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Nénuphar

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Comment une fleur aussi pacifiste a-t-elle pu déclencher une guerre aussi ridicule ? (Water Lily in Sunlight, de John LaFarge, 1881)

Que l’on parle de lotus, de nymphéa ou de nénuphar, il s’agit en réalité de… la même chose. Ce mot à la fois poétique et organique, qui inspira notamment Claude Monet, tire son mystère de sa langue d’origine, le sanskrit « nīlōtpala », qui signifie « lotus bleu ». Il nous est arrivé ensuite en empruntant des chemins de traverse, passant d’abord dans le persan (« nīlūfar ») puis dans l’arabe (« nainūfar », « nīnūfar »).

À partir du moment où il a été introduit dans la langue française, le terme « nénuphar » a connu plusieurs orthographes, comme en atteste le dictionnaire de l’Académie française. Ainsi, en 1694, on écrivait « nenufar » ; puis le « e » fut coiffé d’un accent aigu à partir de 1762 ; en 1935, le « ph » vint remplacer le « f » originel ; enfin la dernière grande réforme de l’orthographe, en 1990, décida d’accepter deux graphies : « nénufar » et « nénuphar ». La « guerre du nénufar/nénuphar » était déclarée !

Pourquoi diable les grands sages de l’orthographe décidèrent-ils de réintroduire le « f » dans ce seul mot et pas, par exemple, dans « phalanstère », « phonation » ou encore « physique » ? Apparemment, ce serait pour effacer « l’erreur » de 1935 et surtout souligner l’origine arabe (mot en « f ») et non grecque (mot en « ph ») de ce terme. Effectivement, cela fait sens, « phalanstère », « phonation » ou encore « physique » provenant bien du grec.

Seulement, ce qui est bizarre, c’est que ce changement instauré par la réforme constitue un cas à part. Or ses instigateurs ont promu celle-ci en mettant en avant justement cette exception ! Autre étrangeté, si l’on consulte des dictionnaires publiés avant la date fatidique de 1935, on se rend compte que la graphie « nénuphar » cohabitait en réalité déjà avec le soi-disant officiel « nénufar », cette dernière version semblant même être moins usitée que la première… Bref, on y perd son latin, ou plutôt son grec ! Preuve peut-être que l’orthographe n’est pas une mince affaire. Et c’est sans doute ce qui fait son charme…

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