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Henri Désiré Landru, le Barbe Bleue de Gambais

HenriLandru

Sans doute la plus célèbre photo du Barbe Bleue de Gambais…

Il était 6 h 10 et le temps était clair, ce 25 février 1922 à Versailles. Cette remarque météorologique fut consignée par le bourreau de la prison où croupissait Landru, l’un des premiers tueurs en série connus de l’histoire en France, au matin de l’exécution par guillotine de ce dernier pour onze assassinats. Encore aujourd’hui, le nom de celui qui démarra sa vie de criminel par l’escroquerie fascine. D’autant qu’aucune preuve formelle de sa culpabilité ne fut jamais apportée au dossier, pourtant débordant d’éléments accablants. Jusqu’au bout, Landru nia sa responsabilité dans la disparition de onze personnes, dont dix femmes. Qui était cet homme au physique peu avantageux mais doté d’un pouvoir de séduction indéniable ?

Henri Désiré Landru vint au monde le 12 avril 1869 dans le 19e arrondissement de Paris, dans le quartier de Belleville, au sein d’une famille modeste, mais aimante. Déjà parents d’une fille, Florentine Marguerite, née en 1854, son père, chauffeur dans une fonderie, et sa mère, couturière et blanchisseuse, accueillirent avec une joie immense la naissance de ce fils tant attendu. Le choix de son second prénom en atteste parfaitement. Très gâté par sa famille, Henri Désiré grandit entre l’île de la Cité et l’île Saint-Louis, où il fut enfant de chœur au sein de l’église Saint-Louis en l’Île. Quand il devint sous-diacre, ses parents songèrent un temps l’envoyer au séminaire… Bon élève, il envisagea d’embrasser la profession d’architecte.

L’adoration parentale pourrit-elle les enfants ? En fait-elle des adultes qui ne supporteraient pas la moindre frustration et rechigneraient à faire des efforts pour obtenir ce qu’ils souhaitent ? Je ne sais si cela s’applique à notre homme, mais toujours est-il que la vie d’adulte d’Henri Désiré Landru montre une propension certaine au mensonge et à la dissimulation, histoire d’arriver à ses fins, quel que soit le moyen. Y compris le plus vil. Ainsi, ne pouvant suivre des études d’architecture, Henri Désiré devint en 1889 commis d’architecte. Mais il prétendit être technicien à sa voisine Marie-Catherine Rémy, qu’il séduisit. Enceinte de ses œuvres, elle donna naissance à une fille en 1891, mais dut attendre deux ans pour que son amoureux l’épouse, à l’issue de trois ans de service militaire. Landru reconnut alors leur premier enfant. Le couple en conçut trois autres, nés en 1894, 1896 et 1900.

Instable professionnellement, le père de famille multiplia les emplois. Tour à tour comptable, employé de commerce, cartographe ou encore entrepreneur de travaux, il ne ramenait pas assez d’argent au foyer pour que le couple s’en sorte financièrement, la naissance des enfants n’arrangeant rien. N’hésitant pas à mentir à sa famille sur les affres de sa vie professionnelle, ses difficultés pécuniaires motivèrent Landru pour commettre sa première escroquerie. Il prétendit avoir créé une usine de bicyclettes à pétrole, dont il avait tout de même dessiné le prototype. Rendons à César ce qui est à César ! Mais il n’entreprit jamais de les fabriquer… Pour gagner des sous sur ses petites reines imaginaires, il demanda dans sa publicité envoyée dans toute la France qu’un tiers du prix soit versé en guise d’acompte pour toute commande. Après avoir encaissé l’argent, Landru disparut avec le magot. Sous des noms d’emprunt, il renouvela l’expérience d’escroquerie régulièrement. Souvent piégé la main dans le sac, il fut condamné à payer des amendes et même à purger très souvent de la prison, passant au final plus de temps derrière les barreaux qu’auprès de sa famille.

En 1909, il fut de nouveau condamné pour escroquerie, pour un méfait qui n’est pas sans rappeler ce qui le rendit célèbre par la suite : après avoir publié dans un journal une annonce matrimoniale, il célébra ses fiançailles avec une femme, puis s’évapora dans la nature non sans avoir pris soin de la voir lui remettre tous ses titres. Dès sa sortie de prison, il récidiva : il acquit un garage qu’il revendit fissa, sans avoir réglé le propriétaire. Cette nouvelle tromperie lui valut en 1914 une énième condamnation à quatre ans de prison, mais par défaut, Landru n’étant pas présent à l’audience. Comme la justice ne plaisantait pas à l’époque, elle assortit cette peine d’un bonus de poids : un aller simple à vie pour le bagne en Guyane.

Peu de prisonniers survivaient aux difficiles conditions de vie infligées aux bagnards. Acculé par cette menace, Henri Désiré n’avait plus rien à perdre. Il était temps pour lui de passer à la vitesse supérieure pour s’assurer des revenus. Le chaos inhérent au déclenchement de la Première Guerre mondiale lui permit en outre d’être rapidement oublié par les autorités. Son nouveau scénario était simple : endossant le rôle d’un veuf riche et esseulé, il entreprit de séduire des femmes seules, ayant des économies et pas trop entourées, en publiant une annonce matrimoniale. Alors que le conflit mondial avait déjà enregistré un grand nombre de morts, Landru se trouvait dans une situation idéale pour ferrer le poisson : combien de veuves éplorées laissées sans revenus ? Sans compter les ouvrières, midinettes et autres grisettes, et même les prostituées en mal de respectabilité. En ligne de mire pour ces malheureuses ? Le mariage bien sûr ! Pour les convaincre de sa sincérité, Landru leur faisait la cour dans les règles de l’art. Il possédait, semble-t-il, des attributs physiques qui compensaient sa laideur et contentaient ces dames en mal de volupté. Puis une fois leur confiance obtenue, notre séducteur les persuadait de lui donner une procuration pour récupérer leurs biens. Il fêtait parfois même leurs fiançailles, avant de leur porter le coup final. Il les emmenait à la campagne, dans une villa louée d’abord à Chantilly, puis à Vernouillet et enfin à Gambais (Seine-et-Oise, aujourd’hui Yvelines) : aucune d’elles n’en revint jamais.

Qu’advint-il de ces dix femmes et du fils de l’une d’entre elles, portés disparus par leurs proches ? Pas facile de débusquer un escroc qui utilisa jusqu’à quatre-vingt-dix pseudonymes… Le contexte de guerre aidant, il fut facile à Landru de passer entre les mailles de la police : alors qu’il était recherché en tant qu’escroc en fuite et condamné au bagne, il trouvait même le moyen de rentrer de temps en temps au domicile conjugal, où il affirmait être devenu brocanteur. L’examen des carnets et des documents retrouvés à son domicile par la police après son arrestation montrèrent que Landru avait acheté des centaines de scies et beaucoup de charbon. Pour quoi faire ? Et les voisins de la villa de Gambais notamment, se plaignirent souvent d’odeurs nauséabondes provenant de la cheminée de la maison, pourtant bien isolée, alors que le temps clément ne pouvait pas expliquer le besoin de faire brûler du bois pour se chauffer. N’est-ce pas bizarre ?

Fin 1918, le maire de Gambais reçut une lettre d’une amie d’une certaine Anne Collomb, fiancée à un dénommé M. Dupont. Dans sa missive, cette femme demandait des nouvelles d’Anne, dont elle n’avait plus reçu signe de vie depuis qu’elle s’était apparemment établie dans cette ville. L’édile lui répondit qu’il ne connaissait pas cette personne. Quelque temps plus tard, il reçut un autre courrier, cette fois de la part de la sœur d’une certaine Célestine Buisson, demandant elle aussi des nouvelles de cette dernière, installée à Gambais avec un dénommé M. Frémyet. Quelle étrange coïncidence… Interloqué, le maire proposa aux deux personnes de se rencontrer. À l’issue de ces échanges, tout le monde comprit que Dupont et Frémyet étaient une seule et même personne. Les deux disparues avaient répondu à une annonce parue le 1er mai 1915.

Les premiers pas de l’enquête, confiée à l’inspecteur Jules Belin, membre des fameuses Brigades du Tigre, piétinèrent. On n’arrivait pas à retrouver la trace du mystérieux séducteur qui avait pris soin de brouiller soigneusement les pistes. Jusqu’à ce qu’une voisine de la sœur de Célestine Buisson reconnaisse l’homme tant recherché, sortant au bras d’une dame d’un magasin de la rue de Rivoli. En interrogeant le personnel, la police parvint à remonter la trace d’un certain Lucien Guillet, qui fut cueilli au petit matin du 12 avril 1919. La police mit la main sur un permis de conduire au nom d’Henri Désiré Landru, ainsi qu’un carnet. Ce document contenait onze noms, dont ceux d’Anne Collomb et Célestine Buisson… Nous étions le jour des cinquante ans de Landru, arrêté pour escroquerie et abus de confiance en guise de cadeau d’anniversaire.

L’enquête révéla qu’Henri Désiré avait été en contact avec près de trois cents femmes ! Le contenu de son funeste carnet persuada la police de l’inculper pour meurtres en mai 1919. Les perquisitions à son domicile, puis dans les villas de Vernouillet et de Gambais, permirent de rassembler de bien curieux éléments : des débris d’os et de dents dans les cendres d’une cuisinière, des agrafes, des épingles, entre autres. La comptabilité de l’escroc apporta elle aussi son lot de révélations : outre les petits cadeaux, les centaines de scies à métaux ou à bûche, ainsi que le charbon, Landru consignait aussi ses achats de billets de train pour Gambais ou Vernouillet : deux allers, mais un seul retour… En tout, la police recueillit des milliers d’éléments, mais aucune preuve à charge. Landru, lui, resta de marbre et ne révéla rien de ses secrets.

Le procès tant attendu par le tout-Paris démarra enfin le 7 novembre 1921 devant la cour d’assises de Versailles. La foule se pressait pour découvrir ce curieux bonhomme et le voir faire des bons mots et provoquer les juges sur un ton fantasque et théâtral. Colette, alors chroniqueur judiciaire, fut de la partie, tout comme Mistinguett ou encore Raimu. Même confronté à la cuisinière censée avoir servi de tombeau à ses victimes, Landru n’avoua jamais avoir commis de tels méfaits. Cependant, en dépit de son sens de la répartie et de son assurance, de ses bons mots et de son cynisme, sans compter le talent de son avocat, Landru fut condamné à mort le 30 novembre 1921 sur la base de témoignages sans appel et d’un faisceau de présomptions qui convainquirent le jury : cet homme ne pouvait être que coupable.

La tête d’Henri Désiré Landru roula sur l’échafaud au petit matin du 25 février 1922, sa demande en grâce ayant été rejetée par le président de la République, Alexandre Millerand. Pour vivre en paix, sa famille dut modifier son patronyme… Que resta-t-il de ce Barbe Bleue des temps modernes ? Sa maîtresse Fernande Segret, avec qui il vivait maritalement au moment des faits, resta fidèle à son souvenir jusqu’à sa mort par suicide, le 24 février 1972, cinquante ans jour pour jour après son amant, dont on retrouvera la photo dans sa chambre.

La villa de Gambais fut vendue à un restaurateur, qui ouvrit un établissement baptisé Au Grillon du Foyer et réaménagea une partie de la bâtisse en musée. Le restaurant ferma ses portes en 1940, puis fut vendu à des particuliers.

Inspirateur d’œuvres musicales en tout genre (dont Charles Trenet ou Serge Gainsbourg), Landru a aussi passionné certains écrivains, dessinateurs de bande dessinée, et même l’animateur Laurent Ruquier, qui a écrit une pièce à son sujet, montée à Paris en 2005, avec Régis Laspalès dans le rôle-titre. L’animateur aurait même acquis la fameuse cuisinière de Gambais… Au cinéma, citons l’œuvre éponyme de Claude Chabrol, en 1963, où le criminel prit les traits de Charles Denner (http://www.youtube.com/watch?v=yMgXh51mlzk). Quinze ans avant, Charlie Chaplin l’avait incarné sous le nom de Monsieur Verdoux (http://www.youtube.com/watch?v=f9Jys0aOZ08). Mais le tout premier long-métrage consacré au Barbe-Bleue de Gambais date de 1922, année de sa condamnation à l’échafaud : un film muet autrichien de Hans Otto Landru intitulé « Der Blaubart von Paris ».

Pour approfondir votre (re)découverte de Landru, je vous encourage à lire Le cas Landru à la lumière de la psychanalyse, de Francesca Biagi-Chai (Imago, réédité en 2014), et Landru : 6 h 10 Temps clair – Les pièces du dossier, sorti en 2013 aux éditions Télémaque à à l’occasion de l’exposition du même nom au Musée des Lettres et Manuscrits, tenue de mai à septembre 2013 (http://www.youtube.com/watch?v=9g5WMuB5Kwo).

4 commentaires

  1. COUSSEGAL dit :

    Pour completer votre article , les restaurateurs qui ont créent le restaurant  » Au grillon du foyer  » ( ce nom trouvait par mon arriere grand mère Georgette) se nommaient COUSSEGAL et ils s’agit de mes arrières grands parents, cette maison a hebérgé des juifs pendant la guerre et mon grand pere y est né. Brice COUSSEGAL

  2. Nadal Paul dit :

    Landru ne fût pas condamné au bagne par contumace, mais à la rélégation, eu égard aux nombres de ces condamnations passées. Qui était une incarcération à vie, avec cependant un régime pénitentiaire adoucie dans des camps. Ainsi dans le Sud-Ouest, il y avait celui de St. Sulpice (81) et celui de Mauzac (24) La rélégation sera supprimée en 1970 .

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