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Florence Ballard, chanteuse suprême

Florence Ballard à Amsterdam en 1965 (photographe : Jac. de Nijs)

Elle fit partie du premier groupe de filles à devenir célèbre dans le monde entier, avec des tubes comme « Where did our love go », « Baby love », « Stop! In the name of love » ou encore « You can’t hurry love ». Florence Ballard aurait voulu devenir la chanteuse principale des Supremes, mais l’ambition démesurée de sa comparse Diana Ross, ainsi que l’amour que portait à cette dernière le patron de leur maison de disques, Motown, le fameux Berry Gordy, se mirent en travers de sa route. Sans oublier un grave traumatisme d’adolescence… La voix puissante de Florence Ballard ne la sauva pas de la spirale de l’autodestruction. Et alors qu’elle semblait enfin relever la tête et reprendre la direction du succès, la jeune femme mourut subitement à 32 ans, laissant trois orphelines et le goût amer de la désillusion en héritage.

Florence Glenda Ballard naquit le 30 juin 1943 au sein d’une famille ouvrière noire de Detroit, neuvième enfant d’une fratrie qui en compterait quinze au final ! Il faut dire que ses parents, Jesse et Rosetta, commencèrent à se fréquenter à 13 et 14 ans respectivement… Employé de General Motors, le père de famille avait du mal à joindre les deux bouts et fut obligé de déménager sa tribu à de nombreuses reprises dans « Motor City ». L’année des 15 ans de Florence, ils s’installèrent dans la cité de Brewster-Douglass, mais Jesse succomba à un cancer douze mois plus tard.

Déjà enfant, Florence montra des dispositions pour le chant, auquel son père lui avait donné goût. Musicien amateur, ce dernier lui apprit des chansons et l’accompagnait souvent à la guitare. La jeune fille faisait aussi partie du chœur de son église. Son rêve ? Devenir chanteuse professionnelle. « Flo » avait de la chance : elle vivait au bon endroit ! Detroit a toujours été l’une des capitales mondiales de la musique et dans les années 1950, le R&B et la soul y régnaient déjà en maîtres. Les aspirants au succès se pressaient dans les radiocrochets. Celle qu’on surnommait « Blondie », en raison de sa couleur de cheveux auburn et de sa peau claire, tenta elle aussi sa chance à ces concours locaux. C’est là qu’elle fit la connaissance d’une concurrente, Mary Wilson, qui devint son amie.

La chance tourna rapidement pour Florence à l’occasion d’un énième concours de chant, où Milton Jenkins, membre du trio The Primes, qui allait devenir les Temptations, la remarqua. Il était à la recherche de jeunes filles pour monter un quatuor, les Primettes. Séduit par son énergie et sa façon si particulière de chanter, Milton lui proposa d’identifier les trois autres perles rares. Florence pensa immédiatement à Mary Wilson. Celle-ci eut alors l’idée d’en parler à l’une de ses copines de quartier, Diane, la future Diana Ross, alors âgée de 15 ans. La quatrième aspirante au succès, qui sortait avec l’un des Primes, s’appelait Betty McGlown. (Elle fut remplacée en 1962 par Barbara Martin. Quand celle-ci quitta le groupe, ce dernier resta définitivement un trio.)

À partir de 1960, les Primettes multiplièrent les radiocrochets et passèrent même une audition à la Motown, la fameuse maison de disques créée l’année précédente par Berry Gordy. Ce dernier leur trouva du talent, mais leur conseilla de terminer le lycée avant de les engager. Si Florence quitta l’école peu après, ses trois comparses suivirent les instructions de Gordy. L’origine de cette décision s’explique peut-être par le drame personnel que vécut la jeune fille l’été de ses 17 ans. Un grave incident changea à tout jamais son comportement et la marqua à vie. Un soir, alors qu’elle sortait avec son frère Billy d’une soirée dansante, Florence accepta de monter dans la voiture d’un élève de son lycée, membre de l’équipe de basket, qui lui proposa de la ramener chez elle. Mais au lieu de cela, le jeune homme la conduisit sur un parking désert où il la viola sous la menace d’un couteau.

Choquée et traumatisée, la jeune fille resta prostrée pendant des semaines chez elle, refusant tout contact avec l’extérieur, y compris ses trois copines des Primettes. Quand elle réussit enfin à sortir de son isolement, Florence consentit à leur raconter son agression. Mary, Diane et Betty firent preuve de compréhension, mais le comportement étrange de leur amie les surprit beaucoup. Fini la jeune fille à la fois impétueuse, pleine de volonté et flegmatique… Le venin de l’autodestruction allait bientôt faire son œuvre en Florence Ballard, qui vivait désormais sous le règne de la peur des autres, du pessimisme et du cynisme.

Le quatuor, qui n’avait pas encore de chanteuse principale désignée, reprit cependant le chemin des auditions et des radiocrochets. Et le 15 janvier 1961, le groupe signa enfin à la Motown, sous le nom des Supremes, une idée de… Florence. Leur premier 45 tours, « I want a guy », n’entra dans aucun classement. Florence interpréta la voix principale de leur deuxième 45 tours, « Buttered popcorn » (https://www.youtube.com/watch?v=xLfwo8luyZk). D’après Mary Wilson, elle chantait avec tant de puissance que l’ingénieur du son lui demanda de se tenir loin derrière le micro pendant l’enregistrement… Même si la chanson ne fut pas un succès national, elle remporta les suffrages à Detroit et alentours.

En dépit de son talent vocal (ici « Save me a star » (https://www.youtube.com/watch?v=k5uPhjRox8o), Florence n’eut plus jamais l’occasion d’être la chanteuse principale sur aucun des 45 tours proposés au public, seulement sur des morceaux enregistrés pour des albums des Supremes. À partir de 1963, Diana Ross devint l’interprète principale du groupe, sur ordre de Berry Gordy. Le patron de Motown, amoureux de la filiforme Diana, avait décidé d’en faire une star, sans tenir compte de l’avis de ses petites camarades. Dès 1964, celles-ci furent reléguées au rang de simples choristes et de faire-valoir de la charismatique et ambitieuse Diana. Ironie du sort, ce fut justement cette année-là que le trio connut son premier grand succès à l’échelle nationale avec « Where did our love go » (https://www.youtube.com/watch?v=qTBmgAOO0Nw).

Florence ne l’entendait cependant pas de cette oreille et ne se priva pas de donner son avis au « boss ». Mais il n’y eut rien à faire : Gordy rebaptisa même le groupe Diana Ross and the Supremes en 1967… Le triomphe de « Where did our love go », le premier numéro un du trio, fut suivi de quatre autres succès du même acabit, faisant des Supremes le premier groupe féminin au monde, connu dans le monde entier et autant adulé que les Beatles. Le trio, qui eut même sa propre marque de pain (!), fut aussi la première formation musicale noire américaine à séduire le public blanc.

Au fil des ans, la relation entre Florence et Berry se détériora, au point que la chanteuse ne pensait qu’à se venger. La rivalité avec Diana n’était pas non plus en reste. Le jour où Florence ne put se produire en concert en raison d’une infection à la gorge, Berry Gordy fit chanter à sa protégée la chanson qu’interprétait habituellement Florence avec brio : « People » (ici, les deux versions l’une après l’autre : https://www.youtube.com/watch?v=DcZfkaSulAk). La jeune femme ne fut plus jamais autorisée à l’entonner de nouveau…

Petit à petit, Florence sombra dans la dépression, buvant plus que de raison et prenant du poids. Elle dut sauter plusieurs séances d’enregistrement et ne daigna parfois pas rejoindre ses amies sur scène lors de certains concerts… La hache de guerre avec son patron ne fut jamais enterrée. Déterminé à se débarrasser de cette mauvaise graine, Berry Gordy décida de remplacer Florence par Cindy Birdsong, une jeune femme qu’il « entraîna » des semaines durant en cachette à devenir la nouvelle troisième Supreme. Ayant eu vent de cette trahison, Florence se présenta complètement ivre à une représentation à l’hôtel Flamingo de Las Vegas le 30 juin 1967, jour de ses 24 ans. Pendant le concert, elle montra son ventre au public. Ce comportement jugé inapproprié fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Le lendemain, Berry renvoya définitivement Florence à Detroit.

Alors que le groupe avait vu dix de ses chansons atteindre la première place des classements, la jeune chanteuse quitta l’aventure avec à peine 140 000 dollars en poche. En outre, l’accord passé avec Gordy lui interdisait de faire sa publicité en tant qu’ancien membre des Supremes et de dire qu’elle avait jamais eu quelque chose à voir avec Motown. Si on avait voulu enterrer sa carrière professionnelle, on ne s’y serait pas pris autrement…

Quelques mois après ce fiasco, Florence épousa début 1968 un des chauffeurs de la Motown, Thomas Chapman, dont elle fit son manager pour qu’il relance sa carrrière. Ils eurent des jumelles en octobre de la même année. L’ex-Supremes signa chez ABC Records et sortit deux 45 tours, « It doesn’t matter how I say it (it’s what I say that matters) » (https://www.youtube.com/watch?v=MINsYowvcX8) et « Love ain’t love » (https://www.youtube.com/watch?v=hn_eFlOwaDc), mais aucun ne réussit à entrer dans les classements. Par conséquent, l’album qui devait sortir resta bien au chaud dans la maison de disques, mettant un terme aux ambitions pourtant bien affirmées de Florence. Son contrat avec ABC Records fut annulé en 1970.

Les ennuis de la chanteuse étaient loin d’être terminés. Elle dut faire face à de graves ennuis financiers quand elle comprit que l’avocat d’affaires qu’elle avait engagé était en réalité un escroc qui s’était largement servi dans ses revenus… En 1971, quelque temps après la naissance de leur troisième fille, Thomas Chapman quitta le domicile conjugal. Incapable de rembourser les traites de sa maison, Florence vit celle-ci saisie par la justice. Désespérée, elle fit alors un procès à Motown, dans l’idée d’être dédommagée correctement, mais en vain. Dénuée de revenus, alcoolique et mère célibataire avec trois enfants en bas âge, l’ancienne star fut bientôt contrainte de demander l’aide sociale. Elle emménagea en 1972 chez sa sœur Maxine. Deux ans plus tard, elle entra en cure de désintoxication.

En 1975, la chance sembla lui sourire de nouveau. Le cabinet de son ancien avocat d’affaires accepta de lui verser de l’argent dans le cadre du procès les opposant. Florence put acheter une petite maison où elle emménagea avec ses filles. Elle reprit ensuite contact avec Thomas Chapman, avec qui le courant passa de nouveau. Comme redynamisée, la jeune femme de 32 ans reprit le chemin de la scène, se produisant avec The Deadly Nightshade, un groupe de rock féminin. Soudain, la presse écrite et audiovisuelle se souvint de l’ex-Supreme et les demandes d’interview se firent pressantes. Florence était-elle en passe de sortir enfin du tunnel ?

Las, le 21 février 1976, la chanteuse fut hospitalisée à l’hôpital Mt. Carmel de Detroit, où elle rendit son dernier souffle le lendemain. La cause officielle de son décès : crise cardiaque due à un caillot de sang obstruant une artère. Certaines voix s’élevèrent pour contester cette explication, dont celle de l’une des sœurs de Florence, Maxine, selon laquelle elle aurait été tuée. Quelle que soit la vérité, la foule se pressa à ses funérailles, auxquelles assistèrent notamment Stevie Wonder, The Four Tops, Mary Wilson et bien sûr Diana Ross, en pleurs devant la dépouille de son ancienne amie/ennemie.

Au début des années 1980, la comédie musicale « Dreamgirls », devenue un film en 2006, revisita la légende des Supremes et notamment l’histoire tragique de Florence Ballard (le personnage d’Effie White). En 1988, Florence Ballard entra à titre posthume au Rock and Roll Hall of Fame, en tant que membre à part entière des Supremes, aux côtés de Diana Ross et de Mary Wilson. Aujourd’hui, de nombreux fans lui vouent encore un véritable culte et se demandent ce qui serait advenu de leur idole si on avait laissé son étoile briller…

4 commentaires

  1. Michel Nussbaum dit :

    Merci pour cet excellent article où j’ai appris beaucoup de choses sur Florence Ballard ! Très bon travail de recherches !

  2. Very interesting article! I love the music of the Supremes, but was not familiar with Florence’s life at all.

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