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Minnie Riperton, la voix des anges

Minnie Riperton, espiègle et heureuse, sur la photo de couverture de son album « Perfect Angel ».

Elle aurait eu 70 ans il y a deux jours… Dotée d’une voix exceptionnelle et angélique s’étirant sur cinq octaves et excellant dans le registre le plus aigu que puisse produire l’être humain, Minnie Riperton berça les années 1970 avec des chansons à la fois suaves et sensuelles, orchestrées et arrangées avec beaucoup de sophistication. Cette chanteuse afro-américaine aurait pu avoir une très longue carrière et une reconnaissance beaucoup plus large de son vivant. Mais la vie en décida autrement. Elle mourut à seulement 31 ans des suites d’un cancer, laissant derrière elle un mari éploré, deux enfants et des fans, dont Stevie Wonder, inconsolables.

Minnie Julia Riperton naquit le 8 novembre 1947 à Chicago, la benjamine d’une famille de huit enfants. Son père Daniel, qui travaillait pour les wagons-lits, et sa mère Thelma se rendirent compte très vite du don exceptionnel de leur petite dernière pour les arts en général, et la musique en particulier. Minnie fut inscrite d’abord en cours de danse classique et moderne, mais elle changea rapidement son fusil d’épaule. Parallèlement à sa scolarité, elle reçut une solide formation de chant lyrique, insistant sur la maîtrise de la respiration et du phrasé. Cette soprano colorature avait un don rare : elle pouvait parcourir cinq octaves grâce à sa capacité innée et sa facilité époustouflante pour chanter en voix de sifflet, soit le registre le plus aigu qui soit. Cerise sur le gâteau : elle excellait tout particulièrement dans la prononciation de mots dans ce registre, chose très rare.

Minnie, qui faisait partie d’une chorale qui chantait seulement a cappella, se destinait à une carrière de chanteuse d’opéra. Mais l’amour de la soul et du rhythm and blues fut plus fort. Après avoir terminé le lycée, la jeune femme s’inscrivit à l’université, mais elle en quitta les bancs quelque temps plus tard, dans le but de devenir une professionnelle de la musique. Elle avait déjà un peu d’expérience en la matière, puisque dès 1963, elle avait intégré un groupe de filles local, The Gems, qui signa un contrat chez Chess Records. Mais leur succès resta très confidentiel (ici « All Of It » https://www.youtube.com/watch?v=SzFUWXrtOYg). Les filles furent surtout sollicitées pour chanter les chœurs sur des disques de vedettes de l’époque, dont Etta James. En 1968, la formation fut rebaptisée The Starlets, juste le temps de sortir un dernier disque.

Minnie se lança alors dans une carrière solo sous le pseudonyme d’Andrea Davis et connut un succès d’estime avec « Lonely Girl » (https://www.youtube.com/watch?v=C-DqZFJnOts), avant de rejoindre Rotary Connection, un groupe de funk, soul et rock aux accents psychédéliques, créé en 1967 par Marshall Chess, le fils du fondateur de Chess Records, Leonard. Sa spécialité ? Revisiter de façon très originale les hits de l’époque, comme « Respect » d’Aretha Franklin ou « Lady Jane » des Rolling Stones. Mais c’est leur propre création « I Am the Black Gold Of the Sun » (https://www.youtube.com/watch?v=4DR_NMtBEj4), où Minnie Riperton s’illustra dans les chœurs, paru sur leur dernier album, « Hey, Love », sorti en 1971, qui marqua les esprits. Le coauteur de la chanson, Richard Rudolph, tomba amoureux de la jeune femme. Le début d’une belle histoire.

Bien que Minnie ne soit que l’une des voix de ce collectif, le producteur et arrangeur Charles Stepney, qui avait aidé Marshall Chess à identifier les différents membres du groupe — et qui produirait peu après des albums primés pour Earth, Wind & Fire, avant de succomber à une crise cardiaque en 1976 — sut percevoir tout le potentiel et le grand talent de la jeune interprète. Il écrivit, arrangea et produisit son premier album, « Come to my garden », sorti en 1970, avec notamment « Les Fleurs » (https://www.youtube.com/watch?v=g1kDd6yBQZ4), où la chanteuse narre l’histoire d’une fleur s’épanouissant, une métaphore pour évoquer le moment où chacun peut développer totalement son potentiel. Un thème bien illustré par une orchestration riche et sophistiquée, un écrin parfait pour que Minnie époustoufle les auditeurs avec sa voix de sifflet.

Malheureusement, ce premier album solo ne rencontra pas le succès escompté — alors qu’il est désormais considéré comme un chef-d’œuvre par de nombreux critiques et connaisseurs… Minnie, qui avait épousé Richard Rudolph entre-temps, était devenue la mère de Marc, né en 1968, puis de Maya, qui vit le jour quatre ans plus tard en Floride. Après une pause de deux ans, la jeune maman souhaita reprendre sa carrière. Elle déménagea donc en 1973 avec sa famille à Los Angeles, sans trop savoir quelle stratégie adopter. La jeune femme rejoignit cependant vite les rangs de Wonderlove, une formation qui accompagnait Stevie Wonder en tournée notamment. Ce dernier, tombé sous le charme de la voix et du talent de Minnie depuis l’époque de Rotary Connection, produisit (sous le pseudonyme d’« El Toro Negro ») son nouvel album, intitulé « Perfect Angel », qui sortit en 1974. Ce génie musical en signa en outre deux morceaux, « Take a Little Trip », ainsi que la chanson ayant permis de baptiser le 33 tours. Les trois premiers extraits restèrent confidentiels, jusqu’à la sortie en avril 1975 de « Lovin’ You » (https://www.youtube.com/watch?v=kE0pwJ5PMDg), qui propulsa Minnie en tête de ce qu’on appelait alors le hit-parade, non seulement aux États-Unis, mais aussi dans vingt-quatre autres pays. Ce tube, vendu à plus d’un million d’exemplaires, valut à son interprète le surnom de « la femme à la voix aiguë et les fleurs dans les cheveux ».

Derrière cette chanson, où la maîtrise des notes suraiguës de Minnie force l’admiration, se cache une très jolie histoire. La mélodie était en effet à l’origine chantée par la jeune maman à sa petite Maya, qui avait alors 2 ans, en guise de berceuse. Et si on écoute sur l’album la chanson jusqu’au bout, on peut même l’entendre fredonner « Maya, Maya, Maya »… Vers la fin de sa vie, alors qu’elle l’interprétait en concert, Minnie se mit à chanter plutôt « Maya, Maya, Ringo, Maya », Ringo étant le surnom de son fils Marc. Grâce à la consécration de « Lovin’ You », l’album réussit au final à atteindre la quatrième place des charts.

Très rapidement, Minnie sortit son album suivant, « Adventures in Paradise ». Stevie Wonder, très occupé à peaufiner son fameux « Songs in the Key of Life », ne participa pas à l’aventure. Minnie et son mari, accompagnés par Stewart Levine, qui avait collaboré avec The Crusaders, se consacrèrent donc seuls à la production de ce disque aux sonorités plus jazzy et douces, qui met parfaitement en valeur la perfection vocale de la chanteuse. L’une des plus belles preuves en est le morceau « Inside My Love » (https://www.youtube.com/watch?v=UVniMFJYY1o), qui mêle spirituel et charnel, célébrant l’attraction et la communion physique et émotionnelle de deux êtres. Les paroles, à la fois érotiques et métaphysiques, ne plurent pas à toutes les oreilles : certaines stations de radio refusèrent même de le diffuser. Ce morceau magique, nouvelle preuve de la maîtrise sans pareille du souffle et du registre de la voix de sifflet de Minnie, fut samplé bien des années plus tard par des pointures du R’n’B et du rap comme Aaliyah, Tupac ou encore A Tribe Called Quest. En dépit de sa grande qualité, ce troisième opus ne rencontra pas totalement son public.

À l’aube de ses 30 ans, la chanteuse proposa ensuite au public « Stay in Love », son quatrième album. En 1977, la folie du disco battait son plein et Minnie suivit le mouvement lancé par ses contemporains. En dépit du retour de Stevie Wonder aux manettes, notamment sur le morceau teinté de funk « Stick Together » (https://www.youtube.com/watch?v=TAlh7ornZlE), et de l’excellent « Young, willing and able » (https://www.youtube.com/watch?v=fKn6pO-cqA0), ce disque ne connut pas lui non plus un succès à la hauteur des espérances de Minnie. Mais était-ce vraiment si grave ? L’année précédente, la chanteuse avait révélé souffrir d’un cancer du sein et avait même dû subir une mastectomie. Quand la maladie avait été diagnostiquée, les médecins lui avaient annoncé que son système lymphatique était également atteint… Pour ses docteurs, il restait environ six mois à vivre à la jeune maman.

Refusant de se laisser abattre, Minnie décida de parler le plus souvent possible de sa terrible maladie, devenant même porte-parole de l’American Cancer Society, pour qui elle enregistra en 1979 une publicité (https://www.youtube.com/watch?v=p8GSd957Zpw), dans laquelle elle se disait guérie, alors que le mal l’emporterait quelques mois plus tard… Le président américain Jimmy Carter lui remit même le Society Courage Award en reconnaissance de son action et de son engagement.

En dépit de la maladie, la chanteuse continua à se produire en concert et à enregistrer des chansons. Son mal l’empêchait pourtant de mouvoir son bras droit, ce que l’on pouvait bien distinguer lors de ses dernières apparitions télévisuelles. Elle offrit en mai 1979 à son public ce qui allait devenir son ultime album, « Minnie ». Un disque auquel le fidèle Stevie Wonder participa, produisant « Lover and Friend » (https://www.youtube.com/watch?v=jzKhjZsfANI), toujours sous le pseudonyme d’El Toro Negro. Autres grands moments : une reprise très sensuelle de « Light My Fire » (https://www.youtube.com/watch?v=RMttEWdVj7k), avec le Portoricain Jose Feliciano, la participation de Maya en tant que choriste sur « Dancin’ and Actin’ Crazy » (https://www.youtube.com/watch?v=QwuHTKFDe4o), et surtout le très personnel « Memory Lane ». Si le thème de cette chanson est le souvenir d’un amour perdu, le passage de la chanteuse sur le plateau de l’émission de Mike Douglas en juin 1979 (https://www.youtube.com/watch?v=G5Uvy567ZAY), avec la diffusion en fond de photos d’elle avec son mari Richard Rudolph, alors qu’elle entonne « I don’t wanna go », puis « Save me, save me », sonne comme un terrible air d’adieu. Qui brise le cœur.

Sa dernière apparition à la télévision américaine, au Merv Griffin Show, date du 6 juillet. Minnie Riperton succomba à sa maladie six jours après cette ultime émission, à 31 ans, alors qu’elle était dans les bras de son mari et écoutait une chanson que son ami Stevie Wonder avait composée pour elle. Ce dernier, qui l’avait surnommée à juste titre « Perfect Angel », lui rendit un hommage poignant dans l’émission Soul Train (https://www.youtube.com/watch?v=GH702utXWKo&nohtml5=False) peu de temps après sa disparition. L’année suivante, un dernier disque, contenant des morceaux restés jusque-là inédits, comme « Here We Go » (https://www.youtube.com/watch?v=cmD95FUFKvI), ainsi que d’autres réorchestrés, sortit à titre posthume. Sur « Love Lives Forever », Michael Jackson et George Benson enregistrèrent leur voix sur certains morceaux et Stevie Wonder joua de l’harmonica.

La voix exceptionnelle de Minnie Riperton, dont la plus haute note jamais enregistrée était un contre-contre fa (une octave au-dessus de la note la plus haute de la fameuse « Reine de la nuit » – https://www.youtube.com/watch?v=ZZ_eHEYDInY -, dans « La flûte enchantée » de Mozart !), fit beaucoup d’émules, dont la plus connue est Mariah Carey, l’une des rares chanteuses à maîtriser avec presque autant de brio l’art si difficile de la voix de sifflet…

 

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