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Milonga

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Quand le tango était encore une provocation et un art interdit…

Magnifique et quasi mystique quand il est bien interprété, un peu ridicule et empesé quand il manque de maîtrise, le tango compte nombre d’adeptes, notamment en France, qui se réunissent pour s’adonner à leur passion ou assister à une représentation professionnelle. On sait que cette danse nous est venue d’Amérique du Sud, plus précisément d’Argentine et de Buenos Aires. Qu’elle était pratiquée au début entre hommes — 75 % de la population portègne était alors masculine — dans les quartiers mal famés près du port et des abattoirs ou encore dans les faubourgs de cette capitale cosmopolite. Qu’elle se développa dans les bordels et choqua la bonne société. Et qu’elle connut une aura internationale après avoir été adoptée par les Parisiens au début du XXe siècle. Mais saviez-vous qu’elle se nommait au départ… « milonga » ?

Vers 1870, on avait baptisé ainsi une danse, née d’un savant mélange de chorégraphies pratiquées en Argentine par les nombreux immigrés européens — comme la valse, la polka, le scottish ou la mazurka — et de la habanera, d’origine cubaine et espagnole. C’est cette danse populaire qui donna naissance ensuite au tango dans la dernière décennie du XIXe siècle. Selon certains, le mot « milonga » aurait une origine africaine, plus précisément afro-brésilienne. Ce terme serait issu du langage que les esclaves noirs emmenés de force au Brésil avaient créé sur place, soit un mélange de l’idiome parlé par leurs parents et du portugais. « Milonga » signifiait aussi « mot », « verbosité », notamment pour décrire une succession de vers de huit syllabes chacun, énoncés sur les notes de musique d’une chanson accompagnée par une guitare. En outre, il décrivait aussi un rythme issu des figures du candombé, dansé par les seuls Noirs. Puis « milonga » finit par qualifier les réunions pendant lesquelles les gens écoutaient, chantaient et jouaient ces chansons.

Petit à petit, le mot se répandit le long des côtes du Rio de la Plata, en Uruguay, où on parlait plutôt de « mulenga », et donc en Argentine. Aujourd’hui, à Bueno Aires, on danse le « tango milonguero ». Au final, on peut donc penser, en schématisant, que le milonga est la version africaine et antérieure du tango, qui, lui, aurait des connotations plus blanches. Ce mot semble en tout cas avoir fortement inspiré les esprits. Car « milonga » signifie aussi beaucoup d’autres choses. Ainsi, dans le lunfardo, c’est-à-dire la langue du tango et sorte d’argot portègne, ce terme veut dire « histoire tordue ». En Argentine, il s’est décliné de nombreuses façons : « milonguera » pour désigner une danseuse de tango ; « milonguear » pour « danser » ; « Milonguita », au départ une triste chanson de 1920 d’Enrique Delfino (https://www.youtube.com/watch?v=sg8ukfS4JE4) décrivant une jeune fille pervertie par la grande ville et mourant prématurément, puis un nom commun pour qualifier les demoiselles attirées et gâtées par la vie nocturne ; ou encore « milonguero », un homme ayant appris le tango sur le tas et peu fréquentable. Aujourd’hui partout dans le monde, « milonga » signifie enfin le lieu où les danseurs s’adonnent à leur art, entre amateurs éclairés et connaisseurs patentés.

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