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Jean Harlow, la première blonde platine

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Jean Harlow dans le chef-d’oeuvre de George Cukor, « Dinner at eight » (1933).

Une blondeur quasi irréelle. Un physique renversant. Une bouche en forme de cœur. Un sens de la comédie quasi inné. Superstar à vingt ans, Jean Harlow, le premier sex-symbol de l’histoire du cinéma parlant, est morte seulement six ans après. Un destin hors du commun pour une personnalité « larger than life », comme diraient les anglophones.

Harlean Harlow Carpenter vit le jour le 3 mars 1911 à Kansas City, dans le Missouri, au sein d’un foyer où régnait la mésentente. Son père, Mont Clair Carpenter, était un dentiste qui vécut quasi centenaire. Quant à sa mère, Jean Poe née Harlow, c’était l’héritière en devenir d’un riche courtier en immobilier, Skip Harlow. Une femme intelligente et très volontaire. Leur mariage, célébré en 1908, fut arrangé. Jean, très malheureuse en ménage, reporta toute son attention et son amour sur leur enfant unique. Surnommée « baby », Harlean n’apprit son vrai prénom qu’une fois scolarisée ! En mère poule de statut quasi olympique, Jean surprotégea sa fille, compensant dans sa progéniture le désintérêt profond que lui inspirait son mari.

Au bout de plusieurs années de calvaire, Jean réussit à obtenir le divorce en 1922, remportant en outre la garde de Harlean, qui ne revit quasi plus son père, auquel elle était pourtant attachée. Avide d’une nouvelle vie, cette femme libérée emmena sa fille en Californie : direction Hollywood, où, en dépit de ses trente-trois ans (autant dire une antiquité à l’époque !), Jean espérait toucher le gros lot en devenant une actrice connue. Rapidement, elle déchanta. Tous ses efforts pour rejoindre les étoiles du cinéma se soldèrent simplement par des manquements sévères dans l’éducation de Harlean. Quand Skip Harlow constata les mauvaises manières de sa petite-fille, il menaça Jean de la déshériter si elle ne regagnait pas rapidement la région des grands lacs. La fille prodigue s’exécuta. Cet été-là, Harlean partit en colonie de vacances, où elle attrapa la scarlatine, une maladie qui rendit sans doute ses reins fragiles.

À la rentrée, la jeune fille fut scolarisée à Lake Forest, dans l’Illinois. Jean voulait en effet se rapprocher de Chicago, où vivait son amant, Marino Bello, un obscur Sicilien lié à la mafia. À l’automne 1926, une camarade de lycée de Harlean lui fit rencontrer Charles « Chuck » McGrew. À dix-neuf ans, il ne lui restait plus que deux ans à attendre avant de toucher le jackpot : ses parents millionnaires étaient en effet morts noyés trois ans auparavant. En janvier 1927, Jean épousa son cher Marino. Deux mois plus tard, à seize ans révolus, Harlean s’enfuit avec son amoureux pour convoler elle aussi en justes noces. Le couple s’installa en 1928 à Los Angeles. Le jeune marié espérait sans doute qu’en imposant une telle distance, sa jeune femme échapperait à l’emprise insistante de sa mère et de son mafieux de mari. Deux mois après le mariage, Chuck hérita enfin d’une part substantielle de ses deniers. Avec Harlean, ils s’engagèrent dans une existence oisive, où la consommation d’alcool prenait une part importante de leurs journées.

Un beau jour, l’une des amies de Harlean, Rosalie Roy, jeune actrice en devenir, lui demanda de la déposer aux studios de la Fox, où elle avait rendez-vous, et d’attendre son retour. Il fallut peu de temps pour que la belle blonde soit alpaguée : « Vous devriez faire un bout d’essai ! » Harlean fit la fine bouche. Le cinéma ne l’intéressait pas. Sans doute par politesse, elle accepta quand même des lettres de recommandation qu’on lui remit pour passer une audition. Folle de joie, sa mère l’encouragea vivement à tenter sa chance, tandis que ses amis parièrent qu’elle n’aurait pas le courage de le faire. Influencée, Harlean finit par changer d’avis. À son arrivée au studio, elle s’inscrivit sous le nom de jeune fille de sa mère, Jean Harlow. Celle qui serait désormais surnommée « Mama Jean » allait enfin vivre son rêve de devenir une star, même si c’était par procuration…

Le bout d’essai de Harlean remporta tous les suffrages. Assaillie de propositions, elle les déclina pourtant toutes ! Mama Jean, qui vivait désormais elle aussi à Los Angeles avec Marino Bello, ne l’entendit pas de cette oreille : son précieux bébé devait saisir cette chance de connaître la célébrité. De bonne grâce, Harlean accepta de tourner dans « Honor Bound », mais sa figuration ne fut pas créditée. Elle joua ensuite d’autres tout petits rôles avant de signer un contrat de cinq ans à 100 dollars hebdomadaires avec les studios Hal Roach. En 1929, elle atteignit le haut de l’affiche pour la première fois dans un court-métrage de Laurel et Hardy, « Double Whoopee » (http://www.youtube.com/watch?v=w32KvNPWiiI, elle apparaît à partir de 4’43). Quand son grand-père Skip vit la tenue de sa petite-fille à l’écran, il frôla l’infarctus ! Le trio remportant tous les suffrages, Harlean les retrouva pour deux autres films la même année. En mars, changement de cap. La jeune femme se résolut à rompre son contrat : sa vie d’actrice nuisait fortement à son mariage. Trois mois plus tard, sous l’influence de sa mère (?), elle choisit finalement de divorcer de Chuck et réintégra le toit maternel…

Encouragée par Mama Jean à continuer sur sa lancée, Harlean décrocha de nouveaux rôles dans quelques films muets avant de faire sensation dans son premier rôle parlant en 1929, dans « The Saturday Night Kid », avec Clara Bow, de six ans son aînée. Surnommée la « it girl », cette dernière, dont le fort accent brooklynien la desservait depuis l’avènement du parlant, fut fort marrie de voir la jeune Harlean piétiner ses plates-bandes. Lucide, elle se rendit vite compte que sa jeune partenaire l’éclipsait complètement et qu’elle serait bientôt remplacée… Elle ne croyait pas si bien dire.

La vraie chance de Harlean se produisit quand l’un des acteurs de « Hell’s Angels », la grande épopée du milliardaire Howard Hughes sur les aviateurs de la Grande Guerre, la remarqua et pensa immédiatement à elle pour remplacer Greta Nissen. Cette Norvégienne avait le premier rôle féminin, mais un accent à couper au couteau. Le magnat fit signer à Harlean un contrat de cinq ans. Énorme succès au box-office, ce film spectaculaire ne convainquit cependant pas les critiques quant aux aptitudes d’actrice de la nouvelle star Jean Harlow. En dépit de ce manque d’enthousiasme, les rôles de jeune pépée bien vulgaire au grand cœur allaient se multiplier, apportant à la jeune femme une popularité sans pareille. « The Public Enemy » (http://www.youtube.com/watch?v=r2hDKOhS7KM, 1931), où elle interprétait la maîtresse du malfrat incarné à merveille par James Cagney, n’y fut pas étranger.

Howard Hughes confia ensuite Jean à Frank Capra pour un long-métrage intitulé à l’origine « Gallagher ». Génie du marketing avant l’heure, le milliardaire exigea que le film soit débaptisé pour le renommer « Platinum Blonde » (http://www.tcm.com/mediaroom/video/243432/Platinum-Blonde-Movie-Clip-Social-Parasites.html), en hommage à la chevelure irréelle de sa jeune protégée. Pourtant, Jean n’était a priori pas la vedette du film, mais la brune Loretta Young… Jean Harlow devint ainsi la première blonde platine de l’Histoire. Prise d’une frénésie de blondeur, des milliers de jeunes femmes commencèrent à se teindre les cheveux comme Harlow. Hughes organisa même dans tout le pays des clubs « Platinum Blonde » où le coiffeur pouvait toucher 10 000 dollars s’il réussissait à reproduire la teinte en question. Vraie blonde aux magnifiques yeux bleu-gris, Jean Harlow devait soumettre sa chevelure à un processus douloureux pour obtenir cette teinte qui faisait fantasmer les hommes comme les femmes. Chaque dimanche, la jeune star se rendait chez son coiffeur pour imprégner ses cheveux d’une mixture composée d’eau de javel, de savon et d’ammoniaque. Un cocktail léthal pour sa chevelure. Au bout de quelques années de ce traitement de cheval, Jean commença à perdre ses cheveux, devant souvent s’affubler d’une perruque.

Le producteur Paul Bern la prit bientôt sous son aile et organisa une tournée promotionnelle triomphale de plusieurs mois entre la fin 1931 et début 1932 sur la côte Est. Tombé amoureux de sa protégée, ce Juif allemand essaya d’amadouer Louis B. Mayer pour qu’il rachète le contrat de Jean à Howard Hughes. Mais ce dernier désapprouvait l’image de femme un peu légère de la jeune star et refusa. Décidé à arriver à ses fins, Paul Bern s’adressa alors à Irving Thalberg, le jeune directeur de la production de la MGM, qui finit par lui céder. Le 20 avril 1932, Jean rejoignit l’écurie du lion qui rugit. Pour l’anecdote, c’est la blonde platine qui aurait dû décrocher le rôle de la proie de King Kong, tourné pour la RKO en 1933, mais comme son contrat venait d’être racheté par la MGM, qui voulait garder l’exclusivité, la brune Fay Wray la remplaça au pied levé, se coiffant d’une perruque blonde pour les besoins du rôle.

Paul Bern avait vu juste : à la MGM, Jean collectionna les rôles qui mettaient en valeur son sens inné de la comédie et son sex-appeal : « Red dust » (http://www.youtube.com/watch?v=zSTFagCpsAM) ou « Red-headed woman » — pour lequel elle porta une perruque rousse — (http://www.youtube.com/watch?v=ATDif96J5Ms) furent réalisés en 1932, avant que le Code Hays ne mette en place une censure très sévère. Jean fut la partenaire des plus grands acteurs de l’époque, dont Clark Gable six fois, mais aussi Spencer Tracy ou encore William Powell.

Sa carrière devint synonyme de triomphe. Sans compter le scandale et le mystère, qui ajoutèrent encore à sa popularité. En septembre 1932, en plein tournage de « Red dust », Paul Bern, que Jean avait épousé deux mois auparavant, mourut mystérieusement par balles dans leur maison. Suicide ? Meurtre ? Nul ne le sait. Totalement dévastée par la disparition de cet homme de plus de vingt ans son aîné, Jean se jeta corps et âme dans le travail. Elle retrouva rapidement un nouvel amant, le boxeur, Max Baer, séparé de sa femme et sur le point de divorcer. Mais cette dernière menaça de tout révéler. À l’époque, les accusations d’adultère pouvaient briser une carrière. Pour éviter un nouveau scandale, le studio demanda à Harlow d’épouser Harold Rosson, l’un de ses amis et directeur de la photographie. Ils s’exécutèrent pour divorcer discrètement huit mois plus tard.

Devenue la plus grande star de cinéma des années 1930, Jean enchaîna les nouveaux succès, devenus depuis des classiques, comme « Dinner at eight » (http://www.youtube.com/watch?v=xDrAK7oXSaw), de George Cukor, « Bombshell » (http://www.youtube.com/watch?v=4HofbWt1NS8) — dont le scénario rappelle furieusement la vraie vie de la jeune première —, « The Girl from Missouri », ou encore « China Seas », où elle retrouva Clark Gable. En dépit de la grande Dépression, les foules se ruaient dans les salles obscures pour voir leur star favorite dans de magnifiques costumes, incarner des héroïnes de moins en moins vulgaires, mais toujours au grand cœur. Tels des vautours, Mama Jean et Marino Bello agissaient quant à eux dans l’ombre, profitant allègrement et souvent exagérément des dollars gagnés par la star.

Fin 1936, Jean acheva ce qui allait se révéler être son dernier film entier, « Personal Property », une comédie avec Robert Taylor. En mars 1937, elle devait enchaîner avec « Saratoga », qui allait la voir retrouver pour la sixième et ultime fois Clark Gable. Alors qu’elle se remettait d’une grippe, Jean fut contrainte de renoncer au tournage, dont le démarrage fut retardé, en raison d’une septicémie due à une extraction dentaire. La jeune femme de vingt-six ans se sentait de plus en plus fatiguée. Elle fut hospitalisée. Le tournage démarra finalement fin avril. La star apparut à l’écran métamorphosée : son corps semblait lourd, son visage était gonflé et son teint des plus gris. Un mois plus tard, le mal se fit plus prégnant. De plus en plus épuisée, Jean était prise de nausée, faisait de la rétention d’eau, et souffrait terriblement du ventre. Son médecin diagnostiqua une inflammation de la vésicule biliaire et une nouvelle grippe.

Le 29 mai, lors d’une scène où son personnage avait de la fièvre, la réalité dépassa la fiction. Jean Harlow s’évanouit sur le plateau. Totalement épuisée, elle demanda que William Powell, son amant depuis trois ans, la raccompagne chez elle. L’acteur prévint Mama Jean, qui rentra rapidement de voyage. Jean resta alitée toute la semaine, deux infirmières lui prodiguant des soins. Se sentant légèrement mieux le 3 juin, elle confia espérer reprendre le chemin du studio le lundi 7 juin. Le dimanche, Jean souffla à William Powell par téléphone qu’elle ne se sentait toujours pas assez en forme pour le voir. Ce dernier, très inquiet, rappela le médecin, qui trouva sa jeune patiente endormie. Se rendant enfin compte qu’elle était sans doute atteinte d’un mal bien plus grave que son précédent diagnostic le laissait entendre, il appela une ambulance. Jean entra à l’hôpital le soir même. Il était déjà trop tard… Jean Harlow rendit son dernier soupir le lendemain dans la matinée, décédant d’un œdème cérébral dû à une insuffisance rénale. L’enterrement, le 9 juin, attira de nombreux acteurs, qui rendirent hommage à la beauté et à la jeunesse de leur collègue si tôt trépassée.

Pendant longtemps, la rumeur voulut que ce fut Mama Jean qui aurait précipité la mort de sa fille. Adepte de la science chrétienne, elle refusait en effet la prise de médicaments, comme le recommandait la fondatrice de cet obscur courant religieux, Mary Baker Eddy. Même si la mère de la star avait effectivement empêché le médecin de la MGM d’entrer chez sa fille, rien ne prouve qu’elle ait refusé le traitement. En revanche, on sait aujourd’hui qu’il aurait été difficile de guérir Jean Harlow à l’époque. Cela faisait des mois que ses reins ne fonctionnaient plus et les toxines s’étaient répandues dans son corps, causant tous les symptômes constatés. Il est également possible que la scarlatine qu’elle avait contractée adolescente lui ait donné de l’hypertension et rendu ses reins fragiles.

« Saratoga » n’étant pas achevé, le studio trouva rapidement une remplaçante, mais les fans refusèrent que ce crime de lèse-majesté soit commis. Les scènes non encore tournées où Jean devait apparaître furent réécrites et pas moins de trois doublures tentèrent de faire illusion. Le film sortit le 23 juillet 1937.

En mourant aussi jeune, Jean Harlow entra dans l’Histoire du cinéma enveloppée d’une aura immaculée. Elle laissait la place aux futurs et nombreux sex-symbols et blondes platine de l’histoire du cinéma : Lana Turner, Betty Grable, Rita Hayworth (dans « La dame de Shanghai » d’Orson Welles), Jayne Mansfield, et surtout son héritière la plus légitime : Marilyn Monroe. Dans les années 1990, Madonna rendit hommage à Jean dans « Vogue » (http://www.youtube.com/watch?v=GuJQSAiODqI, à 3’52). Sans oublier un chanteur folk afro-américain contemporain de Jean, Leadbelly, qui composait des chansons reflétant l’actualité du moment : au lendemain de la mort de l’actrice, il écrivit « Jean Harlow died the other day » (http://www.youtube.com/watch?v=OufFJiFgYrI).

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