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Zsa Zsa Gabor ou l’Attila du mariage

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Elle aimait les diamants et les hommes, qui le lui rendaient bien !

Elle appelait tout le monde « dahlink », car elle avouait ne jamais se rappeler des prénoms. Précurseur des Paris Hilton et autres Kim Kardashian, cette actrice mâtinée de mondaine fut l’une des premières, si ce n’est la première à exceller dans l’art de la mise en scène de soi. Faire parler d’elle, rester « dans le monde », être dans les pages « people », tout pour maintenir une existence de luxe et de superficialité, en dépit bien sûr d’un réel talent, si ce n’est la chance d’être née avec une plastique agréable… Tel était le credo de Zsa Zsa Gabor (prononcer « jaja »). Avec son style flamboyant, son goût démesuré pour les bijoux, de préférence en diamant, et sa passion assumée pour le mariage — neuf, soit un de plus que Liz Taylor —, la star américaine, née en Hongrie, devint une icône du glamour à l’européenne dans son pays d’adoption. Reine de la repartie, elle aurait cédé aux avances de Richard Burton, Henry Kissinger et Sean Connery, mais aurait repoussé JFK, Frank Sinatra, Elvis Presley et Henry Fonda. Celle dont le premier amant aurait été Atatürk — prétendit-elle — est décédée deux mois avant son centième anniversaire.

Sári Gabor vit le jour le 6 février 1917 à Budapest, au sein d’une riche famille juive hongroise, la deuxième d’une fratrie de trois sœurs — l’aînée Magda (1915-1997) et la benjamine Éva (1919-1995). Leur père, Vilmos, un militaire, avait épousé Jolie, l’héritière d’une famille de joailliers. Sur l’insistance de son père, la future star reçut son prénom en hommage à une actrice, Sári Fedák (elle-même surnommée Zsa Zsa !), alors que sa mère voulait que ce soit Zsa Zsa. C’est ce diminutif qui resta.

Les trois sœurs Gabor vécurent une enfance préservée, profitant des moyens plus que confortables de leurs parents : personnel, voyages, vacances et scolarité à l’étranger… Rien n’était trop beau pour ces jeunes filles, elles-mêmes réputées pour leur physique avantageux. Elles démarrèrent leurs frasques dès l’adolescence, ce qui leur apporta une notoriété locale via les chroniques mondaines, les ancêtres des pages « people », des journaux budapestois.

Après avoir fait sa scolarité à partir de 13 ans dans un internat en Suisse, Zsa Zsa fut élue Miss Hongrie en 1936. Mais elle perdit son titre quand on découvrit qu’elle avait (déjà) triché sur son âge… En 1934, elle partit à Vienne, où un ténor de l’opéra, le célèbre Richard Tauber, qu’elle connaissait depuis son séjour en Suisse, lui avait proposé un rôle de soubrette dans une opérette, Der singende Traum. Ce fut là son premier rôle. Puis elle épousa en 1937 un journaliste et diplomate turc, Burhan Asaf Belge, de dix-huit ans son aîné. Pour leurs fiançailles, ses parents lui offrirent une bague sertie d’un diamant de 10 carats !

Le couple vécut notamment en Turquie, mais leur union devint vite indigeste, tel un loukoum à la rose trop sucré. De retour en Hongrie, Zsa Zsa décida de quitter son pays pour Hollywood. Sa sœur Éva, mariée aux États-Unis, y avait en effet démarré une carrière cinématographique. En dépit du durcissement de la législation antijuifs en Hongrie, Zsa Zsa profita pour s’éclipser de l’influence diplomatique de son futur ex-mari, à qui elle demanda le divorce une fois arrivée aux États-Unis. Magda et Jolie, qui venait de divorcer aussi, les rejoignirent peu de temps après. Sage décision, puisqu’une grande partie de la famille restée au pays périt dans l’Holocauste. Cependant, Vilmos vécut jusqu’en 1962.

Débarquées à New York puis à Hollywood, les sœurs Gabor (pour connaître la biographie du trio, un documentaire : https://www.youtube.com/watch?v=E8k8cvDKhAo), flanquées de leur mère, omniprésente, firent sensation. Comme en témoigna des années plus tard l’animateur de télévision Merv Griffin dans son autobiographie, elles firent leur apparition dans les chroniques mondaines des journaux d’un seul coup et avec grande force, comme tombées du ciel. Décidée à continuer à vivre dans le luxe, Zsa Zsa exploita sans vergogne ses atouts physiques pour faire parler d’elle, voire faire scandale autant que possible, bref, se fait remarquer. Dès 1942, elle épousa Conrad Hilton, de trente ans son aîné, le fondateur de la fameuse chaîne hôtelière et l’arrière-grand-père de Paris. Leur fille unique, Constance Francesca (et le seul enfant de l’actrice), naquit le 10 mars 1947. D’après Zsa Zsa, l’enfant fut le fruit d’un viol marital, la petite fille ayant été conçue alors que le couple était déjà séparé. Ils divorcèrent quelques mois après cette naissance. Conrad était si possessif qu’il demanda à sa femme de se faire appeler « Georgia » et refusa toute référence à ses racines hongroises. La jeune femme au caractère explosif ne supporta pas longtemps d’être étouffée ainsi.

Déjà addict au mariage, Zsa Zsa épousa en 1949 en troisièmes noces l’acteur britannique George Sanders, de onze ans son aîné. Au bout de cinq ans, l’actrice, dont la carrière cinématographique prenait enfin son envol, rendit son tablier. Apparemment attiré par cette famille, le comédien épousa en 1970 Magda (dont c’était le cinquième mariage), la sœur aînée de Zsa Zsa, mais le mariage ne dura que trente-deux jours ! Après quoi, l’acteur vieillissant se mit à boire plus que de raison et se suicida en 1972 parce qu’il s’ennuyait…

C’est donc dans les années 1950 que Zsa Zsa, en dépit d’un fort accent dont elle ne se débarrassa jamais, fit ses débuts au cinéma : en 1952, elle partagea la tête d’affiche de Moulin Rouge (https://www.youtube.com/watch?v=oLyKbOtASHA), de John Huston, avec José Ferrer. Puis elle joua dans la comédie musicale Lovely to look at (https://www.youtube.com/watch?v=0KLE-nbamak), de Mervyn LeRoy, une adaptation d’un succès de Broadway, Roberta. Enfin elle se distingua dans le film à sketchs We’re not married (https://www.youtube.com/watch?v=oIkTifDIStQ), où Marilyn Monroe fut également remarquée. En 1953, elle donna la réplique à Leslie Caron dans Lili (https://www.youtube.com/watch?v=oJ5cPp7uJls).

Zsa Zsa séduisit aussi les foules en Europe, jouant notamment en France aux côtés de Fernandel dans L’ennemi public numéro 1, d’Henri Verneuil (1953). Puis l’année suivante elle partagea la vedette avec Daniel Gélin dans Sang et lumières. En 1956, elle donna la réplique à son ex, George Sanders, dans Death of a scoundrel (https://www.youtube.com/watch?v=elaypNuYies), deux ans après leur divorce. De retour à Hollywood, Orson Welles la dirigea dans son chef-d’œuvre Touch of evil (La soif du mal, 1958, https://www.youtube.com/watch?v=kGlEQa66mow), puis elle fut la star de Queen of outer space (https://www.youtube.com/watch?v=awWQo9gYayQ), une série B de science-fiction… Elle reçut la même année le Golden Globe de l’actrice la plus glamour.

Mais sa carrière cinématographique s’essouffla avec la fin des années 1950, même si on retrouva Zsa Zsa des décennies durant devant la caméra pour des séries Z et autres parodies comme Won Ton Ton, the dog who saved Hollywood (1976, https://www.youtube.com/watch?v=mSwd1gBden4) ou Frankenstein’s great aunt Tillie (1984), où elle jouait avant tout… son propre rôle ! Il en fut de même dans le film d’horreur Freddy 3 – les Griffes du cauchemar (1987).

Surtout, la blonde Hongroise devint une invitée régulière des nombreux talk shows de la télévision américaine (où officiaient Milton Berle — https://www.youtube.com/watch?v=gobpKponE_c — Jack Parr, Johnny Carson, Howard Stern, etc.), où ses bons mots et son sens de la repartie, sans oublier son goût pour la mise en scène et ses tenues extravagantes et bling bling faisaient merveille. Juste en parlant d’elle-même et de son univers, elle faisait rire le téléspectateur tout en le choquant, pour le plus grand plaisir de l’audimat et des annonceurs. Ses mensonges éhontés sur son âge et ses piques adressées à toutes ses adversaires enchantaient tout particulièrement le public. Elle faisait en sorte de la téléréalité avant tout le monde ! On la vit aussi beaucoup dans des séries télévisées comme La croisière s’amuse, L’île aux naufragés (https://www.youtube.com/watch?v=DwwqIn5mkqg), Batman, ou encore Le prince de Bel Air.

Elle joua aussi au théâtre, faisant notamment ses débuts à Broadway en 1970 dans Forty carats, et fit quelques tournées aux États-Unis entre 1971 et 1983 pour plusieurs pièces, dont Arsenic et vieilles dentelles (avec sa sœur Éva) ou encore Ninotchka. Sa dernière apparition sur une scène date de 1993, où elle interpréta la fée marraine dans Cendrillon. Dernière présence aussi au cinéma cette même année dans The Beverly Hills Hillbillies (Les allumés de Beverly Hills), jouant son propre rôle. Enfin en 1994, elle interpréta une saynète dans le talk show de David Letterman (https://www.youtube.com/watch?v=fEn8QdI8-24).

Mais reprenons le fil des unions de cette « serial » mariée. En 1962, après un hiatus de plusieurs années, où le nombre de ses prétendants ne faiblit toutefois pas, Zsa Zsa convola en justes noces pour la quatrième fois. L’heureux élu s’appelait Herbert Hutner, un banquier et homme d’affaires. Las, le couple divorça le 3 mars 1966. Mais six jours plus tard, l’insatiable fiancée épousa un magnat du pétrole, Joshua S. Cosden, Jr. Les deux tourtereaux se supportèrent dix-huit mois. Puis la peroxydée magyare fit une nouvelle pause de huit ans avant de retenter le coup avec Jack Ryan, le créateur de la poupée Barbie et accessoirement de près de dix ans son cadet. Là encore, le fiasco fut au rendez-vous, puisqu’ils mirent la clé sous la porte de leur amour un an après leur mariage, en 1976.

Absolument pas découragée, la divorcée joyeuse prit trois jours plus tard pour époux un avocat, Michael O’Hara, le temps d’une union de sept ans. Et à peine avait-elle pris fin que Zsa Zsa signa un huitième contrat de mariage, cette fois avec un acteur mexicain, Felipe de Alba, le 13 avril 1983. Mais là, point de lune de miel : leur contrat fut annulé dès le… lendemain, le précédent divorce de l’extravagante Hongroise n’ayant pas été correctement prononcé. La liste impressionnante des « oui » prononcés par Zsa Zsa s’acheva le 14 août 1986, quand elle épousa à 69 ans Frederic Prinz von Anhalt.

Les médias commencèrent alors à surnommer la Gabor « princesse ». À tort. De vingt-six ans son cadet, son neuvième mari, ancien masseur allemand devenu homme d’affaires et tout comme elle naturalisé américain, n’avait rien de noble. Né Hans Robert Lichtenberg, fils d’un officier de police, il fut adopté en 1980 par Marie-Auguste d’Anhalt ! Cette véritable princesse, veuve du prince Joachim de Prusse — le plus jeune fils du kaiser Guillaume II, suicidé en 1920 à l’aube de ses 30 ans —, était tellement endettée, qu’elle proposa à de riches personnes de les adopter à l’âge adulte. En échange de grosses sommes d’agent, ils pouvaient utiliser son titre. Mais cela ne faisait pas d’eux des membres de la noblesse pour autant… En tout et pour tout, Marie-Auguste d’Anhalt adopta trente-cinq personnes ! Telle « mère » tel fils ? Frederic, avec le soutien de Zsa Zsa, fit de même, adoptant à son tour une dizaine d’hommes contre de l’argent (jusqu’à 2 millions de dollars), en échange de la possibilité de porter le titre « d’Anhalt »…

Zsa Zsa, qui avait l’esprit vif, était notamment connue pour ses bons mots, surtout quand on l’interrogeait sur ses multiples unions. En voici un florilège : « I am a marvelous housekeeper: every time I leave a man I keep his house » (« Je suis une merveilleuse maîtresse de maison : à chaque fois que je quitte un homme, je garde sa maison ») ; « On ne connaît pas un homme tant qu’on n’en a pas divorcé » ; « Être aimée est une force, aimer est une faiblesse » ; « Je n’ai jamais détesté un homme après une rupture au point de lui rendre ses diamants » (https://www.youtube.com/watch?v=pOmWXMzutbY). Elle partagea d’ailleurs ses recettes sur le mariage dans un ouvrage que n’aurait peut-être pas renié la baronne de Rothschild, Comment trouver un homme, comment le garder et comment s’en débarrasser, publié en 1971.

La tumultueuse Hongroise connut non seulement des déboires conjugaux, mais aussi des problèmes avec la justice et financiers. En 1989, elle fut arrêtée pour avoir giflé un policier qui lui avait demandé de se garer en raison d’une violation du Code de la route. Elle écopa de trois jours de prison. Puis elle dut verser 200 000 dollars d’amende pour la rupture d’un contrat publicitaire en 1993. L’année suivante, elle se plaça sous la protection de la loi sur les faillites afin d’échapper à ses créanciers, car elle venait d’être condamnée à 3,3 millions de dollars d’amende pour diffamation contre l’actrice Elke Sommer. En 2009, son compte en banque s’allégea de 10 millions de dollars, car elle figurait parmi les victimes de Bernie Madoff. Enfin elle poursuivit en justice sa fille Francesca, qu’elle accusait de lui avoir volé 2 millions de dollars en contractant un prêt immobilier qui était garanti par la villa maternelle de luxe de Bel Air, à Los Angeles. Étaient-ce des représailles ? En 2005, Francesca avait en effet accusé son beau-père de fraude et l’avait traîné en justice. Mais le juge estima qu’elle n’avait pas de preuve et sa plainte fut rejetée.

Zsa Zsa s’était-elle assagie ou avait-elle trouvé le bon ? Toujours est-il que le couple von Anhalt tint bon jusqu’au décès de l’ancienne actrice, à près de 100 ans, le 18 décembre 2016, d’une crise cardiaque. Frederic faisait très attention à sa femme, dont la santé avait grandement décliné depuis un grave accident de voiture le 28 novembre 2002. Zsa Zsa était partiellement paralysée et ne pouvait se déplacer qu’en chaise roulante. Elle fit un AVC en 2005 et un second en 2007. En 2010, elle se cassa une hanche et se fit installer une prothèse. En 2011, sa jambe droite fut amputée au-dessus du genou et à partir de là, l’ex-reine de beauté fut maintenue en vie artificiellement. Voulant lui éviter tout stress, Frederic lui cacha le décès de Francesca d’une crise cardiaque le 5 janvier 2015, à quelques semaines de son soixante-huitième anniversaire. Soit dit en passant, quand Zsa Zsa fut déclarée incapable et mise sous la tutelle de son époux, ce dernier coupa les vivres à sa belle-fille, qui se retrouva sans le sou (elle n’avait hérité que 100 000 dollars de la fortune de son père !).

Zsa Zsa, qui trichait volontiers sur son âge, prétendit un jour être née en 1931… D’après le rédacteur qui l’aida à rédiger son autobiographie, One Lifetime is not Enough (1991), l’éternelle jeune mariée était la réincarnation d’une femme de la cour de Louis XV qui se serait retrouvée au XXe siècle. Une sorte de mélange entre la Pompadour et la Du Barry, mais en même temps une femme qui choisit son partenaire et dispose de son propre argent. Son dernier souhait : revenir vivre à Budapest après son centième anniversaire. Il ne fut pas exaucé.

1 commentaire

  1. Samuel dit :

    Et bien, chacun collectionne ce qu’il/elle souhaite !

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