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« Lettres de suicide » : un philosophe s’interroge

La poétesse américaine Sylvia Plath, qui écrivit beaucoup sur la mort, se suicida en 1963, à 30 ans, laissant une lettre d’adieu de… quatre mots.

Être ou ne pas être… Pourquoi décide-t-on de renoncer à la vie ? Est-ce l’expression d’un échec ou la manifestation concrète d’une faute morale ? Ou s’agit-il plutôt d’un acte qui peut rester indépendant de toute notion de droit ou de devoir ? Le philosophe anglais Simon Critchley s’est posé la question dans un essai audacieux et percutant, Lettres de suicide, paru chez Max Milo en 2017.

C’est à la faveur d’un atelier d’écriture très spécial que Simon Critchley, dont l’un des sujets de prédilection est la mort, a eu l’idée de cet ouvrage. En 2013, à la New School de New York, une université privée, il a proposé aux participants de rédiger une dernière missive, celle que l’on laisse derrière soi pour tenter d’expliquer son acte (ou pas) aux vivants.

À partir de là, l’auteur — qui a avoué avoir lui-même eu des idées suicidaires, quand « [Sa] vie s’est dissoute […] comme du sucre dans un thé brûlant » — a médité sur cette question. Il faut dire qu’il avait déjà écrit sur un sujet proche par le passé, se penchant sur le passage de vie à trépas des grands penseurs dans Les philosophes meurent aussi, paru en France en 2010.

Dans Lettres de suicide, le penseur donne notamment la parole à de nombreux suicidés, célèbres comme anonymes, en reproduisant et en analysant leurs lettres d’adieu. De Kurt Cobain — qui écrivit dans sa missive : « Il vaut mieux brûler que de s’éteindre » — aux assassins de Columbine, de l’écrivain Édouard Levé au rescapé d’Auschwitz Jean Améry, en passant par des victimes économiques de la crise financière de 2008, ces ultimes écrits permettent de se poser des questions vitales, sur le sens même de la vie.

S’inspirant du philosophe roumain Emil Cioran, qui estimait que « Ne se suicident que les optimistes », Simon Critchley tente dans ce petit livre (128 pages) de démontrer que le suicide n’a pas à s’embarrasser de considérations morales ou religieuses : chacun est libre de choisir de partir. Cependant, il n’oublie pas de faire une critique de l’individualisme outrancier, qui autoriserait toutes les dérives.

 

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