Géraldine Couget "Ma plume au service de vos écrits" > Blog > Bio Flash > Les Nicholas Brothers, rois des claquettes

Les Nicholas Brothers, rois des claquettes

lossy-page1-392px-Hollywood_comedian_Bob_Hope_joins_dancers_Harold_and_Fayard_Nicholas_in_a_dance_step_aboard_the_U.S._aircraft_carrier_Ti_-_NARA_-_541852.tif

L’acteur Bob Hope et les Nicholas Brothers sur le porte-avion américain Ticonderoga en décembre 1965.

Leur credo ? La musicalité et le rythme. Toujours tiré à quatre épingles, ce duo fraternel régna des décennies durant sur le monde de la danse à claquettes, démocratisant une activité extrêmement technique. Considérés comme les meilleurs claquettistes de leur temps, les Nicholas Brothers démarrèrent leur carrière presqu’au berceau, devenant des habitués du fameux Cotton Club, à New York, et des chantres de la Renaissance de Harlem, un mouvement culturel de renouveau de la culture afro-américaine. Inventeurs du « flash dancing » (https://www.youtube.com/watch?v=I9kiqd38kvQ&noredirect=1, ici dans « Down Argentine Way », 1940), une variante des claquettes accompagnée d’acrobaties, ils imposèrent, avec leur style inimitable, un mélange à la fois détonnant et élégant qui séduisit Broadway, Hollywood, puis le monde entier. Pour les générations de danseurs suivants, admiratifs de leurs exploits immortalisés par la caméra, Fayard et Harold furent uniques en leur genre, des sortes de « freaks of nature », inégalés et inimitables.

Les frères Nicholas naquirent au sein d’une famille de musiciens noirs américains du Sud des États-Unis. Le père, Ulysses, jouait de la batterie avec un réel sens du spectacle, tandis que la mère, Viola, était pianiste. Tous deux évoluaient au sein d’un groupe qui accompagnait des films muets ou se produisait dans des spectacles de music-hall réservés aux Noirs. Leur fils aîné, Fayard Antonio, vit le jour le 20 octobre 1914 à Mobile, dans l’Alabama. Il fut suivi un an après d’une sœur, Dorothy. Dès ses trois ans, Fayard commença à assister aux représentations de ses parents. Son enfance fut ainsi bercée par la musique et le rythme, lui permettant d’apprendre à chanter, à jouer la comédie et à danser sans jamais avoir suivi une seule leçon. Il était sans nul doute né pour amuser et émerveiller les autres ! Ce qu’il faisait d’ailleurs avec plaisir et naturel, imitant les artistes qu’il voyait sur scène pour le plus grand bonheur des enfants de son quartier.

Le 27 mars 1921, la famille Nicholas, qui résidait désormais en Caroline du Nord, à Winston-Salem, s’agrandit, accueillant un second garçon. Il fut prénommé Harold Lloyd, en hommage à la star du muet dont Fayard était un grand fan. Dès qu’il sut marcher, le benjamin de la fratrie montra lui aussi de fortes dispositions pour les arts du spectacle. Harold idolâtrait son grand frère, qui lui apprit tout ce qu’il savait. Fayard, Dorothy et bientôt Harold formèrent un trio de jeunes danseurs, The Nicholas Kids, mais rapidement, le seul élément féminin abandonna la partie, par manque de motivation. Le duo des Nicholas Brothers était né !

En 1926, la famille déménagea à Philadelphie. Viola et Ulysses travaillaient au Standard Theater, la plus réputée des salles de spectacle locales pour le public afro-américain. Vers 1929, leurs fils se produisirent pour la première fois au Standard, où ils firent un triomphe. Sans doute conquis par la promesse de gagner de belles sommes d’argent, les propriétaires de salles de la ville et de la région engagèrent les Nicholas Brothers. Rapidement, la rumeur de leur talent incroyable enfla tant et si bien qu’ils commencèrent à se produire à la radio, puis dans des spectacles de music-hall. Dès 1932, alors qu’ils n’avaient que dix-huit et onze ans, ils firent leur première apparition sur le grand écran dans un court-métrage, « Pie, Pie, Blackbird ».

La même année, celle de leur consécration, les frères Nicholas pénétrèrent dans le saint des saints, le Cotton Club, où la haute société blanche venait écouter et admirer les meilleurs artistes noirs. Pendant deux ans, les frères phénomènes dansèrent et chantèrent sur la scène de cette salle de concert et club de jazz mythique du Harlem des années 1930, au rythme des airs interprétés par Cab Calloway ou encore Duke Ellington et leurs formations.

Le producteur de la MGM Samuel Goldwyn, en visite à New York, fut impressionné par leur talent. Bien que les Noirs soient persona non grata dans l’industrie du cinéma, en tout cas face caméra, le mogul, n’écoutant sans doute que le bruissement des dollars qu’il rêvait de gagner en invitant Fayard et Harold à Hollywood, les fit jouer dans « Kid Millions » (1934, de Roy Del Ruth). Ce premier essai fut suivi de « The Big Broadcast » (1936), puis de « Black Network ». Les Nicholas Brothers furent ainsi parmi les premiers Noirs Américains à tourner dans des films.

De retour dans la Grosse Pomme, ils se produisent pour la première fois sur Broadway dans les Ziegfeld Follies de 1936, un spectacle grandiose dirigé par Vincente Minnelli et chorégraphié par le grand George Balanchine, aux côtés de Josephine Baker et de Bob Hope. L’année suivante, ils récidivèrent dans la comédie musicale « Babes in arms », mise en scène par le chorégraphe russe. Très impressionné, George Balanchine pensait qu’ils avaient suivi une formation de danse classique… Il les prit donc sous son aile et les aida à se perfectionner encore plus, imaginant pour eux « Egyptian Ballet ».

En 1940, tout le monde aux États-Unis connaissait les Nicholas Brothers. Installés pour de bon à Hollywood, ces derniers reprirent leur carrière au cinéma, jouant notamment dans « Stormy Weather » (1943), avec Cab Calloway et Lena Horne. Ce fut malheureusement leur seul film notable en termes de scénario et surtout de jeu d’acteur. Les producteurs, les cinéastes et les scénaristes n’essayaient même pas de leur donner des rôles dramatiques ou comiques, les exploitant pour leur seule qualité de danseurs. Faisant fi des scénarios en général assez faibles et sans grand intérêt, le public ne s’y trompa pas et vint au cinéma justement pour cela : s’extasier devant leur performance artistique si spectaculaire. Leur numéro « I’ve Got a Gal in Kalamazoo » (https://www.youtube.com/watch?v=t521jxF8tyc) dans « Orchestra Wives » (1942) resta ainsi longtemps dans les mémoires. Et pour cause !

On peut imaginer que sans la ségrégation, à l’époque encore très prégnante dans la société américaine, Hollywood aurait pu faire des Nicholas Brothers les Fred Astaire et Gene Kelly noirs du cinéma. En 1948, ce dernier fit des pieds et des mains avec les producteurs pour que Fayard et Harold puissent tourner dans son film « Le Pirate », de Vincente Minnelli. Au final, seul un numéro fut intégré au film, mais supprimé des copies diffusées dans le sud des États-Unis. Leur carrière cinématographique s’arrêta finalement là. Cette année-là, ils se produisirent devant le roi d’Angleterre, George VI, au London Palladium, excusez du peu. Au cours de leur longue carrière, ils dansèrent devant neuf présidents des États-Unis !

À partir des années 1950, le duo fut moins sollicité sur son sol natal. Les deux frères prirent alors le chemin de l’exil, dansant même séparément : Harold en Europe et Fayard en Amérique du Sud et du Nord. C’est finalement à la télévision que les deux frères se retrouvèrent, en 1964. Les claquettes et le music-hall redevinrent en effet à la mode. Les Nicholas Brothers saisirent la balle au bond, retrouvant Broadway et même le cinéma, avec cette fois des rôles plus dramatiques. L’année suivante, ils s’envolèrent pour le Vietnam, afin d’apporter un peu d’enchantement passager aux soldats de l’Oncle Sam.

Actif pendant une soixantaine d’années, le duo enseigna les claquettes à Harvard et à Radcliffe College (une université d’arts libéraux féminine absorbée en 1999 par Harvard). Il eut aussi notamment pour élèves Michael Jackson, sa sœur Janet et Debbie Allen, ainsi que de très grands noms des claquettes d’aujourd’hui, comme Gregory Hines ou encore Savion Glover. En 1989, Fayard reçut un Tony (récompense théâtrale annuelle américaine) pour sa chorégraphie dans la comédie musicale « Black and Blue ». Et en 1994, le duo inaugura son étoile sur le Hollywood Walk of Fame.

Le glas sonna pourtant pour les Nicholas Brothers avec le décès de Harold, le 3 juillet 2000 à New York d’un infarctus, suite à une opération bénigne. Fayard le suivit dans la tombe le 24 janvier 2006, d’une pneumonie contractée après une attaque, à Los Angeles. Pour le légendaire Mikhaïl Baryshnikov, ces frères formèrent le duo de danseurs le plus extraordinaire qu’il ait jamais vus de sa vie. Quant à Gregory Hines, il estime que si Hollywood décidait aujourd’hui de leur consacrer un biopic, il faudrait recréer leurs pas à l’aide du numérique, car ils restent inimitables… Dommage qu’ils soient si peu connus de ce côté-ci de l’Atlantique. Ce documentaire de 1992, « We sing, we dance » (https://www.youtube.com/watch?v=jTmJowrBwOY), ou leur site officiel (http://www.cmgww.com/stars/nicholasbrothers/) vous permettra d’en savoir plus.

Aucun commentaire actuellement.

Laisser un commentaire

Formulaire de commentaire

Les champs marqués (*) sont requis.

© 2018 Géraldine Couget "Ma plume au service de vos écrits". Propulsé par WordPress and WP Engine. Editor par AWESEM.

Retour en haut.

UA-36557370-1