sarah et à l’enfermer à double tour dans une autre pièce. Le lendemain matin, cette dernière ne se souvenait de rien. Elle fut rapidement <strong>internée</strong> et mourut le 5 janvier 1923 d’épilepsie.</p>
<h2>La garçonne dans toute sa splendeur</h2>
<p style="font-weight: 400;">Six mois plus tard, la jeune fille fit ses adieux à son père et à la côte Est. Direction <strong>Hollywood</strong> ! À l’issue de deux années de patience et de persévérance, elle décrocha enfin un contrat à la Preferred Pictures, puis à la <strong>Paramount</strong> à partir de 1925. À vingt ans, Clara Bow rencontra enfin le succès. Rien d’étonnant à cela : son beau visage de bébé et ses grands yeux flirtaient avec passion avec le grand écran.</p>
<p style="font-weight: 400;">Extrêmement douée pour bouger naturellement devant la caméra, elle lançait des petits <strong>sourires sous-entendeurs</strong> à la ronde. Surtout, elle personnifiait à merveille la <strong>femme moderne</strong>, insouciante, énergique, à l’indépendance chevillée au corps. C’était la <strong>garçonne</strong> dans toute sa splendeur, la femme idéale des années 1920, à la fois légère et superficielle en apparence, mais cachant un profond sentiment de tragédie mâtiné de désillusions.</p>
<h2>Petite princesse de la classe ouvrière</h2>
<p style="font-weight: 400;">Contrairement aux <strong>vamps</strong>, <a href="https://www.geraldine-couget.com/vamp/">mystérieuses et forcément fatales</a>, comme <a href="https://www.geraldine-couget.com/theda-bara-la-premiere-vamp/">Theda Bara ou Pola Negri</a>, la comédienne avait les cheveux courts et portait des robes du même acabit. Distribuant sa joie de vivre tout autour d’elle, elle avait raison de toutes ses cibles. Clara Bow plaisait particulièrement à la <strong>classe ouvrière</strong>, qui se retrouvait en elle, et devint rapidement le modèle à suivre des centaines de milliers d’Américaines qui allaient toutes les semaines au cinéma.</p>
<p style="font-weight: 400;">Sa popularité était aussi due à sa <strong>simplicité</strong>. Contrairement à certaines de ses collègues, elle ne s’inventait pas des origines nobles, mais racontait la vérité aux journalistes. Tout le monde l’adorait : les hommes voulaient en faire leur petite amie et les femmes leur confidente. Ainsi, à partir du jour où les magazines révélèrent qu’elle était rousse (difficile de s’en rendre compte dans des films en noir et blanc…), les ventes de henné passèrent du simple au triple !</p>
<p style="font-weight: 400;">Quant aux personnes âgées, elles voyaient en elle une manifestation de l’arrivée imminente de la <strong>fin du monde</strong>, ce qui constituait un signe de plus que Clara Bow avait tout pour plaire au cinéma.</p>
<h2>La comète du cinéma muet</h2>
<p style="font-weight: 400;">À partir de 1925, Clara Bow devint une <strong>figure incontournable du cinéma</strong>. Cette seule année, elle fut à l’affiche de quinze films ! Dans ces muets, dont certains sont devenus des classiques, elle tenait des rôles où sa jeunesse, son impertinence et sa tendance à flirter étaient particulièrement mises en valeur.</p>
<p style="font-weight: 400;">Elle devint rapidement le <strong>symbole de la garçonne</strong> dans des films comme <a href="https://www.youtube.com/watch?v=6tpszSF4E3M" target="_blank" rel="noopener"><em>The Plastic Age</em> en 1925</a> ou encore <a href="https://www.youtube.com/watch?v=EEJg6EZ5d3s" target="_blank" rel="noopener"><em>Dancing Mothers</em> l’année suivante</a>. Dans <em>Mantrap</em>, en 1926, la tendance maladive de son personnage à <a href="https://www.youtube.com/watch?v=5DzQAg00LV0" target="_blank" rel="noopener">flirter avec tous les hommes</a> lui fit connaître une fin tragique. Et dans <em>Wings</em>, un <a href="https://www.youtube.com/watch?v=TnoJkfdDEoU" target="_blank" rel="noopener">grand succès de 1927</a> — le premier long-métrage récompensé par un Oscar dans la catégorie « Meilleur film » — elle incarnait une jeune fille qui se battait pour attirer l’attention dans un monde d’hommes. D’après Clara, elle était « la cerise sur le gâteau » dans ce film, où elle n’hésita pas à <strong>se dénuder</strong>, ce qu’elle regretta plus tard.</p>
<h2>Et Dieu créa l’« It Girl »</h2>
<p style="font-weight: 400;">C’est en 1927 que Clara Bow atteignit son apogée, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=S4MOQSRC_bM" target="_blank" rel="noopener">triomphant dans <em>It</em></a>, un film adapté d’un article d’Elinor Glyn. À partir de là, la jeune actrice fut surnommée l’« <strong>It Girl</strong> », autrement dit celle qui avait du charme, du sex-appeal et la jeunesse. Dans ce film, elle avait endossé les habits d’une vendeuse de grand magasin très courageuse, qui voulait mettre son patron dans son lit.</p>
<p style="font-weight: 400;">Un personnage osé, drôle et sexy, comme Clara Bow. Après avoir vu le film, des milliers de fans énamourés envoyèrent des missives enflammées à leur idole, l’adressant tout simplement à « Miss It, Californie » ou « The It Girl ». Leur destinataire les reçut toutes !</p>
<p style="font-weight: 400;">Comme elle ne réservait pas sa joie de vivre pour le seul grand écran, la nouvelle coqueluche de Hollywood devint la <strong>cliente idéale des tabloïds</strong>. La jeune femme sortait beaucoup et se couchait souvent à l’aube, passant des nuits entières à jouer de l’argent. Sa vie amoureuse dépassait la fiction de tous ses rôles. Elle négocia même l’absence d’une <strong>clause de moralité</strong> dans son contrat avec la Paramount.</p>
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				<div class="et_pb_text_inner"><h2>Le symbole d’un monde dissolu</h2>
<p style="font-weight: 400;">Son effronterie ne fut cependant pas gratuite, et le prix à payer prit la forme d’une <strong>solitude subie</strong> à Hollywood. Contrairement à ses collègues comme Mary Pickford — surnommée « la petite fiancée de l’Amérique » — ou Marion Davies — la maîtresse du magnat de la presse William Randolph Hearst —, Clara Bow ne se cachait pas. Elle n’était donc pas populaire parmi ses pairs. On la considérait même comme une sorte de <strong>monstre de foire</strong>, car elle avait décidé de rester elle-même, coûte que coûte.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’« It Girl » rapporta une fortune aux studios, mais ceux-ci abusèrent d’elle en essayant de la <strong>manipuler</strong>, la faisant passer pour une idiote. Ils la bourraient de médicaments, pour qu’elle se lève le matin, puis pour qu’elle s’endorme le soir. Les tabloïds commencèrent à multiplier les mensonges à son propos. Son attitude très franche, jusque-là un atout, s’était soudain muée en reproche quand la <strong>Grande Dépression</strong> frappa rudement le pays. Le vent avait tourné. À partir de là, l’actrice aux accents frivoles devint le symbole d’une industrie cinématographique dissolue.</p>
<h2>La traînée Clara Bow</h2>
<p style="font-weight: 400;">Clara Bow se retrouva engluée dans plusieurs scandales qui lui valurent un surnom moins glamour. Adieu « It Girl », bonjour « Crisis-a-Day-Clara » ! Son principal péché ? Son amour éhonté des hommes. Comme pour toutes les stars de son époque, ses conquêtes d’un soir devinrent ses « fiancés », puis l’alliance fut bizarrement rompue peu de temps après. Clara fut ainsi brièvement la promise de <strong>Gary Cooper</strong>, de <strong>Victor Fleming</strong> (futur metteur en scène d’<em>Autant en emporte le vent</em>) ou encore du « latin lover » <strong>Gilbert Roland</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’actrice avait aussi une faiblesse pour les <strong>joueurs de football américain</strong>. Elle sortit avec plusieurs membres d’une équipe locale et organisa de nombreuses fêtes en l’honneur de celle-ci à son domicile. De là à prétendre que tous les joueurs lui étaient passés dessus, il n’y avait qu’un pas, que la presse à scandale s’empressa de franchir allègrement. Enfin la jeune femme entretenait aussi une relation problématique à l’argent, comme souvent quand on a grandi sans. Elle n’avait aucune idée de la façon de gérer ses revenus, un phénomène amplifié par son <strong>addiction aux casinos</strong>. Cela n’arrangea pas sa réputation. Pour la presse, elle avait désormais pour deuxième prénom « traînée ».</p>
<h2>Trahie par sa secrétaire</h2>
<p style="font-weight: 400;">Un scandale, qui fit grand bruit en 1930, impliqua sa secrétaire, ancienne coiffeuse et amie Daisy DeVoe, qui, après une dispute, se volatilisa avec des documents privés concernant les finances et l’avenir de l’actrice. L’ancienne confidente fit du <strong>chantage</strong> à Clara, qui la dénonça à la police et la traîna en justice. Mauvaise pioche !</p>
<p style="font-weight: 400;">C’était la garantie que ce qu’elle souhaitait garder secret serait bientôt étalé dans la presse. Devant le juge, Daisy DeVoe insinua que son ex-patronne était ivre en permanence et multipliait les aventures. Elle fut condamnée à une <strong>peine de prison</strong>, mais le mal était fait.</p>
<p style="font-weight: 400;">De surcroît, la Paramount ne fit rien pour étouffer le scandale, car l’étoile de Clara Bow avait déjà commencé à pâlir. Les patrons du studio aspiraient en réalité à ne <strong>pas renouveler son contrat</strong>, qui devait s’achever en 1931.</p>
<p style="font-weight: 400;">La situation empira quand la presse à sensation décupla les accusations de Daisy DeVoe, faisant de l’ex-« It Girl » une <strong>Marie-couche-toi-là</strong> bisexuelle, voire zoophile, pochtronne et droguée, dépensant sa fortune à tout va et ayant un faible pour les parties de jambes en l’air à trois, de préférence en public.</p>
<p style="font-weight: 400;">Comme elle nourrissait l’image d’une <strong>hédoniste</strong> très attirante, les lecteurs n’eurent aucun mal à gober tous ces mensonges. En dépit de l’emprisonnement du directeur de la publication du magazine qui s’était le plus déchaîné contre elle, cette réputation lui collait désormais à la peau.</p>
<h2>Au bord du burn-out</h2>
<p style="font-weight: 400;">L’accumulation de rumeurs infondées et de scandales sonna le glas de la carrière de l’ex-idole. Sans oublier le poids de l’arrivée du parlant. Il est cependant un mythe concernant Clara Bow : la mort du cinéma muet aurait mis en évidence son <strong>accent de Brooklyn</strong> trop prononcé et/ou une <strong>voix désagréable</strong>, signant sa disparition du grand écran.</p>
<p style="font-weight: 400;">Il n’en fut rien. L’actrice reçut même de <strong>fortes sommes d’argent</strong> pour tourner dans des films parlants, dont <em>The Wild Party</em> (1929), <em>Love Among the Millionaires</em> (1930) ou encore <a href="https://www.youtube.com/watch?v=iCIZgrvmT58" target="_blank" rel="noopener"><em>Call Her Savage</em>, en 1932</a>. Son <a href="https://www.youtube.com/watch?v=t0U91d7AVdA" target="_blank" rel="noopener">dernier film</a> fut <em>Hoop-La</em>, l’année suivante. Quand elle en fit la promotion en Europe, elle déclara à la presse : « Je veux être prise au sérieux en tant qu’actrice, pas être une “It Girl”. » Mais il était trop tard…</p>
<p style="font-weight: 400;">La vérité est que le parlant lui avait fait perdre tous ses repères et sa <strong>confiance en soi</strong>. Elle détestait cette avancée technique, trouvant le jeu plus rigide, moins naturel. Totalement seule, attaquée de toutes parts, sans réel soutien, épuisée physiquement et mentalement, Clara Bow décida de mettre fin à sa carrière en 1933, à vingt-huit ans.</p>
<p style="font-weight: 400;">Celle qui avait gagné plus d’argent que toutes les autres stars féminines de l’époque, tomba rapidement dans l’oubli, très vite remplacée dans les fantasmes nationaux par <strong>Jean Harlow</strong>, la première blonde platine (lire aussi sur ce blog). Vingt ans plus tard, dans <strong><em>Chantons sous la pluie</em></strong>, le rôle de Lina Lamont, la garçonne dénuée de talent, à l’accent new-yorkais à couper au couteau et à la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=Ucg0ZLHY5eA" target="_blank" rel="noopener">voix très désagréable</a> qui ne réussit jamais la <strong>transition vers le parlant</strong>, fut comme un <strong>coup fatal</strong>, mais ô combien injuste, porté à l’ancienne star.</p>
<h2>Suicide raté</h2>
<p style="font-weight: 400;">Malheureusement, Clara Bow ne vécut pas une retraite paisible. Elle souffrait de schizophrénie, comme sa mère. Or le stress de la célébrité n’avait pas arrangé sa santé. Elle vécut en recluse dans un ranch du Nevada avec son époux Rex Bell, un ancien acteur lui aussi, épousé en 1931. Ils eurent deux fils : Tony, né en 1934, et George, né en 1938.</p>
<p style="font-weight: 400;">Toute sa vie, l’ancien sex-symbol se battit contre la schizophrénie, longtemps sans savoir qu’elle en était atteinte. Elle fit ainsi une <strong>tentative de suicide</strong> quand son mari voulut retrouver les faveurs du public en tentant une carrière politique dans les années 1940. En 1949, elle se fit hospitaliser en raison d’une insomnie chronique et de douleurs abdominales.</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est là que sa psychose fut diagnostiquée. Après sa sortie de l’hôpital, elle refusa de retourner dans sa famille et vécut à partir de là seule. À la fin de sa vie, elle était soignée en permanence par une infirmière. Elle décéda d’une <strong>crise cardiaque</strong> le 27 septembre 1965, près de Los Angeles.</p>
<h2>Clara Bow, modèle pour Betty Boop</h2>
<p style="font-weight: 400;">Clara Bow mourut trois ans après <strong>Marilyn Monroe</strong>, son héritière la plus naturelle, car dotée de ce savant mélange de jeunesse, de vulnérabilité, de sex-appeal, d’intelligence et de tristesse. Encore aujourd’hui, si on regarde ses films, on se dit que l’actrice semble toujours aussi attirante et moderne.</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est probablement grâce à sa façon de se mouvoir, à son regard, et à sa manière de séduire la caméra. Qu’il s’agisse de ses vêtements ou de sa coiffure, on pourrait les porter encore aujourd’hui ! Ce qui attire encore irrésistiblement est aussi cette très rare qualité dont étaient dotées certaines actrices, comme <strong>Jean Harlow</strong>, <strong>Rita Hayworth</strong> ou encore Marilyn Monroe : elles donnaient l’impression qu’il suffisait d’atteindre l’écran pour les toucher (et plus, si affinités).</p>
<p><span style="font-size: 14px;"><span style="font-weight: 400;">Clara Bow a survécu dans l’<a href="https://www.youtube.com/watch?v=JakSolTFJ5E" target="_blank" rel="noopener">inconscient collectif</a></span><span style="font-weight: 400;">. La silhouette de <strong>Betty Boop</strong> fut en partie modelée d’après la sienne. Et elle inspira fortement la création du personnage de Peppy Miller dans <strong><em>The Artist</em></strong> (2011), interprété par <strong>Bérénice Bejo</strong>. Celle qui personnifia au mieux les vestiges d’un Hollywood depuis longtemps disparu reste, plus de soixante ans après sa disparition, furieusement moderne.</span></span></p>
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		<title>Jules Bonnot, anarchiste ou voyou ?</title>
		<link>https://www.geraldine-couget.com/jules-bonnot-anarchiste-ou-voyou/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[geraldine.c]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Nov 2025 07:00:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcours extraordinaires]]></category>
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					<description><![CDATA[Jules Bonnot et sa célèbre bande étaient-ils des anarchistes ? Cet article tente d'y répondre en revisitant le parcours sanglant de ce célèbre criminel de la Belle Époque.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><div class="et_pb_section et_pb_section_15 et_pb_fullwidth_section et_section_regular" >
				
				
				
				
				
				
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						<span class="et_pb_fullwidth_header_subhead">Jules Bonnot, anarchiste ou voyou ?</span>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p>Quelques années avant la Grande Guerre, Jules Bonnot <b>terrorisa la France</b> avec ses complices assoiffés de sang pendant quelques mois seulement, avant de finir ses jours en hors-la-loi jusqu’au-boutiste à 35 ans à peine. Ce gangster avait tout du criminel, mais était-il vraiment un <b>anarchiste</b> ? La profondeur toute relative de ses idées politiques permet d’en douter.</p>
<p>Ce fut en tout cas le <b>mouvement libertaire</b> qui lui donna le prétexte ou l’élan de se lancer à corps perdu dans la lutte contre les criantes inégalités sociales de la <b>Belle Époque</b>. Même si cela signifiait, pour défendre ses idéaux, d’user de la violence et de vivre sur la brèche, dans l’illégalité la plus revendiquée.</p>
<h2 class="western" align="left">Rebelle un jour, rebelle toujours</h2>
<p>Jules-Joseph Bonnot naquit le 14 octobre 1876 dans le Doubs, à Pont-de-Roide. Il vécut une enfance miséreuse et marquée par les coups durs : quand sa mère décéda, il n’avait pas quatre ans. Il fut laissé, avec son frère aîné Justin Louis, entre les mains de leur père, un ouvrier fondeur analphabète.</p>
<p>En dépit de son intelligence, l’enfant ne fit pas long feu à l’école et son instituteur ne le regretta sans doute pas, le qualifiant de brutal avec ses camarades, indiscipliné, insolent et paresseux. Seule solution pour le jeune Jules : entrer en apprentissage aux <b>usines Peugeot</b>, à 14 ans. Mais le travail difficile et ingrat, très peu pour lui ! Il ne montra aucun entrain à la tâche, bien au contraire. Comme à l’école, il se rebella contre l’autorité et n’hésita pas à donner son point de vue à ses différents patrons.</p>
<h2 class="western" align="left">Jules Bonnot, proxénète en culotte courte</h2>
<p> Dès ses 15 ans, Jules Bonnot connut sa première condamnation, pour avoir pêché avec un engin prohibé. <i>Bis repetita</i> quatre ans plus tard à l’occasion d’une bagarre dans un bal. Entre-temps, son père s’était remarié et avait eu trois autres enfants, ouvertement détestés par le rebelle en herbe. Un jour, il frappa l’un d’entre eux et ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Bonnot père le chassa définitivement du foyer familial. Jules prit alors la direction de Nancy, où il s’acoquina avec une prostituée. La police repéra rapidement le proxénète en herbe, qui fut contraint de quitter les lieux.</p>
<p>À l’époque, le <b>mouvement anarchiste</b> connaissait un <a href="https://www.geraldine-couget.com/sabotage/">fort développement dans toute l’Europe</a> et les attentats contre les personnalités de la haute société, les têtes couronnées et les hommes politiques — ainsi du<span> président de la République, <b>Sadi Carnot</b>, en 1894 </span>— se multipliaient. Conscient de la difficulté de sa classe sociale à se sortir de la misère, Jules Bonnot embrassa cette cause avec toute sa colère et sa haine pour le système en place.</p>
<h2 class="western" align="left">Bienvenue en enfer</h2>
<p>À 21 ans à peine, Jules Bonnot écopa d’une nouvelle condamnation à quelques mois de prison pour « coups, outrage et rébellion », avant d’être appelé à la fin de l’année 1897 sous les drapeaux pour faire son service militaire. Bizarrement, il en sortit au bout de trois ans avec un certificat de bonne conduite, ainsi qu’un brevet de <b>tireur d’élite</b>. S’était-il assagi ? On aurait pu le croire, d’autant qu’il se maria quelques mois plus tard, en août 1901, avec une couturière nommée Sophie Burdet.</p>
<p>Cependant, le suicide par pendaison de son frère aîné en 1903, le cœur brisé par une déception amoureuse, ramena probablement le rebelle dans le mauvais chemin. Décidément, la vie était trop difficile et sans espoir ! Alors pourquoi ne pas faire payer tous les autres ? L’anarchisme semblait lui tendre les bras. À partir de cette époque, Jules Bonnot commença à militer sérieusement au sein de cette mouvance libertaire. Cet engagement lui valut d’être renvoyé des chemins de fer de Bellegarde, où il avait réussi à trouver un emploi. La descente aux enfers pouvait commencer.</p>
<h2 class="western" align="left">Mécanicien agitateur</h2>
<p><span style="font-size: 14px;">En France, sa réputation sulfureuse le desservit tant qu’il ne put plus trouver d’emploi. Il fut contraint de tenter sa chance en Suisse voisine, où il devint rapidement mécanicien, à Genève. Quand Sophie accoucha de leur premier enfant, Émile, le couple Bonnot se réjouit. Cependant le bébé succomba au bout de quelques jours, ce qui affecta beaucoup les parents. Jules se consacra encore plus à son </span><b style="font-size: 14px;">activité syndicale</b><span style="font-size: 14px;">, qu’il n’avait pas abandonnée en émigrant chez les Helvètes.</span></p>
<p>Bien au contraire. Tout comme en France, il fut catalogué anarchiste, ce qui lui valut une étiquette d’<b>agitateur</b>. Il fut bientôt expulsé de Suisse. De retour dans l’Hexagone, Jules Bonnot réussit à retrouver une place de choix, grâce à son grand talent pour la mécanique, au sein des équipes du grand constructeur automobile <b>Berliet</b>, à Lyon.</p>
<h2 class="western" align="left">La radicalisation de Jules Bonnot</h2>
<p><span style="font-size: 14px;">En février 1904, Sophie lui donna un second fils, Louis Justin. Malgré la joie paternelle retrouvée, le jeune homme ne réussit pas à s’assagir. Au contraire, ses démons le reprirent de plus belle. Ne cessant de dénoncer toutes les injustices subies par la classe ouvrière, il déclencha et mena plusieurs </span><b style="font-size: 14px;">grèves</b><span style="font-size: 14px;">. De quoi déplaire profondément à ses patrons, qui le renvoyèrent à sa passion revendicatrice. La police, elle, le ficha, le qualifiant de « très violent et méchant ». Résolu à continuer la lutte coûte que coûte, Jules prit avec sa famille le chemin de Saint-Étienne.</span></p>
<p>Dans la préfecture de la Loire, il retrouva un emploi de mécanicien. Pour se loger, il fut contraint de demander l’asile au secrétaire de son syndicat, un certain Besson, qui l’accueillit chez lui avec sa famille. Son hôte se montra tellement content de donner l’asile à la famille Bonnot, qu’il décida d’en profiter pleinement : très vite, Sophie devint sa maîtresse.</p>
<p>Le sieur Besson, craignant le courroux de l’anarchiste, décida de plier bagage, se réfugiant en Suisse avec la jeune femme et le petit Louis Justin. Désespéré, Jules envoya en vain de nombreuses missives à son épouse, qui ne revint jamais. Il ne lui restait plus que son <b>engagement politique</b>. De plus en plus radicalisé, il perdit son emploi.</p>
<p><span style="color: #333333; font-size: 26px;">Chauffeur du père de Sherlock Holmes ?</span></p>
<p><span style="font-size: 14px;">De nouveau chômeur, dénué de toute aide, Jules Bonnot, à peine trentenaire, sombra dans la misère. Comme il fallait bien vivre, il reprit ses activités illégales, cette fois plus sérieusement. S’associant avec un jeune boulanger italien, Joseph Platano, il commit plusieurs casses. En 1910, il se rendit à Londres pour rendre visite à des collègues anarchistes. Selon la légende, c’est alors qu’il devint temporairement le chauffeur d’</span><b style="font-size: 14px;">Arthur Conan Doyle</b><span style="font-size: 14px;">, le père de </span><b style="font-size: 14px;">Sherlock Holmes</b><span style="font-size: 14px;">. Une affirmation jamais prouvée…</span></p>
<p>À la fin de l’année, le malfrat retrouva Lyon et ses activités illégales, toujours flanqué de son fidèle complice. Pour échapper à la police qui le coursait à cheval ou à vélo, Bonnot eut l’idée géniale de voler un véhicule. Les deux criminels prirent la poudre d’escampette, en direction de Paris.</p>
<p>Pourtant Jules arriva seul dans la capitale. Platano mourut en route, dans des circonstances non élucidées. D’après Bonnot, il se blessa grièvement avec son propre revolver et en bon ami, Jules l’aida à abréger ses souffrances… Cependant, l’Italien avait une grosse somme d’argent sur lui, issue d’un récent héritage. De là à imaginer que l’anarchiste prémédita le coup, il n’y a qu’un pas.</p></div>
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				<div class="et_pb_text_inner"><h2 class="western" align="left">Et l’anarchie créa la bande à Bonnot</h2>
<p><span style="font-size: 14px;">Pendant toute l’année 1911, Bonnot développa encore ses activités criminelles, notamment à Lyon, sans laisser de côté son engagement politique. À la faveur d’une perquisition en octobre, il se réfugia à Paris. C’est ainsi qu’il fit la connaissance le mois suivant, au siège du journal </span><i style="font-size: 14px;">L’Anarchie</i><span style="font-size: 14px;">, de ses futurs complices et membres de la fameuse « </span><b style="font-size: 14px;">bande à Bonnot</b><span style="font-size: 14px;"> », notamment Octave Garnier et Raymond Callemin, alias « Raymond-la-science ».</span></p>
<p>Sortes de <b>Robin des Bois de la Belle Époque</b>, ces anarchistes pratiquaient allègrement la « reprise individuelle », une forme d’action directe consistant à voler les riches pour redistribuer aux pauvres. Ils n’attendaient que Bonnot et sa soif de vengeance pour passer à la vitesse supérieure…</p>
<h2 class="western" align="left">Premier braquage automobile de l’histoire</h2>
<p>Le 21 décembre 1911 au matin, les malfrats s’attaquèrent rue Ordener, dans le 18<sup>e</sup> arrondissement, à un garçon de recette de la Société Générale, et surtout à sa sacoche. Sous le feu des assaillants, l’employé de banque s’effondra sur le trottoir, grièvement blessé, tandis que Bonnot et ses sbires prirent le large au volant d’une voiture de luxe dérobée la semaine précédente.</p>
<p>Ce fut le <b>premier braquage de l’histoire</b> commis à l’aide d’une automobile, une Delaunay-Belleville, superbe limousine vert et noir. Cet exploit fit les gros titres de la presse et suer les fameuses <b>Brigades du Tigre</b> — le « félin » en question étant Georges Clemenceau, qui créa cette unité de la police nationale en 1907 — à grosses gouttes.</p>
<h2 class="western" align="left">Une vague de violence</h2>
<p><span style="font-size: 14px;">D’autant que la bande ne s’arrêta pas en si bon chemin. Dix jours plus tard, elle tenta de dérober un véhicule à Gand, en Belgique, ce qui valut à un veilleur de nuit d’être abattu. Au bout de deux mois, de retour à Paris, le bolide de Bonnot et les siens entra en collision avec un bus, place du Havre.</span></p>
<p>Un policier à pied tenta d’intercepter le volant, mais il fut froidement assassiné, ce qui décupla le <b>courroux de l’opinion publique</b>. À l’époque, les forces de l’ordre, c’était sacré ! Le lendemain, le trio Bonnot-Callemin-Garnier s’attaqua au coffre-fort d’un notaire, mais s’enfuit quand ce dernier les surprit en flagrant délit.</p>
<p>Le 25 mars suivant, fort de trois autres hommes, la bande à Bonnot décida de voler une limousine dans l’Essonne. Quand le chauffeur arriva, il fut abattu séance tenante, tout comme le propriétaire de la berline. Sans doute enivrés par la violence, les six hommes s’enfuirent au volant de la De Dion-Bouton pour braquer de façon improvisée une banque de la Société Générale à Chantilly.</p>
<p>Deux employés furent abattus et les gendarmes, sur leurs vélos et leurs chevaux, ne purent que regarder les bandits leur filer sous le nez à vitesse grand V. Cette <b>vague de violence</b> tenait le pays en haleine et les Français mirent de plus en plus la pression sur la police pour y mettre fin.</p>
<h2 class="western" align="left">Chasse à l’homme</h2>
<p><span style="font-size: 14px;">Ce fut alors le début de la fin pour Jules Bonnot et ses hommes. Au mois d’avril, les forces de l’ordre réussirent à arrêter plusieurs membres de sa sinistre bande, dont une proie de premier choix : « Raymond-la-science ». Le 24, alors que le sous-chef de la Sûreté nationale effectuait une perquisition au domicile d’un anarchiste présumé à Ivry-sur-Seine, le fonctionnaire crut reconnaître l’</span><b style="font-size: 14px;">ennemi public numéro un</b><span style="font-size: 14px;">. Il ne s’était pas trompé.</span></p>
<p>Jules Bonnot usa sans hésiter de son revolver pour le tuer et s’enfuit. Blessé à la main, l’anarchiste se réfugia chez un sympathisant à Choisy-le-Roi. Prévenue par un pharmacien à qui Bonnot avait demandé des soins, prétextant être tombé d’une échelle, la police finit par retrouver la trace du criminel trois jours plus tard, caché dans la maison d’un ami.</p>
<h2 class="western" align="left">Le forcené de Choisy-le-Roy</h2>
<p><span style="font-size: 14px;">Aux abois, Jules Bonnot n’eut d’autre choix que de se terrer à l’étage de la maison, encerclée par les forces de l’ordre, très nombreuses et commandées par le préfet de police en personne, </span><b style="font-size: 14px;">Louis Lépine</b><span style="font-size: 14px;">. Sans oublier les badauds, venus se délecter du spectacle. Parmi les curieux, </span><b style="font-size: 14px;">Maurice Leblanc</b><span style="font-size: 14px;">, le père d’</span><b style="font-size: 14px;">Arsène Lupin</b><span style="font-size: 14px;">, et même </span><b style="font-size: 14px;">Colette</b><span style="font-size: 14px;">, couvrirent l’événement. Enfin, l’anarchiste devenu assassin et braqueur sanguinaire allait être arrêté ! Ce dernier, dans un excès de confiance ou par pure inconscience, brava parfois le danger, sortant brièvement décharger son arme sur la police depuis le balcon.</span></p>
<p>Échappant à chaque fois aux tirs nourris des forces de l’ordre, Bonnot finit par se retrancher définitivement dans son refuge, où il commença à <b>rédiger son testament</b> : « Je suis un homme célèbre, la renommée claironne mon nom aux quatre coins du globe et la publicité faite par la presse autour de mon humble personne doit rendre jaloux tous ceux qui se donnent tant de peine à faire parler d&rsquo;eux et qui n&rsquo;y parviennent pas ! Ce que j&rsquo;ai fait, dois-je le regretter ? Oui, peut-être, mais s&rsquo;il me faut continuer, malgré mes regrets je continuerai […] J&rsquo;ai le droit de vivre. Tout homme a le droit de vivre et puisque votre société imbécile et criminelle prétend me l&rsquo;interdire, eh bien, tant pis pour vous tous. »</p>
<h2 class="western" align="left">Empreintes digitales et collaboration transfrontalière</h2>
<p><span style="font-size: 14px;">Pour mettre fin à ce siège de plus de vingt-quatre heures, la police fit finalement sauter la maison — de la dynamite contre un anarchiste… un comble ! — blessant grièvement Bonnot, qui décéda le jour même à l’Hôtel-Dieu. Ses deux derniers complices, dont notamment Octave Garnier, trouvèrent la mort sous le feu nourri de la police deux semaines plus tard. Ainsi s’acheva la traque d’un homme haï de (presque) tous. Ce fut aussi la première enquête de police contemporaine, qui fit appel à l’utilisation des </span><b style="font-size: 14px;">empreintes digitales</b><span style="font-size: 14px;"> et vit la </span><b style="font-size: 14px;">collaboration transfrontalière</b><span style="font-size: 14px;"> avec la Belgique.</span></p>
<p>Le nom de Jules Bonnot résonna encore pendant de longs mois dans la mémoire des Français, et notamment pendant les procès de ceux des membres de sa bande qui avaient été arrêtés plusieurs mois auparavant. Ainsi, « Raymond-la-science » écopa de la peine de mort et fut guillotiné le 21 avril 1913.</p>
<p>Moins de dix ans plus tard, les<b> surréalistes</b>, dont <b>Aragon</b>, revisitèrent le « mythe » Bonnot, dont le nom fut choisi par des situationnistes et des anarchistes pour rebaptiser la salle qu’ils occupaient à La Sorbonne en mai 1968. La même année, le chanteur populaire et si peu subversif <b>Joe Dassin</b> s’empara lui aussi de la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=BKXsLIcTyTk&amp;list=RDBKXsLIcTyTk&amp;start_radio=1" target="_blank" rel="noopener">légende criminelle</a> dans sa chanson « La bande à Bonnot ».</p>
<h2 class="western" align="left">Quel impact culturel pour Jules Bonnot ?</h2>
<p>Les curieux pourront contempler quelques <a href="https://www.youtube.com/watch?v=gbl3wp4ULIE" target="_blank" rel="noopener">mèches de cheveux de Jules Bonnot</a>, conservées au <b>musée de la préfecture de police de Paris</b>. Et pour découvrir le criminel sous son jour sans doute le plus fidèle, on peut lire <i>Mémoires d’un révolutionnaire et autres écrits politiques 1908-1947</i>, signé Victor Serge, un journaliste de <i>L’Anarchie</i> qui fut un <a href="https://www.fnac.com/a1222315/Victor-Serge-Victor-Serge-Memoires-d-un-revolutionnaire-et-autres-ecrits-politiques-1908-1947" target="_blank" rel="noopener">intime de la bande</a>. Enfin, <i>La bande à Bonnot à travers la presse</i> souligne l’<a href="https://www.fage-editions.com/livre/la-bande-a-bonnot-a-travers-la-presse-de-lepoque/" target="_blank" rel="noopener">impact médiatique</a> sans précédent de l’anarchiste et de ses acolytes : une première alors que la <b>presse à grand tirage</b> et la <b>photographie</b> se développaient à vitesse grand V…</p>
<p><span style="font-size: 14px;">  </span></p></div>
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		<title>Hedy Lamarr, la beauté de la science</title>
		<link>https://www.geraldine-couget.com/hedy-lamarr-la-beaute-de-la-science/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[geraldine.c]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Oct 2025 07:00:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcours extraordinaires]]></category>
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					<description><![CDATA[Sans le cerveau de Hedy Lamarr, surnommée « la plus belle femme du monde » du temps de sa splendeur hollywoodienne, le wifi et le bluetooth n'auraient peut-être pas vu le jour.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><div class="et_pb_section et_pb_section_18 et_pb_fullwidth_section et_section_regular" >
				
				
				
				
				
				
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						<span class="et_pb_fullwidth_header_subhead">Hedy Lamarr, la beauté de la science</span>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;"><span>Allez, avouez-le : vous ne pourriez plus vivre sans vos précieux <b>GPS</b>, <b>Bluetooth</b>, et autre <b>wifi</b>, n’est-ce pas ? Sans le cerveau d’une certaine Hedy Lamarr, surnommée « la plus belle femme du monde » du temps de sa splendeur hollywoodienne, saviez-vous que tous ces gadgets technologiques, devenus nos inséparables <b>compagnons du quotidien</b>, n’auraient peut-être pas vu le jour  ?</span></p>
<h2>Premier orgasme du grand écran</h2>
<p style="font-weight: 400;">La future Hedy Lamarr naquit Hedwig Kiesler le 9 novembre 1914 à Vienne, dans une famille de Juifs convertis au catholicisme. Son père, Emil, dirigeait une banque, tandis que sa mère, Gertrud, était une pianiste issue d’une grande famille juive de Budapest. Scolarisée à la maison, Hedy parlait déjà quatre langues à l’âge de dix ans ! Choyée par ses parents, qui ne lui refusaient rien, la jeune fille choisit rapidement de <strong>faire carrière au théâtre et au cinéma</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dès 1933, Hedy Lamarr créa le scandale, s’octroyant une <strong>réputation sulfureuse</strong> : dans le film du <strong>réalisateur tchèque Gustav Machaty</strong>, intitulé <em>Extase</em>, Hedy apparut en effet sur l’écran <a href="https://www.youtube.com/watch?v=YabhUaqRLBw" target="_blank" rel="noopener"><strong>dans le plus simple appareil</strong></a>, alors qu’elle nageait, puis courait à travers champs et dans une forêt. Surtout, elle y <strong>simula un orgasme</strong> — <a href="https://www.youtube.com/watch?v=eOr_iZ9sIOM" target="_blank" rel="noopener">scène sulfureuse</a> si l’en est à l’époque, mais qui, selon les standards actuels, semble désormais extrêmement innocente… En tout cas, d’après les mémoires de l’actrice, ses manifestations de passion étaient en fait dues au réalisateur qui lui aurait piqué les fesses avec une épingle à nourrice !</p>
<h2>De Mussolini à Hitler</h2>
<p style="font-weight: 400;">Alors qu’elle était un peu dépassée par sa toute récente notoriété, la jeune Hedy céda à la cour effrénée d’un <strong>magnat autrichien de l’armement</strong>, l’héritier richissime Friedrich Mandl. Ils convolèrent en justes noces le 10 août 1933. Très possessif, le premier des <strong>six maris</strong> (!) de la future star hollywoodienne enferma progressivement sa jeune épouse dans une prison dorée.</p>
<p style="font-weight: 400;">La légende prétend que Friedrich racheta toutes les copies d’<em>Extase</em> qu’il put trouver. Pro-fasciste, il vendait beaucoup d’<strong>armes à Mussolini </strong>et entretenait des relations sociales et d’affaires avec le régime fasciste italien comme avec celui de <strong>Hitler</strong>. Les deux dictateurs auraient même été invités plusieurs fois chez les Mandl.</p>
<p style="font-weight: 400;">Voulant toujours surveiller son épouse, Friedrich l’emmenait à ses réunions de travail, réunissant des scientifiques et des experts en technologie militaire. C’est là que le goût de Hedy Lamarr pour les <strong>sciences appliquées</strong> se révéla à elle. Cependant, ne supportant plus les excès de possessivité de son mari, la jeune femme s’enfuit un jour de 1937, échappant par une ruse à ses griffes. Elle aurait drogué la domestique censée la surveiller et endossé ses vêtements pour passer inaperçue pendant son échappée.</p>
<h2>Des rôles de séductrice exotique</h2>
<p style="font-weight: 400;">Direction Paris, puis Londres, où la jeune femme rencontra le fameux patron de la célèbre Metro Goldwyn Mayer, <strong>Louis B. Mayer</strong> en personne. Son instinct pour dénicher les futures stars de son studio lui souffla sans doute de faire signer à Hedy Mandl un contrat. La rebaptisant Lamarr, en hommage à une <a href="https://barbaralamarr.net/biography/" target="_blank" rel="noopener">star du muet</a>, <strong>Barbara La Marr</strong>, décédée en 1926 à vingt-neuf ans de la tuberculose et d’une néphrite, il lui offrit son premier film — et premier succès — à Hollywood, en 1938 : <em>Algiers</em> (<em>Casbah</em> en français), aux côtés du Français <strong>Charles Boyer</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Capitalisant sur son accent et son aura mystérieuse, le studio la fit jouer principalement des <strong>séductrices aux origines exotiques</strong> pendant la décennie des années 1940, décennie de sa gloire. Spencer Tracy, Clark Gable, John Garfield ou encore James Stewart… Tous les jeunes premiers et acteurs de renom de l’époque lui donnèrent la réplique. Son plus gros succès au box-office ? Le péplum de 1949 <em>Samson et Dalila</em>, de Cecil B. DeMille, face à Victor Mature.</p>
<p><span style="font-weight: 400;">Au début des années 1950, fatiguée de son image de vamp, Hedy se tourna vers la comédie, mais sans succès. Femme fatale un jour, femme fatale toujours… En dépit de sa popularité — le <strong>compositeur américain Cole Porter</strong> lui <a href="https://www.youtube.com/watch?v=VXqszcjzz4M&amp;list=RDVXqszcjzz4M&amp;start_radio=1" target="_blank" rel="noopener">rendit hommage</a> dès 1941 dans sa chanson « Let’s not talk about love</span><span style="font-weight: 400;"> » : « Let’s speak of Lamarr, that Hedy so fair, Why does she let Joan Bennett wear all her old hair » (chantée par Danny Kaye) ; et <strong>Agatha Christie</strong> l’évoqua dans <em>Le Vallon</em> (1946) —, sa carrière cinématographique prit doucement fin quelques années plus tard.</span></p>
<p><span></span></p></div>
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				<div class="et_pb_text_inner"><h2>Inventeuse en temps de guerre</h2>
<p style="font-weight: 400;">Outre une beauté époustouflante, la nature avait doté Hedy Lamarr d’un <strong>cerveau de première catégorie</strong> : celui d’une mathématicienne, que les réunions techniques de son premier mari fabricant d’armes avaient encore davantage développé. En pleine guerre, elle inventa en 1941 avec le compositeur et pianiste américain George Antheil un <strong>système de communication secret</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Leur codage de transmission est utilisé de nos jours pour faire fonctionner les GPS, téléphoner sans fil, faire communiquer les navettes spatiales avec le sol et même actionner le wifi et le Bluetooth ! Leur invention était mue par un <strong>sentiment patriotique</strong> et l’envie de se rendre utile en temps de guerre. Un peu à l’opposé de ce que sa <a href="https://www.geraldine-couget.com/sonja-henie-reine-de-la-glace/">collègue de plateau Sonja Henie</a> fit de son côté…</p>
<p style="font-weight: 400;">Ensemble, Hedy Lamarr et George Antheil imaginèrent un système secret de <strong>torpilles radioguidées</strong> permettant à celles-ci de sauter parmi quatre-vingt-huit fréquences différentes, rendant la détection par l’ennemi d’une attaque sous-marine impossible.</p>
<p style="font-weight: 400;">Brevetée le 11 août 1942 notamment sous le nom de Hedy Kiesler Markey (son deuxième mari), l’invention fut rapidement présentée à la Navy. Las… Elle ne remporta pas l’unanimité, loin de là, et <strong>tomba rapidement aux oubliettes</strong> jusqu’en 1962, quand certains bateaux américains s’en servirent en pleine <strong>crise avec Cuba</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Ce n’est qu’en 1997 que Hedy Lamarr reçut un trophée de l’ONG américaine Electronic Frontier Foundation, qui vise à défendre la <strong>liberté d’expression sur Internet</strong>, pour son invention, devenue la base de la technologie des télécommunications avec étalement de spectre.</p>
<h2>Retour posthume de Hedy Lamarr en Autriche</h2>
<p style="font-weight: 400;">Naturalisée américaine en 1953, Hedy Lamarr vécut mal l’arrêt de sa carrière cinématographique. Elle fut notamment arrêtée pour <strong>vol à l’étalage</strong> en 1966. En 1991, elle récidiva en Floride. Objet du larcin : des gouttes pour les yeux et des laxatifs… Pendant les années 1970, en dépit de l’intérêt des cinéastes et des metteurs en scène, qui souhaitaient la revoir devant la caméra — on la voit ici à la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=-Tp1vI8Exyg" target="_blank" rel="noopener">télévision en 1969</a>, devant un <strong>Woody Allen</strong> très intéressé —, l’actrice se retira progressivement de la scène publique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Après quelques opérations de chirurgie esthétique ratées, sa vue baissant et fatiguée des sunlights des studios, Hedy Lamarr opta pour ceux des tropiques en 1981, quittant la Californie pour la Floride. Trois ans après avoir reçu son trophée, elle rendit son dernier soupir le 19 janvier 2000 dans le « Sunshine state » le jour des cinquante-cinq ans de sa fille Denise.</p>
<p style="font-weight: 400;">Avec son frère Anthony — nés du troisième mariage de la star avec l’acteur John Loder entre 1943 et 1947 —, cette dernière <a href="https://www.youtube.com/watch?v=YM1tEO3_09g" target="_blank" rel="noopener">éparpilla les cendres</a> de leur mère en Autriche, dans le Wienerwald, un massif et une région naturelle s’étendant de la Basse-Autriche aux portes de Vienne.</p>
<p><span style="font-size: 14px;"><span style="font-weight: 400;">La prochaine fois que vous programmez votre GPS, que vous utilisez vos écouteurs Bluetooth ou que vous recourez au wifi pour surfer sur votre tablette ou votre smartphone, ayez une petite pensée pour Hedy Lamarr ! Celle qui porte l’<a href="https://projects.latimes.com/hollywood/star-walk/hedy-lamarr/" target="_blank" rel="noopener">étoile 6247</a> du <strong>Hollywood Walk of Fame</strong></span><span style="font-weight: 400;"> restera en tout cas dans la mémoire des inventeurs, du moins teutons : depuis 2005, dans les pays de langue allemande, ce sont eux que l’on fête le 9 novembre, jour de la naissance de Hedy.</span></span></p>
<p><span style="font-size: 14px;">  </span></p></div>
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		<title>Tamara de Lempicka, la peinture faite star</title>
		<link>https://www.geraldine-couget.com/tamara-de-lempicka-la-peinture-faite-star/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[geraldine.c]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Sep 2025 06:00:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcours extraordinaires]]></category>
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					<description><![CDATA[Tamara de Lempicka fut sans doute l’un des peintres les plus connus de la période Art Déco. Voici son histoire, témoin d'un monde révolu.]]></description>
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						<h1 class="et_pb_module_header">Blog</h1>
						<span class="et_pb_fullwidth_header_subhead">Tamara de Lempicka, la peinture faite star</span>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;">Sans doute l’un des peintres les plus connus de la <strong>période Art Déco</strong>, Tamara de Lempicka naquit Gurwick-Gorska, le 16 mai 1898 <span>—</span> 1894 selon les mauvaises langues <span>—</span>, quelque part dans le vaste empire russe. À Varsovie ? Ou bien à Moscou ? Les sources divergent. Une chose est sûre : son père était russe et sa mère polonaise. Évoluant dans un milieu aisé et cultivé, entre Saint-Pétersbourg, la capitale polonaise et Lausanne, Tamara profita d’une jeunesse dorée et insouciante.</p>
<p style="font-weight: 400;">En 1914, elle s’inscrivit à l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mie_russe_des_beaux-arts" target="_blank" rel="noopener">académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg</a>, puis épousa deux ans plus tard un avocat polonais, Tadeusz Lempicki. Leur fille Marie-Christine, dite Kizette, naquit en septembre 1916. La <strong>Révolution d’octobre</strong> mit fin à cette existence privilégiée : Tamara fuit les bolcheviks. Direction Paris. Au sein de la ville lumière, elle retrouva des cousins exilés, mais dut dire adieu à son statut social…</p>
<h2>Tamara de Lempicka, icône des années folles</h2>
<p style="font-weight: 400;">De nature audacieuse et non conformiste, Tamara de Lempicka ne se laissa pas abattre et décida d’embrasser une <strong>carrière de peintre</strong>, ambitionnant de faire de l’une de ses passions son gagne-pain. Rapidement, la jeune femme devint une figure de proue de la vie mondaine et artistique parisienne, rencontrant de nombreux modèles, qu’il s’agisse de riches industriels ou de princes russes émigrés, entre autres.</p>
<p style="font-weight: 400;">Véritable <strong>icône des <a href="https://www.geraldine-couget.com/zelda-fitzgerald-lenfant-terrible-des-annees-folles/">années folles</a></strong>, elle s’affichait au bras d’hommes ou de femmes, laissant libre cours à ses penchants bisexuels et à sa folle envie d’émancipation. Son mariage, depuis longtemps une mascarade, n’y résista pas. Elle divorça de Tadeusz, mais garda son patronyme en guise de nom d’artiste.</p>
<p style="font-weight: 400;">Son style si particulier, mélange de l’<strong>art maniériste de la Renaissance</strong> et de <strong>néocubisme</strong>, transcendait un hédonisme raffiné, fait de sophistication et d’érotisme. Elle présenta sa première exposition personnelle en 1925 à Milan, où elle <a href="https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Gabriele_DAnnunzio/115616" target="_blank" rel="noopener">rencontra l’écrivain italien Gabriele d’Annunzio</a> et son entourage d’excentriques et d’aristocrates.</p>
<p style="font-weight: 400;">En 1929, elle traversa l’Atlantique pour réaliser le portrait de la fiancée d’un riche américain à New York. Ses <strong>tableaux de gratte-ciel</strong> y furent remarqués. Puis elle exposa en Pologne, à Paris et aux États-Unis, même si sa production restait limitée.</p>
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				<div class="et_pb_text_inner"><h2>De l’Europe à l’Amérique</h2>
<p style="font-weight: 400;">Décidée à poursuivre son ascension, Tamara de Lempicka se remaria en 1933 avec le baron hongrois Raoul Kuffner von Dioszeg, l’un de ses mécènes et collectionneurs, et accessoirement son amant depuis 1928. Le couple et Kizette quittèrent l’Europe pour les États-Unis en 1939, où Tamara continua à peindre, exposant beaucoup. Elle ne connut cependant plus le succès et la gloire de l’entre-deux-guerres.</p>
<p style="font-weight: 400;">Loin de craindre une remise en cause et avide de renaissance artistique, l’artiste se mit à l’<strong>art abstrait </strong>dans les années 1960. C’est au début de la décennie suivante que son nom resurgit à la faveur de la redécouverte des beautés de l’Art Déco. Jouissant d’une notoriété retrouvée et de nouveau exposée, Tamara s’éteignit le 18 mars 1980 à Cuernavaca, au Mexique, où elle avait élu domicile deux ans auparavant.</p>
<p><span style="font-size: 14px;"><span style="font-weight: 400;">Popularisée par <strong>Madonna</strong> dans les clips « <a href="http://www.youtube.com/watch?v=snsTmi9N9Gs" target="_blank" rel="noopener">Open your heart</a> » (1987</span><span style="font-weight: 400;">), « <a href="http://www.youtube.com/watch?v=GsVcUzP_O_8" target="_blank" rel="noopener">Express yourself</a> » (1989</span><span style="font-weight: 400;">), « <a href="http://www.youtube.com/watch?v=GuJQSAiODqI" target="_blank" rel="noopener">Vogue</a> » (1990</span><span style="font-weight: 400;">), et « <a href="https://www.youtube.com/watch?v=6rsdGjNWiIw&amp;list=RD6rsdGjNWiIw&amp;start_radio=1" target="_blank" rel="noopener">Drowned world/Substitute for love</a> » (1998</span><span style="font-weight: 400;">), Tamara de Lempicka fait encore aujourd’hui l’objet d’un culte. <strong>Jack Nicholson</strong> et <strong>Barbra Streisand</strong>, notamment, collectionnent ses tableaux. Son œuvre si reconnaissable et sa vie hautement aventureuse inspirèrent aussi la <a href="https://www.glenat.com/glenat-bd/tamara-de-lempicka-9782344008263/" target="_blank" rel="noopener"><strong>bande dessinée</strong></a></span><span style="font-weight: 400;"> en 2017. Et quelques années plus tard, la <a href="https://lempickamusical.com/" target="_blank" rel="noopener">comédie musicale</a> s’empara de l’univers de l’artiste avec le spectacle <em>Lempicka</em></span><span style="font-weight: 400;">, qui fut joué à <strong>Broadway</strong> pendant quelques semaines au printemps 2024, avec bien sûr, une <a href="https://www.youtube.com/watch?v=eXpx1Pru-IE&amp;list=RDeXpx1Pru-IE&amp;start_radio=1" target="_blank" rel="noopener">touche wokiste anachronique</a>, mais obligatoire</span><span style="font-weight: 400;"> selon certains de nos jours. En janvier 2025, la réalisatrice américaine Julie Rubio présenta le <strong>premier <a href="https://www.youtube.com/watch?v=LMF5ey7MPOA" target="_blank" rel="noopener">documentaire cinématographique</a></strong> consacré à l’extraordinaire existence de Tamara</span><span style="font-weight: 400;">. Mais pour vraiment connaître son œuvre, rien ne vaut de <a href="https://www.wikiart.org/fr/tamara-de-lempicka" target="_blank" rel="noopener">découvrir ses toiles</a></span><span style="font-weight: 400;">.</span></span><a href="http://en.wahooart.com/@/TamaraDeLempicka" target="_blank" rel="noopener"></a></p>
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		<title>Zsa Zsa Gabor ou l’Attila du mariage</title>
		<link>https://www.geraldine-couget.com/zsa-zsa-gabor-ou-lattila-du-mariage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[geraldine.c]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Aug 2025 06:00:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcours extraordinaires]]></category>
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					<description><![CDATA[Précurseur des Paris Hilton et autres Kim Kardashian, Zsa Zsa Gabor fut l’une des premières célébrités à exceller dans l’art de la mise en scène de soi. Voici son histoire.]]></description>
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						<span class="et_pb_fullwidth_header_subhead">Zsa Zsa Gabor ou l’Attila du mariage</span>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;">Zsa Zsa Gabor — prononcer « jaja » — appelait tout le monde « dahlink », car elle avouait ne jamais se rappeler des prénoms. Précurseur des Paris Hilton et autres Kim Kardashian, cette actrice mâtinée de mondaine fut l’une des premières, si ce n’est la première à exceller dans l’art de la <strong>mise en scène de soi</strong>. Faire parler d’elle, rester « dans le monde », être dans les pages « people », tout pour maintenir une <strong>existence de luxe et de superficialité</strong>, en dépit bien sûr d’un réel talent, si ce n’est la chance d’être née avec une <strong>plastique agréable</strong>… Tel était le credo de Zsa Zsa Gabor.</p>
<p style="font-weight: 400;">Avec son style flamboyant, son <strong>goût démesuré pour les bijoux</strong>, de préférence en diamant, et sa <strong>passion assumée pour le mariage</strong> — neuf, soit un de plus que Liz Taylor —, la star américaine, née en Hongrie, devint une <strong>icône du glamour </strong>à l’européenne dans son pays d’adoption. Reine de la repartie, elle aurait cédé aux avances de Richard Burton, Henry Kissinger et Sean Connery, mais aurait repoussé JFK, Frank Sinatra, Elvis Presley et Henry Fonda. Celle dont le premier amant aurait été Atatürk — prétendit-elle — est décédée deux mois avant son centième anniversaire.</p>
<h2>Star des pages people des journaux de Budapest</h2>
<p style="font-weight: 400;">Sári Gabor vit le jour le 6 février 1917 à Budapest, au sein d’une riche famille juive hongroise, la deuxième d’une fratrie de trois sœurs — Magda (1915-1997) et Éva (1919-1995). Leur père, Vilmos, un militaire, avait épousé Jolie, l’héritière d’une <strong>famille de joailliers</strong>. Sur l’insistance de son père, la future star reçut son prénom en hommage à une actrice, Sári Fedák (elle-même surnommée Zsa Zsa !), alors que sa mère voulait que ce soit Zsa Zsa. C’est ce diminutif qui resta.</p>
<p style="font-weight: 400;">Les trois sœurs Gabor vécurent une enfance préservée, profitant des moyens plus que confortables de leurs parents : personnel, voyages, vacances et scolarité à l’étranger… Rien n’était trop beau pour ces jeunes filles, elles-mêmes réputées pour leur physique avantageux. Elles démarrèrent leurs frasques dès l’adolescence, ce qui leur apporta une notoriété locale via les chroniques mondaines, les ancêtres des <strong>pages « people »</strong>, des journaux budapestois.</p>
<h2>Un diamant de 10 carats pour Zsa Zsa Gabor</h2>
<p style="font-weight: 400;">Après avoir fait sa scolarité à partir de treize ans dans un internat en Suisse, Zsa Zsa fut élue <strong>Miss Hongrie</strong> en 1936. Mais elle perdit son titre quand on découvrit qu’elle avait (déjà) triché sur son âge… En 1934, elle partit à Vienne, où un ténor de l’opéra, le célèbre Richard Tauber, qu’elle connaissait depuis son séjour en Suisse, lui avait proposé un <strong>rôle de soubrette dans une opérette</strong>, <em>Der singende Traum</em>. Ce fut là son premier rôle. Puis elle épousa en 1937 un journaliste et diplomate turc, Burhan Asaf Belge, de dix-huit ans son aîné. Pour leurs fiançailles, ses parents lui offrirent une bague sertie d’un diamant de dix carats !</p>
<p style="font-weight: 400;">Le couple vécut notamment en Turquie, mais leur union devint vite indigeste, tel un loukoum à a rose trop sucré. De retour en Hongrie, Zsa Zsa Gabor décida de <strong>quitter son pays pour Hollywood</strong>. Sa sœur Éva, mariée aux États-Unis, avait en effet démarré une carrière cinématographique. En dépit du durcissement de la <strong>législation antijuifs</strong> en Hongrie, Zsa Zsa profita de l’influence diplomatique de son futur ex-mari, à qui elle demanda le divorce une fois arrivée de l’autre côté de l’Atlantique. Magda et Jolie, qui venait de divorcer aussi, les rejoignirent peu de temps après. Une <strong>grande partie de la famille périt dans l’Holocauste</strong>, mais Vilmos vécut jusqu’en 1962.</p>
<h2>Tout pour se faire remarquer</h2>
<p style="font-weight: 400;">Débarquées à New York puis à Hollywood, les sœurs Gabor, flanquées de leur mère, omniprésente, firent sensation. Comme en témoigna des années plus tard l’<strong>animateur de télévision Merv Griffin</strong> dans son autobiographie, elles firent leur apparition dans les chroniques mondaines des journaux d’un seul coup et avec grande force, comme tombées du ciel. Décidée à continuer à <strong>vivre dans le luxe</strong>, Zsa Zsa Gabor exploita sans vergogne ses atouts physiques pour faire parler d’elle, voire faire scandale autant que possible, bref, se fait remarquer.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dès 1942, elle épousa Conrad Hilton, de trente ans son aîné, le fondateur de la fameuse chaîne hôtelière et l’arrière-grand-père de Paris. Leur fille unique, Constance Francesca (et le seul enfant de l’actrice), naquit le 10 mars 1947. D’après Zsa Zsa, l’enfant fut le fruit d’un <strong>viol marital</strong>, la petite fille ayant été conçue alors que le couple était déjà séparé. Ils divorcèrent quelques mois après cette naissance. D’après l’actrice, Conrad était si possessif qu’il demanda à sa femme de se faire appeler « Georgia » et refusa toute référence à ses racines hongroises. La jeune femme au <strong>caractère explosif</strong> ne supporta pas longtemps d’être étouffée ainsi.</p>
<h2>Plusieurs têtes d’affiche pour Zsa Zsa Gabor</h2>
<p style="font-weight: 400;">Déjà addict au mariage, la <a href="https://www.geraldine-couget.com/vamp/">vamp Zsa Zsa Gabor</a> épousa en 1949 en troisièmes noces l’acteur britannique George Sanders, de onze ans son aîné. Au bout de cinq ans, l’actrice, dont la <strong>carrière cinématographique prenait enfin son envol</strong>, rendit son tablier. Apparemment attiré par cette famille, Sanders épousa en 1970 Magda — dont c’était le cinquième mariage —, la sœur aînée de Zsa Zsa, mais cette union ne dura que trente-deux jours ! Après quoi, l’acteur vieillissant se mit à boire plus que de raison et se suicida en 1972 parce qu’il s’ennuyait…</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est donc dans les années 1950 que Zsa Zsa Gabor, en dépit d’un fort accent dont elle ne se débarrassa jamais, fit ses débuts au cinéma : en 1952, elle partagea la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=CKyh4zKkths" target="_blank" rel="noopener"><strong>tête d’affiche de <em>Moulin Rouge</em></strong></a>, de John Huston, avec José Ferrer. Puis elle joua dans la <a href="https://www.youtube.com/watch?v=0KLE-nbamak" target="_blank" rel="noopener"><strong>comédie musicale <em>Lovely to look at</em></strong></a>, de Mervyn LeRoy, une adaptation d’un succès de Broadway, <em>Roberta</em>. Enfin elle se distingua dans le <a href="https://www.youtube.com/watch?v=oIkTifDIStQ" target="_blank" rel="noopener">film à sketchs <em>We’re not married</em></a>, où Marilyn Monroe fut également remarquée. En 1953, elle <a href="https://www.youtube.com/watch?v=iGoUew1PMj8" target="_blank" rel="noopener"><strong>donna la réplique à Leslie Caron</strong></a> dans <em>Lili</em>.</p>
<h2>Du grand au petit écran, et même sur les planches</h2>
<p style="font-weight: 400;">Zsa Zsa Gabor joua aussi en Europe, notamment en France <strong>aux côtés de Fernandel</strong> dans <em>L’ennemi public numéro 1</em>, d’Henri Verneuil (1953), puis l’année suivante partagea la vedette avec Daniel Gélin dans <em>Sang et lumières</em>. En 1956, elle <a href="https://www.youtube.com/watch?v=elaypNuYies" target="_blank" rel="noopener">donna la réplique à son ex</a>, George Sanders, dans <em>Death of a scoundrel</em>, deux ans après leur divorce. De retour à Hollywood, <strong>Orson Welles la dirigea</strong> dans son <a href="https://www.youtube.com/watch?v=kGlEQa66mow" target="_blank" rel="noopener">chef-d’œuvre <em>Touch of evil</em></a> (La soif du mal, 1958), puis elle fut la star de <em>Queen of outer space</em>, un <a href="https://www.youtube.com/watch?v=awWQo9gYayQ" target="_blank" rel="noopener">film de science-fiction</a>… Elle reçut la même année le <strong>Golden Globe de l’actrice la plus glamour</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Mais sa carrière cinématographique s’essouffla avec la fin des années 1950, même si on retrouva Zsa Zsa devant la caméra pour des <a href="https://www.youtube.com/watch?v=mSwd1gBden4" target="_blank" rel="noopener">séries Z et autres parodies</a> comme <em>Won Ton Ton, the dog who saved Hollywood</em> (1976) ou <em>Frankenstein’s great aunt Tillie</em> (1984), où elle jouait avant tout… son propre rôle ! Tout comme dans le film d&rsquo;horreur <em>Freddy 3 &#8211; les Griffes du cauchemar</em> (1987).<span></span></p></div>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;">Surtout, la blonde Hongroise devint une invitée régulière des nombreux <a href="https://www.youtube.com/watch?v=gobpKponE_c" target="_blank" rel="noopener"><em>talk shows</em> de la télévision américaine</a> — où officiaient Milton Berle, Jack Parr, Johnny Carson, Howard Stern —, où ses <strong>bons mots</strong> et son <strong>sens de la repartie</strong>, sans oublier son goût pour la mise en scène et ses <strong>tenues extravagantes et bling bling</strong>, faisaient merveille. Juste en parlant d’elle-même et de son univers, elle faisait rire le téléspectateur tout en le choquant, pour le plus grand plaisir de l’audimat et des annonceurs. Ses mensonges éhontés sur son âge et ses piques adressées à toutes ses adversaires enchantaient tout particulièrement le public. Elle faisait en sorte de la <strong>téléréalité avant tout le monde</strong> ! On la vit aussi beaucoup dans des <a href="https://www.youtube.com/watch?v=DwwqIn5mkqg" target="_blank" rel="noopener">séries télévisées</a> comme <em>La croisière s’amuse</em>, <em>L’île aux naufragés</em>, <em>Batman</em>, ou encore Le prince de Bel Air.</p>
<p style="font-weight: 400;">Zsa Zsa Gabor joua aussi au théâtre, faisant notamment ses débuts à Broadway en 1970 dans <em>Forty carats</em>, puis des tournées aux États-Unis entre 1971 et 1983 pour plusieurs pièces, dont <em>Arsenic et vieilles dentelles</em> (avec sa sœur Éva) ou encore <em>Ninotchka</em>. Sa dernière apparition sur une scène date de 1993, où elle interpréta la fée marraine dans <em>Cendrillon</em>. Dernière apparition aussi au cinéma cette même année dans <em>The Beverly Hills Hillbillies</em> (<em>Les allumés de Beverly Hills</em>), jouant son propre rôle. En 1994, elle interprète une saynète dans le <a href="https://www.youtube.com/watch?v=fEn8QdI8-24" target="_blank" rel="noopener"><em>talk show</em> de David Letterman</a>.</p>
<h2>De justes noces en mariages ratés</h2>
<p style="font-weight: 400;">En 1962, après un hiatus de plusieurs années, où le nombre de ses prétendants ne faiblit pas, Zsa Zsa Gabor convola en justes noces pour la quatrième fois. L’heureux élu s’appelait Herbert Hutner, un <strong>banquier et homme d’affaires</strong>. Las, le couple divorça le 3 mars 1966. Mais six jours plus tard, l’insatiable mariée épousa un <strong>magnat du pétrole</strong>, Joshua S. Cosden, Jr. Les deux tourtereaux se supportèrent dix-huit mois.</p>
<p style="font-weight: 400;">Puis la peroxydée magyare fit une nouvelle pause de huit ans avant de retenter le coup avec Jack Ryan, le <strong>créateur de la poupée Barbie</strong> et accessoirement de près de dix ans son cadet. Là encore, le fiasco fut au rendez-vous, puisqu’ils mirent la clé sous la porte de leur amour un an après leur mariage, en 1976.</p>
<p style="font-weight: 400;">Absolument pas découragée, la divorcée joyeuse prit trois jours plus tard pour époux un avocat, Michael O’Hara, le temps d’une union de sept ans. Et à peine avait-elle pris fin que Zsa Zsa signa un <strong>huitième contrat de mariage</strong>, cette fois avec un acteur mexicain, Felipe de Alba, le 13 avril 1983. Mais là, point de lune de miel : leur contrat fut annulé dès le… lendemain, le précédent divorce de l’extravagante Hongroise n’ayant pas été correctement prononcé. La liste impressionnante des « oui » prononcés par Zsa Zsa Gabor s’acheva le 14 août 1986, quand elle épousa à soixante-neuf ans Frederic Prinz von Anhalt.</p>
<h2>Une fausse princesse</h2>
<p style="font-weight: 400;">Les médias commencèrent alors à appeler Zsa Zsa Gabor « princesse ». À tort. De vingt-six ans son cadet, son neuvième mari, ancien masseur allemand devenu homme d’affaires et tout comme elle naturalisé américain, n’avait rien de noble. Né Hans Robert Lichtenberg, fils d’un officier de police, il fut adopté en 1980 par Marie-Auguste d’Anhalt ! Cette véritable princesse, veuve du <strong>prince Joachim de Prusse</strong> — le plus jeune fils du <em>kaiser</em> Guillaume II, suicidé en 1920 à l’aube de ses trente ans —, était tellement endettée, qu’elle proposa à de riches personnes de les adopter à l’âge adulte. En échange de grosses sommes d’agent, ils pouvaient utiliser son titre.</p>
<p style="font-weight: 400;">Mais cela ne faisait pas d’eux des membres de la noblesse pour autant… En tout et pour tout, Marie-Auguste d’Anhalt adopta trente-cinq personnes ! Telle « mère » tel fils ? Frederic et Zsa Zsa firent de même, <strong>adoptant à leur tour une dizaine d’hommes</strong> contre de l’argent (jusqu’à 2 millions de dollars), en échange de la possibilité de porter le titre « d’Anhalt »…</p>
<p style="font-weight: 400;">Zsa Zsa Gabor, qui avait l’esprit vif, était notamment <a href="https://www.youtube.com/watch?v=pOmWXMzutbY" target="_blank" rel="noopener">connue pour ses bons mots</a>, surtout quand on l’interrogeait sur ses <strong>multiples unions</strong>. En voici un florilège : « <em>I am a marvelous housekeeper: every time I leave a man I keep his house</em> » (« Je suis une merveilleuse maîtresse de maison : à chaque fois que je quitte un homme, je garde sa maison ») ; « on ne connaît pas un homme tant qu’on n’en a pas divorcé » ; « être aimée est une force, aimer est une faiblesse » ; « Je n&rsquo;ai jamais détesté un homme après une rupture au point de lui rendre ses diamants ». Elle partagea ses recettes sur le mariage dans un ouvrage que n’aurait peut-être pas renié la baronne de Rothschild, <em>Comment trouver un homme, comment le garder et comment s&rsquo;en débarrasser</em>, publié en 1971.</p>
<h2>Zsa Zsa Gabor devant la justice</h2>
<p style="font-weight: 400;">La tumultueuse Hongroise connut non seulement des déboires conjugaux, mais aussi des <strong>problèmes avec la justice et financiers</strong>. En 1989, elle fut arrêtée pour avoir giflé un policier qui lui avait demandé de se garer en raison d’une violation du Code de la route. Elle écopa de trois jours de prison. Puis elle dut verser 200 000 dollars d&rsquo;amende pour la rupture d&rsquo;un contrat publicitaire en 1993. L’année suivante, elle se plaça sous la protection de la loi sur les faillites afin d’échapper à ses créanciers, car elle venait d’être condamnée à 3,3 millions de dollars d&rsquo;amende pour <strong>diffamation </strong>contre l&rsquo;actrice Elke Sommer.</p>
<p style="font-weight: 400;">En 2009, son compte en banque s’allégea de 10 millions de dollars, car elle figurait parmi les <a href="https://www.reuters.com/article/madoff-gabor-idUSN2433193420090124/" target="_blank" rel="noopener"><strong>victimes de Bernard Madoff</strong></a>. Enfin, elle poursuivit en justice sa propre fille Francesca, qu’elle accusait de lui avoir volé 2 millions de dollars en contractant un prêt immobilier qui était garanti par la villa maternelle de luxe de Bel Air, à Los Angeles. Était-ce des représailles ? En 2005, Francesca avait accusé son beau-père de fraude et l’avait traîné en justice. Mais le juge estima qu’elle n’avait pas de preuve et sa plainte fut rejetée.</p>
<h2>Neuf mariages et un enterrement</h2>
<p style="font-weight: 400;">Zsa Zsa s’était-elle assagie ou avait-elle trouvé la perle rare ? Toujours est-il que le couple von Anhalt tint bon jusqu’au décès de l’ancienne actrice, à près de cent ans, le 18 décembre 2016, d’une crise cardiaque. Frederic faisait très attention à sa femme, dont la santé avait grandement décliné depuis un grave accident de voiture, le 28 novembre 2002. Zsa Zsa était <strong>partiellement paralysée</strong> et ne pouvait se déplacer qu’en chaise roulante. Elle fit un AVC en 2005 et un second en 2007. En 2010, elle se cassa une hanche et se fit installer une prothèse. L’année suivante, sa jambe droite fut amputée au-dessus du genou et depuis lors, l’ex-reine de beauté était <strong>maintenue en vie artificiellement</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Voulant lui éviter tout stress, Frederic lui cacha le décès de Francesca d’une crise cardiaque le 5 janvier 2015, à quelques semaines de son soixante-huitième anniversaire. Soit dit en passant, quand Zsa Zsa Gabor fut déclarée incapable et mise sous la tutelle de son époux, ce dernier coupa les vivres à sa belle-fille, qui se retrouva sans le sou — elle n’avait hérité que 100 000 dollars de la fortune de son père !</p>
<p><span style="font-size: 14px;"><span style="font-weight: 400;">Zsa Zsa, qui trichait volontiers sur son âge, prétendit un jour être née en 1931. D’après le rédacteur qui l’aida à rédiger son autobiographie, <em>One Lifetime is not Enough</em> (1991), l’éternelle jeune mariée était la réincarnation d’une femme de la cour de Louis XV qui se serait retrouvée au XX<sup>e</sup> siècle. Une sorte de <strong>mélange entre la Pompadour et la Du Barry</strong>, mais en même temps une femme qui choisit son partenaire et dispose de son propre argent. Son dernier souhait : revenir vivre à Budapest après son centième anniversaire. Il ne fut pas exaucé.</span></span><span></span></p></div>
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		<title>Sonja Henie : reine de la glace</title>
		<link>https://www.geraldine-couget.com/sonja-henie-reine-de-la-glace/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[geraldine.c]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Jun 2025 09:53:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Parcours extraordinaires]]></category>
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					<description><![CDATA[Sonja Henie fut la plus grande patineuse artistique de tous les temps et son palmarès reste inégalé. Voici son histoire.]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><div class="et_pb_section et_pb_section_27 et_pb_fullwidth_section et_section_regular" >
				
				
				
				
				
				
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						<span class="et_pb_fullwidth_header_subhead">Sonja Henie : reine de la glace</span>
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				<div class="et_pb_text_inner"><p style="font-weight: 400;">Certains semblent être nés sous une bonne étoile, avec une cuillère en argent dans la bouche. C’était le cas de la <strong>plus grande patineuse artistique</strong> de tous les temps, Sonja Henie. Une blondinette menue dont le palmarès sportif reste inégalé : elle fut triple championne olympique (1928, 1932 et 1936), dix fois championne du monde (de 1927 à 1936), et reçut six médailles d’or aux championnats d’Europe (de 1931 à 1936) — seule l’Allemande Katarina Witt détient le même nombre de trophées pour cette dernière compétition (entre 1983 et 1988)…</p>
<h2>Un talent inné pour la glace</h2>
<p style="font-weight: 400;">Riche dès le berceau, Sonja Henie le resta jusqu’à son décès prématuré en 1969, grâce à son sens aigu des affaires et son manque de scrupules en termes d’accointances plus ou moins avouables. Née le 8 avril 1912 à Oslo, la future reine de la glace était la seule fille d’un fourreur très fortuné, Wilhelm, ancien champion du monde de cyclisme sur piste en 1894. Douée pour le ski, elle laissa pourtant tomber les pistes pour la patinoire, suivant les « carres » de son frère Leif.</p>
<p style="font-weight: 400;">Athlétique, Sonja excellait aussi au tennis, à l’équitation et à la natation. La fortune de sa famille aidant, elle ne manqua de rien pour développer son <strong>talent inné</strong> pour la glace. Son père ne lésina pas sur la dépense pour faire de sa fille une star des patinoires, lui octroyant même les services d’une danseuse classique russe, l’étoile <strong>Tamara Karsavina</strong>, qui fit partie notamment des Ballets Russes de <strong>Serge Diaghilev</strong>.</p>
<h2>Aux JO à onze ans !</h2>
<p style="font-weight: 400;">L’ambition sportive de Sonja se matérialisa très rapidement ; dès dix ans, elle remporta sa première grande compétition nationale, et à onze ans, elle termina dernière (huitième sur huit) des Jeux Olympiques d’hiver de 1924. À quatorze ans, elle remporta ses premiers championnats du monde, en 1927 et fut consacrée sur la première marche du podium les neuf années suivantes ! Extrêmement populaire pendant toute sa carrière sportive, et ce dans de nombreux pays, Sonja Henie fut sans doute la <strong>première patineuse à porter une jupette</strong>, à chausser des <strong>patins de couleur blanche</strong>, et à chorégraphier ses apparitions à l’aide de pas et de gestes empruntés à la <strong>danse classique</strong>. <a href="http://www.youtube.com/watch?v=Xtchjj8srpM" target="_blank" rel="noopener">La voici en 1928</a>, juste après les Jeux Olympiques.</p>
<p><span style="font-weight: 400;">En 1936, après son dernier triomphe aux Jeux Olympiques d’hiver, en Bavière, Sonja Henie devint professionnelle et commença à se produire dans des <strong>spectacles sur glace</strong> sophistiqués. Il était enfin temps pour elle d’atteindre son objectif ultime, nourri depuis l’enfance : devenir une <strong>star de cinéma</strong>. Hollywood, nous voilà ! À l’occasion d’un show sur glace à Los Angeles, et moyennant l’influence (sonnante et trébuchante ?) de Wilhem Henie, <a href="https://www.geraldine-couget.com/carmen-miranda-la-bombe-bresilienne/"><strong>Darryl F. Zanuck</strong></a></span><span style="font-weight: 400;">, le patron de la 20th Century Fox, engagea la jeune sportive pour un contrat de longue durée. Sonja devint même l’une des actrices les mieux payées de l’époque !</span></p>
<p><span></span></p>
<p>&nbsp;</p></div>
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				<div class="et_pb_text_inner"><h2>Sonja Henie, star d’Hollywood</h2>
<p style="font-weight: 400;">Son <a href="https://www.youtube.com/watch?v=35D6fI54nyQ" target="_blank" rel="noopener">premier film</a>, <em>One in a million</em>, fut un triomphe, octroyant à la jeune femme plus de latitude dans ses négociations avec le studio, notamment pour contrôler totalement l’ensemble des scènes de patinage de ses films. Celle qui tourna <strong>onze films en douze ans</strong> fut même élue en 1939 actrice la plus populaire, derrière <strong>Clark Gable</strong> et <strong>Shirley Temple</strong>. Excusez du peu ! Le succès de Sonja sur la glace et devant les caméras popularisa grandement le patinage artistique et les spectacles sur glace aux États-Unis.</p>
<p style="font-weight: 400;">Avec son producteur Arthur Witz, la patineuse/actrice se produisit pendant les années 1940 dans de somptueux spectacles dans toutes les grandes villes américaines — <a href="https://www.youtube.com/watch?v=7sjnfkEOpsE" target="_blank" rel="noopener">la voici en 1945 dans toute sa splendeur</a>, et en couleur. L’argent ne fait pas le bonheur ? En tout cas, il n’empêche pas de boire… Un peu trop portée sur la bouteille, Sonja Henie mit fin à sa carrière en 1956, après une tournée désastreuse en Amérique du Sud.</p>
<h2>Invitée par Hitler au Berghof</h2>
<p style="font-weight: 400;">Mariée trois fois, la star norvégienne défraya la chronique en raison d’accusations de sympathie envers la cause nazie. Il faut dire qu’il existait de nombreux indices à charge… <a href="https://www.geraldine-couget.com/elise-et-otto-hampel-justiciers-desesperes-a-berlin/"><strong>Adolf Hitler</strong></a> lui-même était un grand fan de celle qui se produisit souvent en Allemagne pendant sa carrière amateur. En 1936, quelque peu avant les Jeux Olympiques, une photographie de la jeune femme la montra exécutant le <strong>salut nazi</strong> pour le <em>Führer</em> à Berlin. La presse norvégienne s’en offusqua avec vigueur.</p>
<p style="font-weight: 400;">À l’issue de la compétition, Sonja accepta pourtant une invitation à déjeuner au <strong>Berghof</strong>, la résidence secondaire de Hitler, près de Berchtesgaden. Le dictateur nazi lui offrit un cliché de lui dédicacé, qui, selon certaines rumeurs, trôna sur le piano familial des Henie pendant la Seconde Guerre mondiale.</p>
<h2>Des accointances avec Goebbels</h2>
<p style="font-weight: 400;">En outre, c’est grâce à ses liens privilégiés avec les nazis, et notamment <strong>Joseph Goebbels</strong>, que Sonja Henie put voir son premier film, <em>One in a million</em>, sortir sur les écrans allemands. Bizarrement, les biens des Henie ne furent jamais l’objet de la convoitise des Allemands pendant l’occupation allemande. Et même si Sonja Henie obtint la nationalité américaine en 1941, et soutint l’effort de guerre de l’Oncle Sam, elle se garda bien de dire quoi que ce soit contre les nazis ni de prendre le parti des résistants norvégiens. Ses compatriotes — restés au pays ou immigrants aux États-Unis — lui en voulurent longtemps. Cependant, les gens ayant la mémoire courte ou étant particulièrement indulgents, elle fit un retour triomphal au pays en 1953 puis en 1955, avec sa <strong>tournée Holiday on Ice</strong>.</p>
<h2>Une fin aérienne</h2>
<p><span style="font-size: 14px;"><span style="font-weight: 400;">Souffrant d’une leucémie, diagnostiquée au début des années 1960, Sonja Henie succomba le 12 octobre 1969 dans un vol Paris-Oslo, à l’âge de cinquante-sept ans</span><span style="font-weight: 400;">. C’était l’une des <a href="https://www.youtube.com/watch?v=1pdl39K30yM" target="_blank" rel="noopener">femmes les plus riches du monde</a>, mariée depuis 1956 à un armateur et collectionneur d’art moderne norvégien, Niels Onstad. Leur <a href="https://www.visitoslo.com/fr/produit/?tlp=2978133&amp;name=Henie-Onstad-Kunstsenter" target="_blank" rel="noopener">collection est rassemblée</a> au Centre d’art Henie-Onstad</span><span style="font-weight: 400;">, à une dizaine de kilomètres d’Oslo. L’occasion d’admirer tous les trophées de cette femme ambiguë et ambitieuse.</span></span></p>
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